02/04/2011 23:55 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : dimanche, matin, blog

Les tsunamis de nos amis sont nos amis

inga.jpgIl y a un truc tout bête qui me rend quotidiennement dingue… C’est quand les infos commencent par les résultats sportifs, surtout le hockey, à 22 heures avant «La ligne de cœur». Le monde est menacé par une catastrophe sans précédent, et il y a un type qui nous braille dans l’oreille, avant tout le reste, que le LHC est en train d’être éliminé. Donc le LHC, pas l’accélérateur de particules, le Lausanne Hockey Club… Mais comme mon éducation m’a formée à essayer de comprendre avant de juger, je vais tâcher de comprendre.
Tout commence dans le cerveau reptilien, je crois, dans l’amygdale plus précisément. Par exemple, je vais à l’hôpital pour un examen, j’ai la trouille, alors je me sens vraiment concernée pendant trois heures par la condition des malades dans les hôpitaux. Ouf, ça n’est pas pour moi cette fois-ci…

Moi, je me nourris sainement. Je roule sur le contournement à 7 heures du matin, et je vois deux voitures sur le toit, un type assis sur la rambarde, la tête entre les mains et une femme qui pleure, et j’ai mal pour eux, pendant une heure à tout casser; ça aurait pu être moi. Non, pas moi, moi, j’anticipe et je roule prudemment. Deux petites filles disparaissent, enlevées par un papa désespéré par un divorce, je me sens concernée… Je suis divorcée. Et si j’avais pété les plombs moi aussi? Si la douleur m’avait fait basculer de l’autre côté, du côté des actes irréparables? Non pas moi, moi, j’ai réussi mon divorce, en tout cas on se parle poliment. Cinq morts dans une randonnée en montagne, ils ont sûrement fait une erreur, c’est leur faute, moi j’aurais calculé les risques, j’aurais pris un guide, j’aurais évité ce couloir. La Libye? Je ne suis pas arabe, ouf. Au fond, pour mon minable cerveau reptilien, tous ces malheureux sont un peu responsables de ce qui leur arrive, moi, je suis plus maligne que tout le monde.

En fait, je suis immortelle. Si je fais taire mon instinct grégaire, j’ai plein de possibilités pour échapper à ces informations effrayantes, à cette peur larvaire qui me ronge insidieusement jour après jour, bulletin d’information après téléjournal. Je peux penser, pour me protéger de la douleur du monde, que je suis effectivement plus maligne que le commun des mortels, prendre un pitbull, et voter UDC; (ou le contraire, voter pitbull et promener un UDC en laisse).
J’ai tellement peur, des chauffeurs d’autocar alcooliques, des moniteurs pédophiles, des avions qui s’écrasent, des agressions nocturnes, que je peux proscrire toute chose potentiellement dangereuse de ma vie et de celle des gens que j’aime; pas de vacances à l’étranger, pas de course d’école pour mon fils, je peux tenter de tout contrôler, tout, je dis bien tenter.
Ou alors me bourrer de tranquillisants, d’alcool, jeter ma radio par la fenêtre et m’acheter l’intégrale de «La petite maison dans la prairie». Ou encore adhérer à la secte Rosette Poletti, adopter le lâcher prise, me lancer à fond dans la chromothérapie, les fleurs de Bach, la thérapie par le silence, bref, faire semblant de m’intéresser beaucoup au monde alors qu’en fait je ne m’intéresse qu’à moi. Mais il y a un domaine où tous mes petits arrangements ne me servent plus à rien: les catastrophes naturelles. Les tsunamis, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre.

Ces phénomènes naturels, dont personne n’est responsable, sont des bouffées d’air pur pour mon pauvre cerveau éprouvé par la bêtise et la cruauté des hommes. Ils me rendent fataliste, humble, solidaire, me donnent envie de partager, font naître en moi des élans d’héroïsme pur. En plus, ils incluent la possibilité d’un miracle, comme cette vieille femme japonaise retrouvée sous les décombres au milieu de vingt mille morts, parce qu’elle était à côté de son frigo.
Je pense que les rédacteurs en chef de la RSR sont simplement des gens bien élevés, qui ont certainement fait de hautes études en neurologie; s’ils commencent par le hockey, c’est parce qu’ils veulent garder les bonnes nouvelles pour la fin.

CLAUDE-INGA BARBEY
Comédienne

Commentaires

Le début de l'article m'a vraiment amusée, jusqu'au passage où Madame Barbey évoque la possibilité de promener un UDC en laisse. Humour de potache ? Humour nul, en tout cas.

Je fais partie de la horde de cons dont Madame Barbey tire ses profits (se souvient-elle avoir évoqué, lors d'une émission en direct, les préceptes lumineux d'un de ses spirituels maîtres à penser qui lui a conseillé de " ne jamais prendre son public pour des cons, mais ne jamais oublier qu'ils le sont" ?) Depuis ce jour, ma sympathie envers cette personne s'est vivement émoussée.
Conne, certes, mais pas au point d'en redemander.

Bref !

Son article était marrant, dommage qu'elle se soit cru obligée de diffamer la droite pour rester dans le politiquement correct. Tant pis

Écrit par : Dominique | 04/04/2011

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