28/08/2016 09:41 | Lien permanent | Commentaires (1)

Pour vivre vieux, lisez des livres!

Payot.jpgLa très sérieuse revue scientifique Social Science Medecine, publiée par Elsevier, a rendu publique cet été une non moins sérieuse étude de chercheurs de la Yale University School of Public Health, Laboratory of Epidemiology and Public Health, qui montre que la lecture de livres augmente sensiblement la longévité. Contrairement aux études antérieures sur les effets de la lecture sur la durée de vie, qui ne distinguaient pas la lecture de livres de celle des journaux et magazines, celle-ci est partie du principe que les effets de la lecture n’étaient pas les mêmes selon qu’on lisait un livre ou un autre média, et ce, pour deux raisons. La première est que la lecture du livre promeut une «lecture profonde», qui est un processus lent et immersif ayant une forte influence sur les capacités cognitives. La seconde est que la lecture de livres encourage le développement de facultés d’empathie, de perception sociale et d’intelligence émotionnelle, qui sont reconnues comme des processus cognitifs pouvant favoriser la longévité, d’autres études médicales montrant que de meilleurs comportements de santé et une réduction du stress découlent de ces facultés et peuvent ainsi expliquer ce phénomène.
 
Réalisée sur un échantillon de 3635 sujets, l’étude tient compte de nombreuses variables (genre, âge, race, santé, niveaux d’éducation, statut social, conjugal, etc.), afin de vérifier si le résultat peut être influencé par l’une ou l’autre de ces variables différenciant les individus de l’échantillon. Trois catégories de population ont été définies: les non-lecteurs, les lecteurs occasionnels (moins de trois heures et demie de lecture par semaine, soit une moyenne d’une demi-heure par jour) et les lecteurs consacrant plus de trois heures et demie par semaine à la lecture. Sans surprise – car il semble bien que ce profil soit universel! –, on notera que l’étude souligne que ce sont les femmes disposant d’un bon niveau d’éducation et d’un niveau de revenu élevé qui constituent le plus important groupe de lecteurs.
 
Cela dit, passons aux résultats eux-mêmes: par rapport à ceux qui ne lisent pas, les lecteurs occasionnels auraient 17% de risques de moins de mourir dans les douze années qui suivent. Pour les personnes lisant plus de trois heures et demie par semaine, ce taux s’élève à 23%! En moyenne, les lecteurs de livres âgés de plus de 50 ans ont une espérance de vie moyenne de près de deux ans (23 mois, pour être précis) de plus que ceux qui ne lisent pas du tout. Si l’on admet communément que les activités casanières sont nuisibles à la santé, cette étude semble aller à contresens, la lecture étant majoritairement casanière. Quoi qu’il en soit, pour les churchilliens invétérés («No sport!») dont je fais partie – et nous sommes plus nombreux que ce que l’on croit… – c’est une grande et vraie bonne nouvelle: le sport cérébral peut donc régater face au sport physique! A moins, bien entendu, de lire au volant ou en traversant la route (mais il y a des livres enregistrés pour ce genre de besoins) et d’occasionner de la sorte un «accident littéraire» qui pourrait venir fausser l’étude en raccourcissant drastiquement l’espérance de vie du lecteur assidu…
 
Dans un article qu’a consacré le New York Times à cette étude, Becca R. Levy, professeure d’épidémiologie à Yale qui l’a copilotée, a expliqué: «Même les gens ne déclarant qu’une petite demi-heure de lecture par jour ont un avantage significatif de survie par rapport aux non-lecteurs. Et cet avantage demeure même en ajustant les variables que sont la santé, l’éducation et les capacités cognitives.» Trente minutes de lecture par jour (au minimum) est donc la posologie recommandée pour vivre plus longtemps. Mazette, mais je vais finir centenaire, moi! Et vous aussi, je vous le souhaite…
 
Pascal Vandenberghe, Président-directeur général Payot Librairie

21/08/2016 10:21 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’ouverture et ses démons

cercle.jpgL’ Europe fait face à l’une des périodes les plus difficiles de son histoire. Souvent simplifiées en grand retour des souverainismes, voire de nationalismes, interprétées comme un désamour des peuples pour l’idée européenne elle-même, ces turbulences méritent un regard lucide de la part de qui envisage de les dépasser. Si elle a atteint un point culminant avec le vote du Royaume-Uni pour quitter l’Union européenne, la crise est bien installée dans bien d’autres pays.
 
Pour ne prendre qu’un exemple, en France, le premier ministre menaçait récemment de ne plus appliquer une directive européenne sur les travailleurs détachés, qui prévoit qu’un employé actif temporairement dans un autre pays que le sien est soumis aux salaires minimaux de ce pays, mais reste assujetti aux cotisations sociales de son lieu d’origine, créant une situation de sous-enchère. A l’appui de sa position, M. Valls évoque les ravages que causent les effets de cette disposition parmi les salariés modestes ou les ouvriers, exposés à une concurrence brutale.
 
Quant au Brexit évoqué précédemment, sans prétendre à une interprétation définitive, relevons l’une des corrélations les plus frappantes, établie par deux chercheurs sur mandat du Financial Times: les régions où les salaires réels ont le plus diminué au cours des vingt dernières années ont aussi connu les taux les plus élevés de votes Leave. L’exposition à la concurrence d’une main-d’œuvre bon marché et la péjoration des conditions
de travail, semblent un facteur déterminant.
 
En Suisse, l’analyse VOX des résultats de la votation du 9 février 2014 sur l’immigration livre matière à tracer un parallèle. Selon cette étude, la mobilisation inhabituelle, favorable à l’initiative, des personnes ayant un faible niveau de formation ou de revenu, a joué un rôle décisif dans l’acceptation du texte. Or, les rapports de l’observatoire de la libre circulation nous apprennent que ce sont aussi ces catégories qui sont les plus touchées par la sous-enchère salariale.
 
Les résistances qui se font jour ici et là n’expriment pas un désamour soudain pour l’Union européenne en tant que telle, mais au contraire des craintes légitimes face à une ouverture économique qui mine les acquis
sociaux – salaires, durée du travail, prestations sociales, etc. Réduire la protestation à une peur de l’étranger, à un conservatisme de principe (dont on ignore, d’ailleurs, ce qui l’aurait soudain réveillé) rassure, mais aveugle. Car s’opposer à la concurrence des travailleurs ou des biens étrangers lorsqu’elle est fondée sur le dumping n’est pas manifester une innommable xénophobie. C’est défendre ses conditions de vie et l’avenir de ses enfants.
 
Le mouvement, du reste, dépasse largement l’Europe, une raison encore de ne pas
focaliser l’analyse sur l’UE. Ainsi, lorsque H. Clinton finit par s’opposer au projet de traité de libre-échange transpacifique en cours de négociation, elle ne vise pas à donner raison aux diatribes antichinoises de D. Trump, mais simplement à témoigner sa capacité d’entendre le message de cette working class américaine qui a soutenu B. Sanders. L’opposition à l’ouverture sans règles dépasse largement la critique des cibles faciles que sont Bruxelles et sa prétendue armée de bureaucrates.
 
Trois économistes du Fonds monétaire international définissaient récemment le programme néolibéral en deux points, accroître la concurrence par la libéralisation des échanges et réduire la taille de l’Etat dans l’économie. Leurs conclusions: premièrement, il est difficile de démontrer que l’application de ce programme conduit toujours à une augmentation de la croissance; d’autre part, il en résulte un creusement important des inégalités.
 
La netteté de ce constat en a surpris plus d’un. Nous avons vu qu’il est en réalité partagé par ceux, nombreux, qui ne perçoivent que les effets négatifs de l’ouverture économique – et de l’austérité dont elle s’accompagne souvent. Pour apaiser ce ressentiment et éviter ses épanchements violents, seule une meilleure distribution des revenus et
le respect de standards sociaux et salariaux apporteront une contribution durable
.
 
Benoît Gaillard, président du PS lausannois

14/08/2016 10:09 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : matin, dimanche, cercle

Pour la croissance, supprimons des lois et des règlements!

rime.jpgLe Conseil fédéral vient d’avoir une mauvaise idée à propos de la taxation de vos déplacements. En même temps, il estime que son rapport sur la nouvelle politique de croissance 2016-2019 suffira. A Berne, on croit toujours qu’on a fait avancer les choses quand un rapport a été commandé et qu’il arrive des années plus tard.

On croit rêver! A chaque fois que Berne veut améliorer la situation des PME, cela se traduit par une hausse des coûts de la réglementation. Les dégâts provoqués par l’adaptation aux nouvelles lois et ordonnances se comptent par milliards. Cela fait six ans que nous recommandons de réduire ces factures. Notre démarche a été validée par le Parlement, suite aux interventions du conseiller aux Etats Jean-René Fournier. Le Conseil fédéral a lui-même établi une liste de mesures. Et puis… plus rien.

Pourquoi ne fait-on rien? Au Parlement, les lois sont votées à la chaîne. Le rythme est infernal, personne n’a le temps de penser ou de calculer les coûts supplémentaires exorbitants.

C’est comme une pièce fermée dans laquelle on ferait entrer toujours plus de gens. Nos PME risquent l’asphyxie collective. Les charges s’accumulent, étouffent toute initiative entrepreneuriale! Toute nouvelle loi devrait aller de pair avec la suppression d’une à deux lois et réglementations obsolètes ou inutiles.

Le rapport sur la croissance du Conseil fédéral est plein de contradictions! Vouloir relancer l’économie par une réglementation adaptée, c’est jeter l’idée d’une économie capable de s’adapter aux cycles économiques. Pour avoir de la croissance, il faut prendre des risques. Et pour prendre des risques, il faudrait encore avoir une marge de manœuvre. Il faut le dire, nous ne l’avons plus!

Dans ce pays, l’Etat prend une place qui n'est pas la sienne. Peut-être souhaite-t-il juste nous donner un coup de main quand la conjoncture va mal? Mais, vu sa lenteur, les effets se déploieront bien trop tard. Berne manque de vision sur le terrain. Son dirigisme en matière énergétique le montre bien.

Autre absurdité, cette idée qu’une économie ne peut pas simultanément être durable et orientée sur la croissance. C’est archifaux! L’économie suisse est la plus verte du monde. Cela n’est pas dû aux réglementations absurdes, mais aux entrepreneurs qui ont investi dans l’appareil de production.
Apparemment, certains parmi les «sept Sages» seraient prêts à nous aider, mais il faudrait que nos propositions ne concernent qu’un seul département. Le leur. Dès que deux administrations différentes sont concernées, c’est mission impossible! Je me souviens d’une après-midi entière passée à discuter de la largeur des escaliers de secours quand on a des ateliers en sous-sol. Il y avait dix centimètres d’écart entre la norme du Département de l’économie et celle de l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie. A la fin, il a fallu l’intervention du conseiller fédéral Schneider-Ammann pour imposer une seule norme. Le problème, c’est que la multiplication des normes engendre une démultiplication des organes de surveillance et des contrôles.

Pour permettre aux PME de survivre, merci de commencer par écouter ce dont elles ont besoin. L’Etat est efficace quand il supprime des réglementations et libéralise le marché.

Jean-François Rime, conseiller national UDC/FR