12/08/2018 18:34 | Lien permanent | Commentaires (0)

Non à l’initiative populaire «Le droit suisse au lieu de juges étrangers»!

Non seulement son intitulé est trompeur, mais cette initiative attaque la Convention des droits de l’homme et nuit aux intérêts économiques de la Suisse.

 

LCMD.jpgLe 25 novembre 2018, la population et les cantons devront se prononcer sur l’initiative populaire lancée par l’UDC et intitulée «Le droit suisse au lieu de juges étrangers (initiative pour l’autodétermination)». Le but des initiants est de faire primer la Constitution fédérale sur le droit international, sauf en ce qui concerne les règles impératives de celui-ci. En cas de conflit entre ces normes, la Confédération et les cantons seraient contraints de veiller à ce que les obligations de droit international soient adaptées aux dispositions constitutionnelles, et par conséquent renégociées. En cas d’échec des négociations, les traités internationaux concernés devraient au besoin être dénoncés.

Cette initiative est néfaste pour notre pays, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le titre de cette initiative populaire est trompeur, dans la mesure où le droit international n’est pas du droit étranger, mais bien du droit suisse. Le droit international est en effet négocié, discuté souverainement et publiquement par les États. Lorsque la Suisse signe et ratifie une convention internationale, c’est qu’elle a presque systématiquement participé à son élaboration et qu’elle est d’accord avec son contenu. La conclusion et l’approbation de traités internationaux n’expriment ainsi pas un assujettissement vis-à-vis de l’étranger, mais constituent un acte de souveraineté nationale, comme le fait d’édicter des normes de droit interne.

Il convient également de relever que les conflits entre normes internationales et normes de droit interne sont rares. La Constitution fédérale votée par le peuple en 1999 ne contient délibérément aucune règle expresse et rigide permettant de résoudre les conflits entre les normes de droit interne et le droit international. Ces cas ont toujours été réglés de manière pragmatique.

Ainsi et selon la jurisprudence du Tribunal fédéral, le droit international prime en principe les lois fédérales. Exceptionnellement, lorsque le législateur a sciemment adopté un texte contraire au droit international, c’est ce texte postérieur qui s’applique (jurisprudence dite Schubert). Dans ces situations, le Tribunal fédéral est lié par la décision du Parlement ou du peuple en vertu de la séparation des pouvoirs. Par exception à cette exception, cette «pratique Schubert» ne vaut pas lorsqu’une convention de droit international protège les droits de l’homme, comme c’est le cas de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH). En cas de conflit entre la Constitution fédérale et la CEDH, la primauté est ainsi accordée à la CEDH.

Avec cette initiative populaire, sans l’exprimer clairement dans son texte et sous le couvert de clarifier la relation entre le droit international et le droit interne, l’UDC attaque en premier lieu la CEDH, qui garantit les droits fondamentaux des citoyennes et citoyens de notre pays. Avec la règle rigide que ce parti propose, la mise en œuvre des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme pourrait être rendue difficile, voire impossible, lors de conflits entre une disposition constitutionnelle et la CEDH. En cas de condamnations de la Suisse par la Cour européenne des droits de l’homme, il y aurait un risque d’aboutir à une dénonciation de la CEDH, ce qui porterait une grave atteinte à la crédibilité politique de la Suisse en tant que dépositaire de nombreuses conventions internationales, à son engagement en faveur des droits de l’homme et de la démocratie, ainsi qu’à la Genève internationale.Enfin, cette initiative populaire est également nuisible à la place économique suisse, qui bénéficie d’un très large réseau d’accords internationaux. La Suisse a tout intérêt à respecter le principe selon lequel les traités en vigueur lient les parties et doivent être exécutés par elles de bonne foi (pacta sunt servanda). Or, en acceptant cette initiative populaire, notre pays signalerait à ses partenaires qu’il se réserve expressément le droit de ne pas respecter ses engagements, ce qui pourrait entraîner sa responsabilité internationale et son exclusion des discussions politiques internationales d’importance. La Suisse ne serait plus un partenaire fiable; ses intérêts et ceux de ses entreprises seraient menacés.

À l’heure où certains pays ont fait le choix de ne plus respecter leurs engagements, il est de notre devoir de préserver nos institutions, qui ont fait leurs preuves. Le 25 novembre, refusons ce véritable sabotage institutionnel!

 

Anne Seydoux-Christe, conseillère aux États

05/08/2018 12:27 | Lien permanent | Commentaires (0)

Une palme pour la Charte de l’égalité à Locarno!

003740D9_C99CC0F9AB25BD071B0DF8D639748F42.jpgLes femmes sont encore sous-représentées à la direction des structures culturelles. Mais les choses bougent et le Festival international du film de Locarno montre l’exemple.

Au festival d’Avignon 2018, le directeur annonçait un ambitieux questionnement sur le genre et la volonté de dépasser les catégories hommes femmes. Il en appelait à colorer le festival en violet, fusion du bleu et du rose. Faute de rose, le bleu est resté dominant…

Une bataille de chiffres a fait rage au cœur du festival. La direction annonçait 45% de projets portés par des femmes. En réalité, sur 28 mises en scène, seules 7 femmes étaient programmées dont 3 en tandem avec un homme et deux dans la programmation jeune public.

Chaque année, la révolte gronde dans la cité des Papes: où sont les Papesses du théâtre? Combien sont-elles dans la programmation officielle? Au sein de l’association «HF», depuis dix ans, des femmes de théâtre françaises dénoncent la sous-représentation des femmes sur les scènes nationales et ses justifications éculées.

En effet, l’argument habituel invoqué – privilégier la qualité artistique plutôt que le genre – fait abstraction de la réalité: la grande majorité des directeurs de théâtre sont des hommes qui, souvent, cooptent leurs pairs. Et comment repérer les talents féminins s’ils n’accèdent ni aux scènes ni aux moyens pour monter leurs projets?

Bonne nouvelle: une politique volontariste de nomination de femmes à la tête de structures culturelles s’élabore grâce à la ministre en charge, Françoise Nyssen. Autre élément positif, l’émergence récente d’une nouvelle génération de metteures en scène qui investit le marché, bardées de diplômes et de Masters, bien décidées à prendre leur place dans l’arène. Elles sont néanmoins confrontées à des écueils: sous le masque de la bienveillance à leur égard, elles peinent à réunir des moyens de production comparables à leurs camarades masculins. Après une première création, elles ont du mal à convaincre les producteurs de les accompagner sur leur parcours, ces derniers préférant soutenir les premiers élans de jeunes pousses. Lorsqu’elles postuleront pour des postes à responsabilités, on favorisera leurs nominations à la tête de structures théâtrales à faibles moyens financiers, parfois très excentrées. Des facteurs qui fragilisent un rebond de carrière avec le danger de transformer de prometteuses nominations en voies de garage.

Quid de la Suisse romande? Dès les années 80, l’«association femmes de théâtre» a revendiqué davantage d’équité sous les quolibets et les caricatures en vogue à cette époque-là. Notre ténacité a fait bouger les lignes: aujourd’hui, une programmation ignorant les metteures en scènes ou les cantonnant à de petites formes, se voit comme le nez au milieu de la figure.

Après Metoo#, c’est une fois encore du côté du cinéma que souffle le renouveau!

Dans la foulée de l’initiative du «Collectif 50/50 pour 2020» au Festival de Cannes, Locarno répond à la démarche du Swiss Women’s Audiovisual Network (SWAN). Le président du Festival, Marco Solari et sa vice-présidente, Carla Speziali, signeront ce dimanche une Charte en faveur de l’égalité. Les mesures proposées ne se contentent pas d’établir des statistiques mais de transformer les instances dirigeantes du festival, de publier les noms des personnes qui siègent au sein des comités de sélection et de programmation. Des éléments de transparence indispensables. La très dynamique directrice de l’Office de la culture, Isabelle Chassot soutient activement cette Charte, rappelant sur les ondes de la RTS que cette «question d’équité est une priorité pour l’ensemble de la société donc également pour la culture». Femmes de tous les milieux artistiques, inspirons-nous de nos consœurs cinéastes qui jouent actuellement les premiers rôles dans ces mutations essentielles pour nos démocraties!

Anne Bisang, Directrice actrice TPR – Théâtre populaire romand Centre neuchâtelois des arts vivants, La Chaux-de-Fonds

22/07/2018 10:17 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le besoin d'idoles

Ver_1_of_SANDOZ_1.jpgIl y avait du monde à Paris, sur les Champs-Elysées, le 14 Juillet, mais c’était sans comparaison avec la marée humaine du 16, au retour de l’équipe de France de football. Cela se comprend: la République est une abstraction alors qu’une équipe de foot, c’est du concret.
 
Pour la République, il faut du spectacle
La superbe chorégraphie de la Garde républicaine devant la tribune présidentielle, sur les Champs-Elysées, le 14 Juillet, a exigé une préparation intense et une maîtrise parfaite de la part des exécutants. Ce spectacle remarquable de précision devait sans doute illustrer la grandeur de la République. Mais qu’est-ce que la République? Une abstraction au nom de laquelle on célèbre la fraternité, la liberté, l’égalité, sans toujours en comprendre le sens. Il faut alors du spectacle pour qu’elle prenne de la substance. La République n’a pas de dieux: ceux qui la servent – tels les acteurs de cette chorégraphie – ne déclenchent ni ferveur ni adoration. Et pourtant ils se dévouent corps et âme à ce service.
 
La République meurt faute de pompe peut-être parce qu’elle n’a pas d’âme. Le président, légitimé par une élection, ne tient son pouvoir que de ses égaux. Il n’incarne aucun mystère, aucune étincelle de pouvoir à l’allure surhumaine. C’est une personne comme chacun de ses concitoyens qui peuvent le faire déchoir quand ils le veulent, grâce à des grèves, des manifestations de rue, des médisances sur les réseaux sociaux. On l’épie, on le juge, on le critique, on le moque, il peut arriver qu’on l’aime si la conjoncture lui est favorable, il est rarissime qu’on l’adule, sauf, éventuellement, pour se protéger de lui s’il abuse de son pouvoir.
 
Pour une équipe de foot, c’est autre chose
D’abord, on se l’achète, car elle est composée d’individus qui ont une «valeur marchande» selon l’expression consacrée. Elle est donc un placement. Aucun citoyen – et encore moins le président de la République – ne vaut ce que vaut un joueur de football pendant les Mondiaux notamment. Cela justifie déjà une certaine considération.
Le chauvinisme exacerbé par la surenchère pare chaque équipe de foot d’une aura particulière. C’est l’honneur de la «Nation» qu’elle incarne. Comme la République, la Nation est une abstraction; mais elle est entourée d’un peu de mystère parce qu’elle amalgame l’histoire, la culture, la religion, le pouvoir. On reste imprégné de sa Nation d’origine, même si l’on a changé de Patrie.
 
Parce qu’ils incarnent une valeur marchande, qu’ils sont parés de l’aura de la Nation, les membres d’une équipe nationale gagnante deviennent des idoles. Dans un monde un peu blasé, la foule a besoin d’idoles pour oublier les petites mesquineries de tous les jours, les tracas et les soucis d’une vie qu’on lui dépeint ou qu’elle subodore menacée par la pollution, la surpopulation, les abus financiers, les bruits de guerre, les casseurs, les fanatiques.
 
Devant des idoles, les adorateurs sont tous égaux
Ce besoin d’idoles explique sans doute l’engouement pour les Jeux olympiques, les manifestations sportives mondiales ou internationales de tout genre. Devant des idoles, les adorateurs sont tous égaux. Ils ont tous l’espoir – qui sait? – de devenir idoles un jour. Parce que l’idole est magique, elle fait oublier la réalité, elle nourrit les rêves, elle endort momentanément les jalousies et les rivalités. On se la souhaite contagieuse.
 
Mais, parce que l’idole n’est qu’une idole, elle n’a pas d’influence durable. Demain déjà, la réalité reprendra le dessus. Il faudra trouver d’autres idoles pour engendrer la ferveur ou le courage d’affronter la vie de tous les jours. Lorsqu’une société a besoin d’idoles, a-t-elle encore la force de s’enthousiasmer pour l’abstraction des valeurs qui la fondent?

Suzette Sandoz, Ex-conseillère nationale libérale (VD)