21/11/2010 11:34 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cercle, pierre-marcel favre

Intégration et assimilation

FAVRE-84.jpgLors de la grande fête donnée pour les 100 ans de la synagogue de Lausanne, le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, a rappelé la différence entre les concepts d’intégration et d’assimilation. Cette distinction est essentielle car elle est au cœur du débat actuel sur les étrangers. Pour rappel, l’assimilation conduit progressivement les membres d’un groupe minoritaire à se fondre dans la culture du groupe social dominant. On peut l’associer à une forme d’acculturation. L’intégration est, de son côté, un processus par lequel les membres d’une minorité, tout en conservant leur spécificité et leur identité, adoptent les règles et respectent la culture de la société qui les accueille.

Entre la position d’une partie de l’électorat extrême, pour laquelle un bon étranger ne peut être qu’un étranger totalement assimilé, et la position de la gauche pour laquelle une société communautariste est forcément viable puisqu’elle est constituée d’êtres humains, dont les manquements sont toujours explicables, donc excusables, seule la voie de l’intégration fait vraiment sens. Or, trop souvent, soit par la faute de l’Etat, soit du fait d’individus, l’effort d’intégration est totalement insuffisant, de part et d’autre.

Prenons, tout d’abord, l’exemple de certaines communautés étrangères aisées qui, après plusieurs années passées en Suisse romande ne parlent pas un mot de français, ne lisent pas de journaux locaux, ne regardent jamais la TV suisse et vivent en vase clos avec d’autres expatriés s’exprimant toujours en anglais. Il y a là une attitude de nature coloniale, pas loin d’une forme d’apartheid culturel. J’ai même rencontré des jeunes gens ayant fréquenté trois ans une école internationale genevoise et incapables d’aligner trois phrases en français.

L’apprentissage de la langue est non seulement le premier pas vers l’intégration mais aussi une marque de respect pour le pays qui accueille. Cela contribue à éviter le rejet, voire les frictions ou la violence.

On a mis aussi trop longtemps à accepter une visibilité politique de certains immigrés. Il a fallu de nombreuses années aux gouvernements pour que ceux qui n’étaient plus à l’école soient encore intégrés et favorisés, dans tous les domaines.

Même si on peut ne pas être fan de l’armée, reconnaissons que c’est un lieu de contacts, d’échanges. La France de Chirac ne peut pas s’enorgueillir d’avoir supprimé la conscription qui amenait un peu d’égalité et d’intégration. Cela dit, il n’est pas question de dissoudre chacun complètement dans la masse. L’apport culturel, musical et alimentaire des minorités est un enrichissement indispensable. L’expression des différences n’a qu’une limite: la pratique de l’intégrisme religieux, le rejet de nos valeurs démocratiques et, osons le dire, de nos lois.

Quoi de plus beau que les rapprochements et les échanges. Je reviens d’un séjour dans le couvent bénédictin de Keur Moussa au Sénégal, en plein pays musulman. S’y côtoient des moines blancs et noirs, qui ont réussi une fusion inédite des chants grégoriens et de la musique africaine. Un magnifique message d’intégration. En espérant que là-bas, la progression de l’islamisme ne détruise pas ce bel équilibre…

Pierre-Marcel Favre
Editeur

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