19/02/2017 10:13 | Lien permanent | Commentaires (0)

La concurrence, ce concept impossible dans la santé

145_234_76_22.jpg

Dans ces mêmes colonnes, Jean-Pierre Danthine, professeur honoraire à l’UNIL évoquait il y a quelques semaines, la maîtrise des coûts de la santé. Il donnait sa position d’économiste, à laquelle j’aimerais ajouter de façon complémentaire, mon point de vue de médecin.
 
Pour résoudre les problèmes d’explosion des coûts de la santé, on en appelle régulièrement aux mécanismes classiques de la concurrence. On espère d’elle qu’elle saura résoudre les difficultés qui se profilent: des assurés qui hésitent à consulter en raison des coûts liés à leur franchise toujours plus élevée, des primes qui augmentent sans répit, des subsides qui ne suffisent plus à soulager les plus démunis pour les payer.
 
Or, bien qu’on lui prête tous ces talents, la concurrence est simplement impraticable sur le marché de la santé. Pour qu’elle joue pleinement son rôle, le client, en d’autres termes, le patient, doit pouvoir poser un jugement éclairé sur le produit, soit sur le traitement dont il bénéficie. Il doit être en position de choisir. Or le patient est en quelque sorte un «client captif». Se bercer de l’illusion qu’il est en état de faire un choix conscient lorsqu’il est malade malgré les informations de plus en plus pléthoriques qu’il a en théorie à disposition est un leurre.
 
Aujourd’hui, le système est en effet forcément dispendieux en raison de sa nature profondément libérale. Le médecin a la liberté de se former dans le domaine qu’il veut, il peut installer son cabinet où il le souhaite. Alors même, il faut le rappeler, que ses études et sa formation sont presque entièrement payées par les contribuables et qu’il ne subit aucune contrainte en retour de ces investissements. Curieusement, on a beau savoir de longue date, notamment depuis les études du spécialiste en santé publique Gian Franco Domenighetti, que plus il y a de médecins spécialistes, plus le nombre de consultations augmente, plus les coûts de la santé explosent, aucune limite n’est posée.
 
Les lobbys de la santé sont puissants et défendent leur point de vue en faveur d’un système complètement dérégulé. Les instances politiques essaient de le cadrer grâce à différents types de mesures comme la restriction des équipements lourds par exemple. Mais face à cette autonomie sans frein, l’État ne dispose que de très peu de moyens.
Il reste néanmoins bien des pistes à explorer pour réguler le système. Actuellement, nous formons des spécialistes sans limitation. Dans notre pays, nous en avons trop alors que nous manquons de médecins de premier recours qui agissent comme des régulateurs et recourent aux spécialités avec discernement. Dans ma pratique, combien de fois n’ai-je pas vu des patients qui avaient subi des examens coûteux alors même qu’une bonne anamnèse, un examen clinique et une simple radiographie auraient suffi.
 
Il est choquant de considérer le nombre d’examens qui sont faits sans que l’on se pose la question de leur efficacité ou de leur nécessité. Nous avons donc besoin d’une régulation de la formation post-grade, une refonte appuyée par une identification claire des besoins du marché. Dans le contexte d’une population vieillissante, les médecins généralistes épaulés par les gériatres et les palliativistes devraient être ces régulateurs des prestations faites par des spécialistes. C’est dans ce sens que depuis plusieurs années travaillent le CHUV et le Service de la santé publique du canton.
 
Ensuite, dans le domaine hospitalier, nous devrions développer des contrats de prestations précis afin de définir avec chaque hôpital son activité pour éviter les doublons et la concurrence entre eux. Nous devrions aussi affiner les benchmarkings de façon à améliorer l’efficience de nos hôpitaux. Pour autant, bien sûr, que l’on compare ce qui est comparable. Ce qui se fait dans le domaine de la médecine hautement spécialisée pourrait ainsi être élargi.
Quant au prix du matériel médical et des médicaments – excessif par rapport aux pays qui nous entourent – une des manières de les faire baisser pourrait consister à s’affilier à de grands consortiums d’achats européens afin de ne pas dépendre uniquement des intermédiaires suisses.
 
Si dans le domaine du téléphone portable par exemple, la concurrence est sans doute bénéfique pour le consommateur car elle fait baisser les prix, dans la santé, démonstration est faite que c’est bien le contraire qui se produit.
 
Pierre-François Leyvraz, directeur général du CHUV à Lausanne

 

12/02/2017 09:04 | Lien permanent | Commentaires (1)

Parlez-moi d'Amour

Cercle_Matin_Dimanche.xml

matin cercel.jpgA deux jours de la Saint-Valentin je trouvais très opportun de vous parler un peu d’Amour, dans ce monde qui n’a de cesse que de vouloir nous montrer à tout prix et au quotidien que l’amour n’existe plus.
 
À l’heure où les barrières veulent à nouveau s’ériger autour de nombreux pays craintifs avides de pouvoir, à l’heure où des enfants s’échouent cruellement sur les plages de la Méditerranée comme des baleines, ou des familles entières ne savent plus quel chemin emprunter pour sauver ce qui leur reste, c’est-à-dire, juste leur peau. À l’heure où les attentats s’attaquent sadiquement à tuer au hasard parmi tous les peuples et citoyens de notre monde, à l’heure où le mensonge et la cupidité ont corrompu les plus grands hommes de notre planète, où les animaux et les grands arbres sont abattus sans vergogne afin que les terres rapportent plus encore, cela juste pour quelques-uns. Bien triste constat et malheureusement la liste pourrait continuer de s’allonger indéfiniment. Même si nous aimerions nous voiler la face pour nous protéger un peu, impossible. Comme chacun d’entre vous je suis victime de ces toujours ou presque mauvaises nouvelles qui n’arrêtent pas d’inonder mon smartphone, au même titre que ces innombrables publicités pour des jeux ignobles avec des images violentes qui s’imposent à mes yeux.
 
Suffit-il à présent de clamer: Je suis Charlie, je suis Paris, Nice, Berlin ou même Québec pour faire changer les choses. Malheureusement non, et nous le savons bien. Rien ne pourra ramener à la vie les victimes de ces crimes gratuits et nous nous sentons tous impuissants et même parfois coupables de cette déferlante de violence qui nous inonde et qui fait tristement partie, aujourd’hui, de notre quotidien.
 
Pourtant nous détenons tous en nous l’arme secrète universelle pour nous protéger de toute cette violence, de toute cette haine. C’est elle seule qui peut servir à améliorer la condition humaine de notre époque et de celle à venir. Elle est là, juste à notre portée, depuis la nuit des temps, pas même besoin de se baisser pour la ramasser, il ne suffit que de la faire vibrer à l’intérieur, tout au fond de notre cœur et de la laisser nous submerger.
 
C’est elle la clef de tous nos maux mais aussi de nos plus beaux succès. Elle ouvre à elle seule toutes les portes et ses bienfaits sont inépuisables.
 
Son symbole est connu sur les cinq continents, par toutes les religions et par toutes les nations. Sa forme est ronde comme le ventre d’une mère, sa couleur est rouge comme le sang qui coule dans nos veines ou comme les baccaras qui à elles seules représentent sans mot dire les plus beaux sentiments du monde, son nom: c’est l’Amour, l’Amour qui sonne si bien dans toutes les langues.
 
L’Amour peut se manifester en tout temps, il est partout, imprévisible, il nous étonne, il nous surprend souvent à nos dépens, il fait monter en nous un état de bien-être, de chaleur, de bonheur, de joie, il accélère nos battements de cœur. L’amour est le contraire de la peur, il est sans conditions.
 
Ne dit-on pas qu’il faut d’abord s’aimer soi-même pour mieux aimer les autres! Le simple fait de nous observer nous-même devrait nous procurer de l’amour pour nous-même. N’est-il pas merveilleux de contempler notre corps et son fascinant mode de fonctionnement, tout est tellement parfaitement à sa place. L’Amour, c’est aussi offrir dans le but de toucher le cœur de l’autre, ce geste est à double sens, le plaisir de faire plaisir, n’y a-t-il rien de plus beau que de pouvoir donner? La passion est remplie d’Amour, tous les passionnés vont mettre tellement de cœur à l’ouvrage que leurs travaux quels qu’ils soient seront perçus comme des cadeaux.
 
Pardonner aussi est un acte d’Amour, savoir se remettre en question et choisir de faire le premier pas envers l’autre. N’est-il pas gratifiant de raviver la flamme d’une amitié perdue? Oh oui; et pourtant lu comme cela, tout a l’air simple. Pour les plus anciens d’entre nous il y a un titre du chanteur Gilles Vigneault qui disait «Qu’il est difficile d’aimer».
 
Et si l’on essayait le 14 février prochain de se mettre tous en mode Amour en pleine conscience, au moins pour un jour. Ne pourrions-nous pas nous dire, en mémoire de toutes ces victimes, je suis Amour. Pas seulement pour les personnes que nous chérissons mais également pour toutes les personnes que nous allons croiser durant cette journée, je suis certaine que ce soir-là, nous nous endormirons tous avec le sentiment d’avoir pu faire quelque chose.

Cercle_Matin_Dimanche.xml


 

05/02/2017 10:17 | Lien permanent | Commentaires (1)

Des méfaits de l’alternance?

Cercle.jpgLe combat de coqs Clinton-Trump et celui – dans la volière française – des candidats de gauche et de droite entre eux et contre ceux de l’autre tendance mettent en évidence la faiblesse voire le danger intrinsèque de l’alternance en politique, danger accru encore par un régime présidentiel.

Danger de l’alternance d’abord: à peine arrivé au pouvoir, M. Trump, républicain, n’a qu’une idée: défaire ce qu’a pu entreprendre son prédécesseur démocrate. En outre, il change tout ce qu’il peut dans l’administration afin d’y mettre ses hommes liges. Il n’en ira sans doute guère autrement en France quel que soit le candidat élu, M. Hamon représentant autant l’alternance, à gauche, que M. Fillon, à droite. Ce sera donc le grand coup de balai des ministères et des changements à beaucoup d’échelons de l’administration. Comment veut-on qu’un pays progresse à coups de démolitions successives?

Danger accru par un régime présidentiel: un seul homme ferait la pluie et le beau temps à l’exécutif; un seul homme promettrait un programme, miroir aux alouettes pour son élection, programme qu’il ne peut jamais remplir seul, à moins d’agir en vrai potentat, mais, dans un État occidental, en courant le risque d’un blocage social parce que la moitié de la population, qui est d’une tendance autre que celle du président, entend bien paralyser tout effort.

Et après que les candidats, tant aux États-Unis qu’en France, se sont couverts réciproquement de critiques, voire d’insultes pendant la campagne, et que les opposants se seront évertués à trouver mille péchés à reprocher au candidat le mieux placé qui leur déplaît, comment peut-on imaginer travailler sereinement au bien commun? La haine entre les candidats et parfois leur manque de respect les uns pour les autres incitent les citoyens à tomber dans l’infantilisme au point de gifler un candidat! Le spectacle est écœurant; l’élection de l’exécutif et en particulier d’une seule personne, le président, par le peuple est un mal, en tous les cas à l’époque du triomphe des réseaux sociaux.

On mesure, devant ce désastre, la chance qui est la nôtre, en Suisse, d’une part d’avoir toujours un collège exécutif et non pas un système présidentiel, et d’autre part de chercher à cultiver le principe de concordance.

Le système collégial que nous pratiquons à tous les échelons offre l’avantage premier de décourager les promesses fallacieuses, car chaque candidat à l’exécutif sait que, une fois élu, il devra composer avec quatre ou six autres élus de même rang que lui, dont il ne peut pas se débarrasser par le biais d’une crise ministérielle. Chacun des cinq ou sept membres de nos exécutifs collégiaux doit apprendre à chercher la concordance et ce, même parfois avec des collègues d’appartenance politique proche. Certes, les caractères ne sont pas tous de la même trempe, mais tous ont la même légitimité électorale, et c’est très important. Il peut y avoir, en Suisse, une sorte d’alternance politique en ce sens qu’un exécutif communal, cantonal ou fédéral serait tantôt à majorité de gauche, puis de droite, mais l’égale légitimité électorale de tous les élus à l’exécutif les oblige à chercher un consensus, y compris avec les minoritaires.

On se doit pourtant de relever que le système collégial risque de fonctionner moins bien, chez nous, quand l’élection a lieu par le peuple que lorsqu’elle est le fait du Parlement, car ce dernier sait probablement mieux composer un collège que ne le fait le hasard des votes populaires très affectifs.

En deux mots, la concordance, le collège exécutif et l’élection du gouvernement par le Parlement assurent mieux le bien d’un pays que l’alternance présidentielle avec élection populaire.

Suzette Sandoz, Ex-conseillère nationale libérale (VD)