19/09/2010 00:10 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : métin arditi, le cerle, burt lancaster, conseil fédéral

Le Conseil fédéral, Burt Lancaster et Claudia Cardinale

ARDITI_2.jpgAh! Les westerns… Dans «Les Professionnels», Claudia Cardinale n’a pas de chance. Elle se fait kidnapper par une bande de malfrats menés par Burt Lancaster. A un moment du film, elle lui jette à la figure une phrase du genre: «Vous faites ça pour l’argent!» Non, réplique Burt Lancaster, l’air détaché. «Alors pourquoi?» La réponse vient vite: «Parce que nous sommes des professionnels.» Claudia Cardinale demande alors: «Qu’est-ce que c’est, un professionnel?» Et Burt Lancaster lui réplique: «C’est quelqu’un qui met toutes les chances de son côté.» Voilà.

A l’aune d’une pensée aussi simple et juste, que dire de la façon dont se préparent les élections au Conseil fédéral? Le pays met-il toutes les chances de son côté pour nommer les meilleurs? La réponse est non. Elle est même deux fois non, hélas… Car ce sont deux aspects de l’élection qui posent problème. Il y a, d’abord, cette obsession de l’équilibre. Le sexe, la région linguistique, le canton… Pas trop de l’un… Pas trop de l’autre… Pitié! Faisons l’analyse inverse: l’équilibre, soit. Mais à quel prix? Inutile de se cacher derrière son petit doigt, ce que cette obsession implique, c’est qu’il faut sacrifier la qualité du candidat à l’équilibre. Rien de moins. Et c’est ridicule. Imaginons qu’il y ait trois Romands au Conseil fédéral. Ou cinq femmes. Ou trois Zurichois. Ou deux Tessinois. Et alors? Où serait le drame si ce sont les meilleurs? En plus, ils risqueraient de s’entendre…

Et puis, pour les équilibres, n’y a-t-il pas les parlements? Sans parler de cette manière de faire pression sur un candidat pour qu’il transfère ses papiers dans une commune qui n’est plus la sienne, en dernière minute, à la va-vite… Des méthodes humiliantes pour notre système politique autant que pour les candidats qui font le déplacement au greffe de la commune, et les caméras sont là, et ça filme, et chacun est dans ses petits souliers… Vestiges d’une époque où la politique fédérale se faisait de manière plus, disons, locale… On pouvait se permettre des facilités. C’était avant la globalisation. Avant Kadhafi. Avant l’UBS mise en pièces en Amérique. Avant les listings HSBC achetés et exploités sans vergogne par des gouvernements étrangers. Avant les envies de revanche de ministres européens à l’égard de la Suisse. C’était avant. Tempi passati… L’autre aspect touche au mode d’élection. Les conciliabules au bar du Bellevue, les «Nuits des longs couteaux», les chefs de parti qui font la une des médias, c’est vrai que ça titille…

Mais le candidat, dans tout cela, où est-il? Et le citoyen? Où passe, dans ce processus, le rapport fondamental, celui de l’élu suprême au citoyen? Qui ne se souvient de Madame Widmer-Schlumpf (personne très honorable, ce n’est pas le problème) arrivant au parlement, déjà élue conseillère fédérale, sans que le pays ne la connaisse vraiment? Une élection nationale au suffrage universel serait exigeante pour les candidats plus que pour leur parti. L’électeur aurait la chance de les voir réagir sous le feu de l’action. Eux-mêmes auraient l’occasion de se révéler. La dureté de l’exercice ferait office de sélection naturelle. Enfin, et surtout, on le voit à l’étranger, une campagne nationale transforme celui qui la mène pour gagner. Elle le rend plus rude. Elle le prépare à des batailles d’un autre ordre. En définitive, elle permet au pays de mettre toutes les chances de son côté.

Metin Arditi

Ecrivain

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