14/10/2018 13:11 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le JT à l’EPFL: «good news»!

Le déménagement annoncé de la Télévision romande de Genève à Lausanne est finalement une excellente décision. Mieux même: une évidence.

Metin.jpgJe l’admets, la perspective de voir le JT déménager de la Tour à Lausanne m’a d’abord irrité. Après les promesses qui avaient suivi le non à «No Billag», le temps du dépeçage était-il venu? La Télévision suisse romande, la TSR, comme on a toujours dit, c’était, c’est du Genève pur sucre, une institution g’neuvoise, depuis les temps héroïques de René Schenker et du parc Mon Repos jusqu’à la magnificence, genre «de bleu de bleu», du siège au quai Ernest-Ansermet. Transférer les news, ce n’était pas seulement blesser la RTS, c’était amputer Genève. Je me suis alors fait deux réflexions. La première m’a surpris. Après presque cinquante ans dans la ville de Calvin, serais-je devenu, enfin, un vrai G’neuvois, râleur et attaché à sa ville jusqu’à l’aveuglement? J’ai conclu que oui et m’en suis réjoui. La seconde allait dans un sens opposé.

 
Il convenait de faire une analyse qui dépasse l’esprit de bistrot et d’y inclure la composante EPFL, une institution que je connais bien, avec laquelle j’ai une longue histoire (j’y ai étudié, enseigné, et suis membre de son conseil stratégique).

Bien sûr, un déménagement présente toujours des inconvénients. Mais lorsque, dans le cas présent, on établit la liste des avantages qu’offre celui du JT à l’EPFL, on ne peut s’empêcher de s’écrier: good news!

Le regroupement de l’information radio et télévision sur le site de l’EPFL – véritable «Campus Info» – permettra des économies d’échelle. C’est là son avantage immédiat, celui qui a été le plus souvent évoqué. C’est peut-être le moins intéressant de tous.

Ce regroupement permettra à l’information de la RTS d’aller dans le sens de l’Histoire, d’atteindre une taille critique qui la mettra en situation plus compétitive dans le monde des grands médias, qui lui-même se regroupe de manière inexorable.

Cette réunion de deux modes d’information – le son et l’image – sera une chance pour les journalistes qui y participeront. Ils y trouveront l’occasion d’un enrichissement professionnel. Ils en ressortiront – s’ils le souhaitent, si un jour il le faut – bien plus attractifs aux yeux d’un autre employeur.

Le site de l’EPFL, c’est aussi le «village Écublens», le lieu de nombreuses start-up, la possibilité d’établir des liens de proximité avec la nouvelle économie, la nouvelle industrie, les grandes aventures du siècle, dont les dimensions sont à la fois scientifiques, économiques et sociétales. À la RTS, en partenariat avec l’EPFL, de constituer les forums qui permettront au «village Écublens» de nourrir le «Campus Info». Il y aura là une opportunité exceptionnelle pour l’un autant que pour l’autre.

De la même manière, la proximité entre le «Campus Info» et ce qui constitue le cœur de l’EPFL, la recherche fondamentale, sera pour ses journalistes une source d’informations unique et, surtout, l’occasion d’une vision sur le Monde.

Réciproquement, du point de vue de l’EPFL, l’existence d’un véritable cordon ombilical entre lui et le monde de l’information dans sa forme la plus aboutie sera une aubaine. À lui d’en saisir l’occasion. Je ne vois nulle part ailleurs sur la planète d’institution de même rang qui soit au bénéfice d’un tel dispositif.

Enfin, le fait que sur le site de l’EPFL la RTS communique non seulement par le son mais aussi par l’image change la donne, pour ce qui est du bénéfice que l’école peut en tirer. Outre la possibilité de partager le produit de ses réflexions et de ses recherches, elle aura l’occasion de développer, en interne, des talents de communication dont l’institution, ses professeurs et ses chercheurs pourraient tirer le plus grand bénéfice. 

Metin Arditi, écrivain, envoyé spécial de l’Unesco pour le dialogue interculturel 

07/10/2018 12:12 | Lien permanent | Commentaires (1)

Vaud: la politique de la santé bouge?

LOLO00.jpgDans notre système fédéraliste, le combat pour une politique de santé équilibrée se déroule essentiellement au niveau des Cantons. Et il semblerait que les choses bougent dans le canton de Vaud. De récentes interventions parlementaires au Grand Conseil et des décisions de justice devraient inciter le Département de la santé à remettre en question sa stratégie de subventionnement massif du public et de diabolisation du privé. Des députés ont le courage de dénoncer la gouvernance inadéquate du CHUV, son financement opaque ou encore la limitation arbitraire des autorisations de pratique des médecins.
 
Acteurs publics et privés, tous doivent s’engager pour stabiliser les coûts. Il est donc légitime de s’interroger sur la dérive d’une hyperrégulation qui va à l’encontre des intérêts des patients et des contribuables. La limitation de l’accès à l’ensemble de l’offre de soins du canton induit des mesures de rationnement. Ces deux dernières années, ce grief de limitation disproportionnée a été confirmé à plusieurs reprises par les instances judiciaires nationales et cantonales, que ce soit la limitation, par des quotas, du libre choix du patient pour des soins dans un hôpital d’un autre canton ou dans l’application du contrôle des équipements médicaux-techniques lourds. La justice et les députés ont aussi dénoncé les restrictions disproportionnée face à la demande d’autorisation de médecins spécialistes pour pratiquer, à charge de l’assurance obligatoire des soins, sans tenir compte des besoins effectifs en soins de la population.
 
L’absence de transparence et le protectionnisme, qui vont à l’encontre de la lettre et de l’esprit de la LAMal, sont avant tout des tendances qui se retrouvent dans trois cantons romands, Genève, Vaud et Neuchâtel. Si vous consultez le comparatif du Surveillant des prix, vous constaterez que les traitements de base dans les établissements privés sont systématiquement moins chers que dans le public. Et, au contraire de ce que l’on veut faire croire, la statistique fédérale officielle démontre qu’il n’y a pas de grandes différences entre hôpitaux publics et privés dans le degré de gravité moyen des patients traités.
 
Le rôle obscur du Canton, à la fois propriétaire et administrateur du CHUV, planificateur et fixant des tarifs pour l’ensemble des établissements hospitaliers, y compris pour les siens, régulateur et en même temps arbitre, n’est plus dans l’éthique et les normes de meilleures pratiques de la gestion publique. Ce cumul de casquettes ne permet pas une concurrence raisonnablement réglementée, il est nettement au détriment des patients. Les tarifs de base des établissements cantonaux sont trop élevés et le Canton subventionne massivement le CHUV. À ce tarif de base surdimensionné, financé par les assurés, il faut ajouter un subventionnement par le contribuable de 5244 francs par cas d’hospitalisation, soit quatre fois plus que dans les cantons universitaires comme Zurich ou Berne. Où est l’erreur? La réponse à un postulat récemment accepté par le Grand Conseil, qui demande plus de transparence sur les prestations d’intérêt général, devrait nous donner la réponse.
 
Aujourd’hui, les députés vaudois demandent des comptes. Ils proposent aussi une nouvelle gouvernance du CHUV, avec un conseil d’administration dépolitisé, à l’instar du modèle que vient d’approuver le gouvernement fribourgeois. On peut aussi leur suggérer de se pencher sur l’application du principe du libre choix de l’hôpital. En ne versant pas la part cantonale du financement hospitalier aux cliniques privées, l’État discrimine les citoyens qui paient comme tout le monde leur assurance de base. Et le privé contribue à une épargne de plus de 70 millions par an. Malgré l’enfumage dialectique dont certains ont le secret, les assurés et les contribuables vaudois paient le prix fort pour leur politique de la santé. Le parlement commence à le comprendre et agit en conséquence.

Raymond Loretan, président de Swiss Medical Network

23/09/2018 12:47 | Lien permanent | Commentaires (0)

Prix et mépris (littéraire)

Ver_1_of_Vandenberghe.jpgRomain Gary, dans «Chien blanc», écrivit que la bêtise était «la plus grande force spirituelle de tous les temps». Celui qui fut le seul dans l’histoire à se voir deux fois décerner le Prix Goncourt (une première fois sous le nom de Romain Gary en 1956 pour «Les racines du ciel», une seconde fois en 1975 pour «La vie devant soi», sous le nom d’Émile Ajar) ne vivait pourtant pas à une époque où le jury d’un prix littéraire (le prix Renaudot), comptant qui plus est parmi ses membres un Prix Nobel de littérature (JMG Le Clézio), aurait songé à faire acte d’allégeance et de soumission à une multinationale américaine (Amazon) dont le seul objectif est la domination mondiale par la destruction des écosystèmes du livre dans les pays où elle opère.

On est quoi qu’il en soit en droit de se demander quel est le «message» qu’a voulu faire passer le jury du Renaudot en incluant dans sa première sélection un livre autopublié via la plateforme CreateSpace d’Amazon, car cela pose tout de même quelques questions. (Petite précision de langage, d’abord: on parle à tort «d’autoédition». Or l’autoédition n’existe pas. Si les auteurs affirment qu’écrire est un métier, éditer en est un autre qui lui est distinct. Il s’agit donc d’autopublication.)
 
La première question est la suivante: s’il est admis qu’il est difficile de trouver un éditeur pour un premier livre, on peut s’étonner qu’un auteur, en l’occurrence Marco Koskas, comptant une quinzaine de livres à son actif, tous publiés en une quarantaine d’années par plusieurs éditeurs «traditionnels» de premier plan (Fayard, La Table ronde, Jean-Claude Lattès, Robert Laffont, entre autres), n’ait pu en convaincre aucun de publier son dernier texte, «Bande de Français». Ce livre serait donc si mauvais?
 
La deuxième question est la suivante: si les jurés des prix littéraires doivent déjà se coltiner les quelque 400 nouveaux romans publiés en langue française chaque rentrée littéraire pour y «faire leur marché», comment ont-ils pu en plus de cela identifier un livre parmi les dizaines de milliers qui sont désormais autopubliés chaque année, chez Amazon ou ailleurs? Ils ont forcément été «aidés» dans leur choix. Il semble que ce soit par l’un des membres du jury, Philippe Besson qui, avec le courage incommensurable dont la nature l’a de toute évidence doté, a déclaré au magazine français «Le Point» qu’il ignorait que ce livre fût publié par Amazon.
 
Outre le fait que les jurés de ce prix – comme celui des autres principaux prix littéraires français, d’ailleurs – sont tous des écrivains dont le succès et la gloire se sont construits grâce à la confiance des éditeurs qui les ont publiés et des libraires qui les ont soutenus, on s’interrogera aussi sur leur choix qui s’est porté sur un livre qui ne peut être vendu que dans le circuit amazonien, légitimant de la sorte l’une de ces multinationales américaines qui, tout en clamant d’un côté que les marchés doivent [leur] être ouverts sans aucune restriction, procèdent pour ce qui les concerne avec des systèmes fermés excluant les autres acteurs du secteur concerné. Que certaines belles âmes, dans ce cas précis, osent en appeler au respect de la «création culturelle» et de «l’œuvre littéraire» oscille entre le ridicule et l’obscène. Comme si le «Guide Michelin» envisageait d’octroyer deux étoiles à une enseigne de fast-food, ou si l’on attribuait un prix de la biodiversité à Monsanto.
 
Si le choix dans la première sélection du Renaudot de ce livre autopublié peut être considéré comme une erreur, son maintien dans la dernière sélection constituerait une faute qui signerait la déchéance morale et définitive d’un prix qui fut autrefois prestigieux.

Pascal Vandenberghe, Président-directeur général Payot Libraire