31/10/2010

L'accueil de la francophonie est une promotion de l'ouverture suisse

1001151571.jpgAccueillir et visiter. Ce sont les seuls moyens de nouer de vrais contacts, de se faire connaître au sens premier du terme, et de promouvoir ses valeurs. C’est encore plus vrai lorsqu’on est une petite région, un petit pays, dont la voix se perd dans le concert planétaire.
En organisant, du 22 au 24 octobre dernier, le XIIIe Sommet de la francophonie, la Suisse, le canton de Vaud, et la Ville de Montreux se sont donné une occasion rare, peut-être unique, d’aller au-devant des responsables de 70 pays, répartis sur les cinq continents. Ces dirigeants ont trouvé, aux portes d’un périmètre de sécurité extraordinairement restreint en regard de l’événement, un pays ouvert, attentif, respectueux de ses hôtes et de lui-même. La démocratie, c’est aussi l’image qu’on en donne, et celle-ci était plus parlante que bien des discours.
Ce n’est pas à mésestimer. Alors qu’il est de bon ton d’ergoter sur la déclaration finale de tels sommets comme s’il s’agissait des chiffres d’une production industrielle, je reste persuadé que leur importance est ailleurs. Elle réside dans les rencontres, celles d’un hôte et de ses invités, et des invités entre eux. Au bénéfice d’un agenda souple, le rendez-vous des francophones a permis des échanges aussi nombreux que variés, à l’échelon ministériel voire présidentiel, mais aussi entre maires de villes du monde entier, entre universitaires et chercheurs. Tout cela dans une langue commune, dans le partage d’un même socle culturel. En germe, il y a là de futurs partenariats, des avancées concrètes.
Cette diplomatie sans tambour ni trompette, efficace dans sa discrétion, a de multiples canaux. La Confédération en sait l’importance, elle qui s’active, par le biais de Présence Suisse, à jouer au mieux de leur diversité pour assurer la visibilité de notre pays, faciliter ses relations internationales, promouvoir son ouverture. L’opiniâtre travail de Johannes Matyassy, bientôt relayé par Nicolas Bideau, dont on souhaite qu’il porte ce flambeau avec la même énergie, est ici à saluer.
Les cantons développent leur propre potentiel: Zurich économique, Berne administratif, Genève international, et Vaud sportif. Au fil de plusieurs compétitions olympiques, ce printemps encore à Vancouver, j’ai pu mesurer le renom que nous vaut l’accueil du siège du CIO, l’attention qu’éveille la remarquable concentration sur notre territoire d’associations et de fédérations internationales. Là aussi, il s’agit d’approfondir, de justifier une réputation, et c’est dans ce contexte que Lausanne et le canton se réjouissent de recevoir l’an prochain plus de 20 000 gymnastes populaires du monde entier à l’enseigne de Gymnaestrada.
Pour assurer un rayonnement, l’amplifier, le pérenniser, il faut aussi se déplacer. On diffuse ses valeurs parce qu’on communique, directement. Comme à Shanghai, voici quelques jours où j’ai emmené, avec mon collègue Jean-Claude Mermoud, et le syndic de Lausanne Daniel Brélaz, une forte délégation vaudoise qui a ramené dans ses bagages sept accords de partenariat.
La Suisse – et le Sommet de la francophonie l’a une fois de plus démontré – n’a rien à gagner au repli sur elle, à la méfiance boudeuse. Dans le paysage du monde, bien cultiver son jardin c’est le faire sans clôture; en montrant ses fruits et en donnant envie d’y goûter; en expliquant ses méthodes et en se montrant prêt à les partager.

Pascal Broulis
Président du Conseil d'Etat vaudois

23/10/2010

La Francophonie, un espace pour créer la confiance

calmy.JPG"On n'habite pas un pays, on habite une langue", faisait remarquer Cioran. Roumain exilé à Paris, il a écrit la majeure partie de son oeuvre en français. Son constat a trouvé une résonance particulière cette fin de semaine à Montreux avec le XIIIe Sommet de la Francophonie.

La Francophonie, ce sont 70 pays et 900 millions de personnes. C’était la première fois que la Francophonie se réunissait en Suisse. La Suisse entière en a profité en termes d'image et de visibilité. Vivre l’espace francophone dans toute sa diversité réuni dans notre pays multiculturel et quadrilingue m'a renforcé dans la conviction que partager une langue parlée sur les cinq continents est une chance extraordinaire.

Car au sein de la Francophonie, le français n’est parlé comme langue unique qu’en France. Partout ailleurs, il est, comme en Suisse, associé à une ou à plusieurs autres langues. La Francophonie, c’est donc avant tout un espace de pluralité des langues. Et par conséquent de pluralité des modes de pensée.

Dans le monde globalisé, il est très important que nous n’ayons pas qu’un seul standard de pensée. Il est très important qu’on puisse se reconnaître à travers une langue commune dans les problèmes de notre temps, dans les réflexions politiques, économiques et scientifiques qui ont cours, dans les expériences qu’on a vécues. Avoir une langue commune, c'est partager des références historiques, philosophiques, littéraires, c'est aborder les problèmes avec une même perception. Avoir une langue commune, c'est gagner en complicité et en efficacité. C'est donc gagner du temps. Dans un monde interconnecté où les réseaux se superposent, ce temps est précieux.

La raison d'être de la Francophonie n'est pas de mener un combat contre les autres langues. La Francophonie se bat au nom de la diversité des cultures dans le monde afin d’éviter l’uniformisation de la planète. La valeur ajoutée de la Francophonie, c'est sa diversité: elle représente à la fois le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest, les pays riches et pauvres. Elle regroupe des cultures et des religions différentes, des positions politiques diverses. Mais, grâce au ciment commun que sont la langue et la culture, la Francophonie crée un espace de confiance qui nous permet de mieux saisir les problèmes, de mieux les appréhender en profitant d'un climat plus serein que dans d'autres enceintes internationales où les obstacles politiques prennent le dessus.

Parce que la Francophonie réunit en son sein des pays très différents et qu'elle les rassemble sur la base d’une langue et d'une culture communes, il y est possible de mieux se comprendre sans malentendus et sans les complications liées à la traduction. Dans le domaine de la médiation par exemple, c'est un atout qui compte. Ainsi, en Afrique, la Francophonie s'affirme comme un acteur utile pour accompagner les processus de démocratisation et de gestion de crise. Depuis 1992, elle a soutenu plus de 150 missions d’observation électorale dans des pays en situation difficile. Elle s’est affirmée comme un acteur déterminé dans la promotion de la paix, de la démocratie et des libertés.

Il est faux de penser que la Francophonie n'est qu'un espace où l'on fait de grands discours. La Francophonie est un forum où l'on peut se réunir autour d'objectifs communs et espérer dépasser les clivages en apportant différentes visions de différentes réalités. Il devient ainsi possible d'y trouver des solutions à des problèmes globaux qui, aujourd'hui, concernent et préoccupent la planète entière.

Micheline Calmy-Rey
Conseillère fédérale
Présidente de la Conférence ministérielle de la Francophonie

16/10/2010

Genève bouge. Merci pour elle.

longchamp.jpgGenève cristallise deux attitudes, l’une plus déplacée que l’autre. La première, c’est l’arrogance. Celle qui fait qu’un magistrat communal genevois parle de population «rupestre» en évoquant nos voisins vaudois. Parvenant ainsi à commettre, en un seul mot, deux fautes: l’une de vocabulaire, l’autre de goût.

La seconde attitude, tout aussi ridicule, c’est celle qui consiste à l’inverse à estimer que Genève ne serait qu’un tas d’enfants gâtés, un village gaulois empli d’irréductibles crétins. Cette posture a même valu à la langue de Dürrenmatt un néologisme, la «Genferei».Complexe d’infériorité? Je n’en sais rien. J’observe que nos amis zurichois ou bâlois subissent eux aussi, souvent, cette «Schadenfreude» de la part de leurs voisins alémaniques. Lorsque, par exemple, le titre de champion suisse de foot leur échappe. Ce qui, en passant, n’est plus arrivé depuis dix ans et les victoires de Saint-Gall et… Servette!

C’est dans cette seconde veine qu’excellent les médias romands depuis la fermeture d’une disco qui ne garantissait pas la sécurité de ses (très) jeunes clients. En simplifiant à peine: sans son «Moa», Genève sombre dans le spleen («Matin Dimanche» du 10 octobre 2010).

Amis romands, rassurez-vous: Genève va bien, même si une discothèque a dû, hélas et provisoirement, fermer ses portes. Tellement bien que nous continuerons de contribuer plus que n’importe qui d’autre à la richesse de notre pays. Grâce à la santé de ses finances et au travail de ses habitants, Genève consacre 221 millions par an à la solidarité avec les autres cantons. Magnanimes, les Genevois offrent encore chaque année 1,7 milliard (oui, c’est 1,5 fois la hauteur du jet d’eau en billets de mille) à la Confédération via l’impôt fédéral direct. Et ne croyez pas qu’on s’en plaigne: nous sommes fiers de soutenir notre pays. Car les Genevois, pour près de la moitié d’entre eux, viennent d’autres cantons. Genève est ainsi le plus suisse des cantons suisses, même s’il n’a jamais connu d’occupation bernoise.

Tout, bien sûr, peut être amélioré. Et c’est pourquoi les Genevois viennent de voter des projets d’envergure. La liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse, un nouvel hôpital universitaire ou un audacieux Musée d’ethnographie. A lui seul, l’aéroport de Genève vient d’investir 230 millions pour se moderniser et consacrera 350 millions de plus pour un nouveau terminal. Cet aéroport est au service de toute la Suisse romande, sans que cela coûte un seul centime aux autres cantons.

Nous avons un fort chômage, c’est vrai. D’ailleurs, toute la Suisse a été touchée par la crise économique mondiale. De septembre 2008 à février 2010, le nombre de chômeurs a augmenté de 84% en Suisse. Mais à Genève, grâce au dynamisme de nos entreprises, la hausse a pu être la moins forte de Suisse (35%). Dans le seul mois de septembre 2010, à Genève, 1800 personnes ont quitté le chômage. C’est l’équivalent de la totalité de l’effectif des chômeurs d’autres cantons romands!

Alors oui, nous avons nos grandes gueules et nos couacs. On ferme une disco. On rate un enterrement. Et sans doute avons-nous beaucoup à faire pour combattre la pénurie de logements. Mais malgré ça, Genève est un canton délicieux. Tenez: mercredi, nous allons inaugurer la nouvelle ligne TGV qui nous met à trois heures à peine de Paris. Aaaah, Paris… Ainsi va Genève!

François Longchamp
Président du Conseil d'Etat genevois

10/10/2010

Pénurie de personnel: les jeunes ont compris

LEYVRAT_1.jpgFaisons un saut dans le temps de dix ou vingt ans: qui restera-t-il pour soigner la génération du baby-boom? La question commence de tarauder sérieusement les milieux de la santé. Une étude de l’Observatoire de la santé (2009) révèle que la branche devra trouver 85 000 employés supplémentaires d’ici à 2020: 25 000 pour faire face à l’augmentation des besoins due entre autres au vieillissement de la population et 60 000 pour remplacer les collaborateurs qui auront atteint l’âge de la retraite. Les chiffres sont faramineux, le constat peut paraître effrayant.

Et pourtant! L’exposition «Viens travailler dans la santé» qui vient de fermer ses portes au Comptoir a de quoi fouetter le sang des plus pessimistes. 50 000 visiteurs s’y sont pressés dont une kyrielle de jeunes. Construite autour d’un bloc opératoire reconstitué de toutes pièces, l’expo s’inscrit dans la foulée de l’effort national de lutte contre la pénurie de personnel en santé; elle est également l’une des pièces de la campagne qu’ont entamée de concert les conseillers d’Etat en charge respectivement de la Santé et de l’action sociale – Pierre-Yves Maillard – et de la Formation – Anne-Catherine Lyon.

Cet événement avait pour but premier de susciter des vocations en permettant à des jeunes de se glisser tantôt dans la peau d’un anesthésiste, tantôt dans celle d’une instrumentiste ou d’un chirurgien. Ils ont pu apprendre à intuber, à réanimer, à opérer. Ils ont pu percevoir, au travers des témoignages des trois cents professionnels du CHUV présents sur place, à quoi peut ressembler le quotidien de pros dans la santé.

Ces élèves leur ont posé des questions directes, des questions d’ados devant lesquels s’ouvrent tous les possibles: pourquoi avez-vous choisi un métier pareil? Peut-on s’habituer à voir mourir des enfants malades? Certains jours, avez-vous envie de tout laisser tomber? Qu’est-ce que cela vous fait d’ouvrir un corps avec un scalpel même si c’est pour le soigner?

L’enthousiasme de ces jeunes démontre que nous avons de quoi espérer. Il reflète le plaisir et la fierté que les professionnels ont eus à leur montrer leur métier. Il prouve aussi qu’en matière d’information sur ces domaines, la demande est forte et que nous pouvons – nous devons – en faire davantage. Cette mobilisation prouve enfin qu’il est temps de changer d’état d’esprit, d’arrêter de se lamenter. Nous disposons en Suisse d’un potentiel inouï: des compétences extraordinaires (il n’est qu’à considérer le nombre de publications scientifiques pour s’en convaincre) auxquelles s’ajoute un système de formation reconnu internationalement. Sans compter une configuration historiquement inégalée: la proximité et la connivence de trois institutions, l’Université de Lausanne, l’EPFL et le CHUV. De quoi être particulièrement confiants dans les forces de notre place scientifique et ne pas hésiter à le faire savoir loin à la ronde. La promotion de notre savoir-faire dans les domaines de la santé peut devenir un atout économique dans lequel nous devons investir. Comme l’ont fait autrefois avant nous, les promoteurs de l’hôtellerie suisse.

Ce tableau d’exception représente une chance inouïe pour les élèves de notre pays qui se destinent au domaine de la santé. Les premiers à l’avoir compris sont les jeunes eux-mêmes: ils l’ont prouvé durant dix jours lors du dernier Comptoir.

Pierre-François Leyvraz
Directeur général du CHUV

02/10/2010

Sous l’écume des colères présidentielles

isabellechassot.jpgDifficile d’y échapper! Un œil même distrait sur un téléviseur n’a pu éviter le feuilleton de la semaine, dont l’épisode initial fut la colère théâtrale du président du PS, à laquelle répliqua la moue sonore du président du PLR. Des ires suffisamment surjouées pour attirer micros et caméras, susciter polémiques et menace de poursuite pénale.
L’origine de cette mauvaise humeur? La composition du Conseil fédéral qui, dans la matinée de ce dernier lundi, a fait l’objet d’un bouleversement substantiel. La nouvelle répartition n’ayant pas été du goût du président socialiste, elle fut saluée par une bronca rarement entendue sous la Coupole. Noms d’oiseaux à la volée, attaques personnelles, provocations: les têtes de deux partis gouvernementaux réglaient leur compte devant des journalistes médusés.
Le pays assistait, dubitatif, à la dispute de deux ténors politiques auxquels le jeu semblait avoir soudain échappé. Depuis des mois, avec une habileté à laquelle l’adjectif machiavélique rend imparfaitement hommage, le duo présidentiel distribuait les cartes, réservant à leurs candidats les atouts propres à leur faire rafler la mise ministérielle. Or, les institutions ayant repris leurs droits, l’organisation du gouvernement se déroula selon d’autres principes, laissant fort marris les apôtres de la stratégie.
Du côté socialiste, la colère s’abreuvait à une autre source: le centre droit s’était soudainement mis à faire de la politique, à tirer quelques ficelles, à négocier l’avenir. Lorsque ces manœuvres sont conduites sur la gauche ou sur la droite de l’échiquier, elles sont drapées des vertus de l’habileté, de l’efficacité et de la vision stratégique. Mais lorsque le centre s’en mêle, ces mêmes attitudes sont vouées aux gémonies et traitées de «grossièrement déloyales».
En habillant d’une charge émotionnelle leur dispute, les deux présidents illustrent de manière troublante l’état du débat politique. La tentation de la personnalisation et de la théâtralisation de la politique frappe à la porte du Conseil fédéral. Sous l’agitation de cette dernière semaine apparaît la volonté des partis de transformer les conseillers fédéraux en chefs de bande. Or, la crédibilité et l’efficacité du Collège exigent du recul par rapport aux jeux politiciens et aux velléités électoralistes. Cette distance est la condition indispensable pour lui permettre de répondre aux défis auxquels le pays est confronté.
La politique partage parfois avec le tennis les risques de retours peu gagnants. Le président du PS oublie un peu vite, en effet, que si les socialistes n’avaient pas manœuvré l’autre jour pour écarter la radicale Keller-Sutter, il y aurait non seulement cinq femmes à l’Exécutif mais le Département de Justice et Police aurait trouvé une cheffe évidente. Par chance, dans ce brouhaha inconvenant, la dignité de Simonetta Sommaruga témoigne de sa réelle carrure. L’élégance avec laquelle elle a accepté la décision de ses pairs prouve, si besoin était, qu’elle n’aura aucun mal à s’imposer à la tête d’un département, qui n’a rien d’un terrain de seconde ligue.
L’écume des colères présidentielles est déjà en voie de résorption. Les mois électoraux à venir éclaireront la réalité du chambardement du 27 septembre. On saura alors s’il annonce un mouvement plus fondamental des plaques tectoniques fédérales ou s’il n’est qu’un pic sur le sismographe des stratégies partisanes et des rivalités plus personnelles.

Isabelle Chassot
Conseillère d’Etat, Fribourg

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