22/01/2011 15:51 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maire, frédéric, cinema, cinematheque, suisse, bron

Le cinéma suisse se porte de mieux en mieux

maire.jpgDepuis jeudi, le ban et l’arrière-ban de cinéastes, acteurs, techniciens producteurs et professionnels de la profession (ce nous nommons familièrement, en français comme en allemand, «la branche») se congratulent à Soleure pour la 46e édition des Journées cinématographiques.

Dans le brouillard et le froid, sur les berges de l’Aar, les rumeurs vont bon train concernant le nom du possible successeur de Nicolas Bideau à la tête de la section du cinéma de la Confédération. Entre petits-déjeuners de presse, apéros et standing buffets, le Festival de Locarno annonce qu’il consacrera sa rétrospective, cet été, au (génial) réalisateur Vincente Minnelli, l’Office fédéral de la Culture communique sur ses soutiens aux Festivals, et les Journées de Soleure célèbrent la formidable productrice zurichoise Ruth Waldburger, collaboratrice émérite de Jean-Luc Godard, Alain Resnais ou Robert Frank et «accoucheuse» de «La petite chambre», qui vient de sortir sur nos écrans. Et pendant ce temps-là, le public, en (très) grande majorité alémanique, remplit les salles de cinéma de la ville. Pour voir des films suisses.

Car même si notre tempérament discret et réservé nous empêche de le dire trop fort, il faut bien l’affirmer: Le cinéma suisse va bien – en tout cas de mieux en mieux. Certes, il peine toujours à s’imposer dans les marchés étrangers – et ce n’est pas à cause de la baisse de l’Euro. Mais il n’empêche: depuis quelque temps les films suisses se retrouvent à Cannes, à Venise, à Berlin, à Sundance ou San Sebastián. Ils rencontrent leur public dans les salles, en Suisse et même parfois à l’étranger. Deux exemples récents: «Cleveland contre Wall Street» de Jean-Stéphane Bron a connu un beau succès à Cannes (à la Quinzaine des réalisateurs), en Suisse romande, mais aussi en France (où il vient d’être nominé pour le César du meilleur documentaire).

Et «La disparition de Giulia» de Christoph Schaub, écrit par Martin Suter, a été acclamé à Locarno, puis en Suisse allemande et en Allemagne. Deux beaux exemples de réussites. Qui démontrent aussi, a contrario, que «notre» cinéma se découvre un problème de frontières culturelles plus profond que ce que l’on veut bien dire. Car ces deux films ont, tous les deux, eu de la peine à s’affirmer de l’autre côté de la Sarine. Comme si, au-delà des langues, il y avait une manière de faire du cinéma différente ici (en Romandie) et là-bas (en Suisse allemande). Comme si les productions zurichoises nous semblaient plus lointaines que des films roumains ou espagnols.

Cela ne date pas d’hier: qui donc, ici, connaît «Ueli der Knecht» (1954) et «Ueli der Pächter» (1955), les deux films réalisés par Franz Schnyder d’après les romans de Jeremias Gotthelf, alors que ces œuvres populaires sont presque mythiques en suisse allemande? Un nombre incroyable de films présentés à Soleure va, sans doute, trouver un public important de l’autre côté de la rivière. Mais ces mêmes films ne seront jamais, ou presque, vus entre Genève et Delémont.

Je ne sais pas si on peut faire quelque chose pour changer cette situation. Mais je peux vous encourager, d’ici au 27 janvier, à faire un saut à Soleure. Vous y découvrirez un monde qui ressemble, parfois, une autre planète. Mais qui n’est autre que le reste (la plus grande partie) de notre pays. Un monde où l’on sait aussi, tout autant qu’ici, faire du cinéma. Ça vaut la peine, parfois, de s’en souvenir.

Frédéric Maire

Directeur de la Cinémathèque suisse

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