01/01/2011 17:08 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bender, guérilla, politique, 2011, cercle, matin dimanche

2011: vers la fin de la guérilla politique?

bender.jpgLe système politique suisse est imprégné de l’esprit de concordance, de la volonté d’associer les principales forces au pouvoir, à tous les niveaux de notre Etat fédéral. Le mode de scrutin proportionnel a facilité cette intégration. Proportionnelle de droit pour les législatifs, et proportionnelle de fait pour les exécutifs. Avec de remarquables exceptions! Ainsi, la composition du Conseil fédéral, l’organe le plus puissant, qui conduit et représente l’Etat national, s’est élargie progressivement. Aux seuls représentants de la famille libérale-radicale se sont agrégés ceux du parti conservateur-catholique, la future démocratie chrétienne, puis des agrariens, ancêtres de l’actuelle UDC, enfin des socialistes.

Dans cette longue marche vers le pluralisme, 1959 marque une étape décisive: désormais la représentation gouvernementale reflétera l’enracinement électoral. C’est le sens premier de la «formule magique», devenue l’expression de la stabilité helvétique. Ce partage du pouvoir, et des responsabilités, propre d’ailleurs à un collège, en civilisant le débat politique, a aussi renforcé la cohésion du pays. Dans le même temps, s’est répandu, sur de larges couches de la société, le bien-être, fruit des Trente Glorieuses.

La décennie qui s’achève voit s’ébranler l’édifice construit avec intelligence. Les relations entre les partis se sont durcies et semblent ne plus obéir qu’à la loi de la jungle: la guérilla de tous contre tous! Comment la collégialité échapperait-elle à un climat de campagne permanente? Le maître mot de la nouvelle politique, c’est la polarisation, la raideur des opinions, les postures de mépris et de matamore, les fuites ou les petites phrases assassines dans les médias. On cherche dans les tensions calculées et dans la violence verbale le chemin de ses intérêts.

La démocratie de concordance n’est plus respectée. Elle ne rassemble plus les partis, ni leurs groupes parlementaires. Elle fait même l’objet d’interprétations contradictoires. On parle de concordance programmatique qui irait au-delà de la vulgaire concordance mathématique. De «petite concordance», qui exclurait l’UDC, mais intégrerait les Verts, faisant glisser le gouvernement à gauche. Condition d’une politique de réformes, paraît-il, en attendant l’avenir radieux du dépassement du capitalisme et la construction d’une authentique démocratie populaire? C’était là, peut-être, le rêve secret de certains acteurs de l’éviction, en décembre 2007, du deuxième conseiller fédéral UDC, Christoph Blocher.

2011 sera une année électorale: le peuple renouvellera, en octobre, les Chambres fédérales, et celles-ci désigneront les sept membres du Conseil fédéral pour la prochaine législature. Si la rude personnalité du magistrat zurichois a contribué à son renvoi, n’est-il pas temps de fermer la parenthèse et de revenir aux justes équilibres, qui font la force de notre Etat: deux sièges à chacun des trois premiers partis, et le dernier au quatrième?

La démocratie de concordance postule une composition du gouvernement qui traduise la volonté du souverain, exprimée dans les urnes. Au citoyen d’obédience libérale-radicale que je suis, attaché à l’Etat de droit et aux principes républicains, tenir éloigné du pouvoir central près d’un tiers de l’électorat n’apparaît pas l’œuvre d’une politique sensée, mais une entorse au suffrage universel, et le germe de funestes dissensions civiques.

Alors, faisons de nécessité vertu!

Philippe Bender
Historien, consultant politique de la TV valaisanne Canal 9

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