04/04/2011 14:57 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cina, nucléaire, cercle, matin

«Sortir du nucléaire» et si on y réfléchissait vraiment?

cina.jpgPersonne n’avait prévu les conséquences terribles du séisme survenu le 11 mars au Japon, ni a fortiori anticipé la catastrophe atomique en cours.
Depuis, tout le monde politique suisse est en émoi et s’accroche à la peur suscitée par ce drame. A «nouvelle» problématique, nouvelle surenchère de propositions. Désormais, tous affichent un avis. Mais pour quelles solutions? Il est impossible d’envisager une politique énergétique durable et responsable sans réfléchir à l’ensemble du problème, qui commence par la consommation. Celle-ci, toujours en augmentation, engendre des besoins de ressources de provenances diverses soumises aux marchés et leurs fluctuations. Ces ressources doivent être transformées dans des installations plus ou moins performantes, puis transportées. En Valais, nous avons une certaine expérience en la matière. Plus exactement, cela fait des années que l’«or bleu» est plus qu’un thème politique.

A titre d’exemple, l’ensemble des installations hydroélectriques présentes en Valais produit environ 10 000 GWh par année, soit 56% de la consommation du secteur des ménages relevée en 2009. Cela est beaucoup au regard de la production hydraulique suisse (27%). Mais cela équivaut peu ou prou à la production annuelle conjointe des trois «petits» réacteurs atomiques de Mühleberg et Beznau I et II. Un potentiel d’augmentation de cette production hydroélectrique est réel, il est même estimé à 1000-1200 GWh par année, en Valais, ceci grâce à des projets de rénovation ou de construction de nouvelles centrales.</p><p>Magnifiques perspectives, certainement. Les faits, pourtant, sont têtus. Et ce chiffre, presque effarant: la consommation d’électricité augmente régulièrement en Suisse, en moyenne 660 GWh par an sur les dix dernières années! Pour donner une idée de cette masse, 660 GWh, c’est la production annuelle de l’aménagement de Mattmark, ou 7 fois la production de l’aménagement Massongex-Bex-Rhône en cours d’étude ou encore la production de 160 éoliennes comme celle de Collonges. Impossible de répondre à cette demande avec la seule production hydroélectrique.

D’autres sources de production d’énergie renouvelables existent. Là aussi, nous avons une grande carte à jouer. Cependant, au rythme actuel, il faudra des décennies pour les mettre à profit. Allons-nous dans ces conditions continuer à consommer sans nous poser de questions? Allons-nous continuer à nous cacher derrière un «manque d’incitation étatique» pour éviter de changer quoi que ce soit? Que faire alors? Se tourner vers l’achat d’énergie produite ailleurs, au risque d’y laisser faire ce que nous ne voulons pas chez nous? En conclusion, et quitte à contrarier les nouvelles tendances démagogiques du débat politique suisse, des solutions simples n’existent pas. Si nous continuons à nous poser les mauvaises questions, à nous cacher derrière une année électorale pour oublier de nouveau, très vite, la problématique, le cercle se refermera. Jusqu’à quand? Il est évident que d’autres pistes devraient être explorées, testées, réfléchies jusqu’à leurs ultimes implications. Des ingénieurs, chez nous, y travaillent, depuis des années. Pourquoi ne pourrait-on pas, pour une fois:</p><p>– Mettre en place de vrais concepts pour une économie durable d’électricité et d’énergie en général, en travaillant aussi sur la responsabilité individuelle de chacun; Travailler à modifier la pesée d’intérêt actuellement en place pour le développement réaliste du potentiel d’augmentation de production d’énergie; Promouvoir de vrais concepts de développement des énergies renouvelables? Nous sommes prêts à relever le défi. Allons-y!

Jean-Michel Cina
Chef du Département valaisan de l’économie, de l’énergie et du territoire

Les commentaires sont fermés.