02/10/2010 23:53 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cercle, dimanche

Sous l’écume des colères présidentielles

isabellechassot.jpgDifficile d’y échapper! Un œil même distrait sur un téléviseur n’a pu éviter le feuilleton de la semaine, dont l’épisode initial fut la colère théâtrale du président du PS, à laquelle répliqua la moue sonore du président du PLR. Des ires suffisamment surjouées pour attirer micros et caméras, susciter polémiques et menace de poursuite pénale.
L’origine de cette mauvaise humeur? La composition du Conseil fédéral qui, dans la matinée de ce dernier lundi, a fait l’objet d’un bouleversement substantiel. La nouvelle répartition n’ayant pas été du goût du président socialiste, elle fut saluée par une bronca rarement entendue sous la Coupole. Noms d’oiseaux à la volée, attaques personnelles, provocations: les têtes de deux partis gouvernementaux réglaient leur compte devant des journalistes médusés.
Le pays assistait, dubitatif, à la dispute de deux ténors politiques auxquels le jeu semblait avoir soudain échappé. Depuis des mois, avec une habileté à laquelle l’adjectif machiavélique rend imparfaitement hommage, le duo présidentiel distribuait les cartes, réservant à leurs candidats les atouts propres à leur faire rafler la mise ministérielle. Or, les institutions ayant repris leurs droits, l’organisation du gouvernement se déroula selon d’autres principes, laissant fort marris les apôtres de la stratégie.
Du côté socialiste, la colère s’abreuvait à une autre source: le centre droit s’était soudainement mis à faire de la politique, à tirer quelques ficelles, à négocier l’avenir. Lorsque ces manœuvres sont conduites sur la gauche ou sur la droite de l’échiquier, elles sont drapées des vertus de l’habileté, de l’efficacité et de la vision stratégique. Mais lorsque le centre s’en mêle, ces mêmes attitudes sont vouées aux gémonies et traitées de «grossièrement déloyales».
En habillant d’une charge émotionnelle leur dispute, les deux présidents illustrent de manière troublante l’état du débat politique. La tentation de la personnalisation et de la théâtralisation de la politique frappe à la porte du Conseil fédéral. Sous l’agitation de cette dernière semaine apparaît la volonté des partis de transformer les conseillers fédéraux en chefs de bande. Or, la crédibilité et l’efficacité du Collège exigent du recul par rapport aux jeux politiciens et aux velléités électoralistes. Cette distance est la condition indispensable pour lui permettre de répondre aux défis auxquels le pays est confronté.
La politique partage parfois avec le tennis les risques de retours peu gagnants. Le président du PS oublie un peu vite, en effet, que si les socialistes n’avaient pas manœuvré l’autre jour pour écarter la radicale Keller-Sutter, il y aurait non seulement cinq femmes à l’Exécutif mais le Département de Justice et Police aurait trouvé une cheffe évidente. Par chance, dans ce brouhaha inconvenant, la dignité de Simonetta Sommaruga témoigne de sa réelle carrure. L’élégance avec laquelle elle a accepté la décision de ses pairs prouve, si besoin était, qu’elle n’aura aucun mal à s’imposer à la tête d’un département, qui n’a rien d’un terrain de seconde ligue.
L’écume des colères présidentielles est déjà en voie de résorption. Les mois électoraux à venir éclaireront la réalité du chambardement du 27 septembre. On saura alors s’il annonce un mouvement plus fondamental des plaques tectoniques fédérales ou s’il n’est qu’un pic sur le sismographe des stratégies partisanes et des rivalités plus personnelles.

Isabelle Chassot
Conseillère d’Etat, Fribourg

Commentaires

Bon, voilà qu'après les rubriques gnan-gnan de Géraldine Savary, il va falloir supporter celles d'Isabelle Chassot. Il ne manque plus que Suzette Sandoz et Anne-Catherine Menétrey, et le tableau sera complet.

Écrit par : bobino | 08/10/2010

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