30/04/2011

De Vladimir le Fort et Dimitri le Juste, qui sera tsar en 2012?

hoesliJPG.JPG"Nous sommes du même sang", disait Vladimir Poutine à propos de ses rapports avec Dmitri Medvedev. Un père et un fils en somme. Une communauté de valeurs, une forte interdépendance, de la complicité pour commencer. Mais aussi un fossé générationnel, deux personnalités différentes et complémentaires dont les deux hommes jouent à merveille pour se profiler l’un et l’autre. A Medvedev les valeurs libérales, le projet d’un Etat de droit, l’objectif de la modernisation et de l’inscription de la Russie nouvelle dans le monde globalisé. A Poutine le pays réel, les préoccupations sociales, l’affirmation du sentiment national, la méfiance envers l’étranger et les garanties de stabilité. Le duo sait comment jouer à quatre mains de façon à couvrir le plus large spectre possible de préoccupations. La formule est si aboutie, la répartition des rôles si bien rodée, qu’il ne reste guère de place sur la scène politique russe pour l’apparition d’une troisième figure. Les sondages indépendants le confirment, dans l’ombre des deux hommes il n’y a que des figurants. Pas trace d’alternative.

Tout baigne? Certes, mais il n’est pas sûr que cela ne résiste longtemps encore. Pour de plus en plus de Russes, le tandem a fait son temps. Ils sont reconnaissants à Vladimir Poutine d’avoir tiré le pays du cauchemar des années 1990, de lui avoir rendu sa dignité et un semblant de stabilité. Ils sont sensibles aussi au discours modernisateur de Dmitri Medvedev. Mais maintenant que l’ordre est revenu, ils prendraient bien un peu plus de justice. Ras le bol de la corruption qui ne cesse d’enfler malgré tous les discours, de l’arbitraire et de la toute puissance de l’administration. Assez de la suffisance et du cynisme d’un pouvoir trop sûr de lui. Tous les sondages indiquent une montée lente, mais constante de l’exaspération dans l’électorat russe.

Changer? Oui, mais comment? Le jeune président est persuadé qu’il est la meilleure carte du régime pour répondre à l’usure du pouvoir. Son attitude de ces dernières semaines ne dit rien d’autre: Dmitri Medvedev veut rempiler et cherche à imposer sa candidature. Sa chance réside dans le fait que sa motivation d’assumer un second mandat est sans doute plus forte que celle de Vladimir Poutine de revenir à la tête formelle de l’Etat. L’actuel premier ministre apparaît un peu las après plus de douze ans aux plus hautes responsabilités. S’il est un rôle historique auquel il aspire, c’est celui de fondateur de la dynastie nouvelle qui a surgi après le chaos des années 1990. Vladimir Poutine se voit en garant de la stabilité du pays, en symbole de sa légitimité, en recours éventuel. En un De Gaulle russe donc plutôt qu’en un autocrate cramponné au pouvoir. Dans la perspective qu’il s’est donnée, une simple rocade, un retour au statu quo ante serait sans nul doute d’abord un aveu d’échec.

Les partisans de Dmitri Medvedev ne se font aucune illusion: dans le ménage du pouvoir, Vladimir Poutine tient la culotte. Tout président qu’il soit, Dmitri Medvedev ne peut compter que sur des réseaux très restreints, liés à quelques hommes d’affaires et à l’intelligentsia libérale. Un divorce lui serait fatal. Contre Poutine, ou même sans Poutine, le jeune président n’a pas grande chance de survie politique. Si donc il est aujourd’hui candidat, c’est d’abord à l’adoubement par Vladimir Poutine.

Connaissant ce dernier, on peut être tranquille. Depuis son accession au pouvoir, il n’avance qu’en préservant plusieurs variantes, se réservant toujours le droit d’opter au dernier moment pour la plus favorable. Que les prochains mois soient fastes pour la Russie, et Medvedev verra ses chances se renforcer. Que des mauvaises surprises viennent contrarier l’évolution actuelle, et une autre option surgira. Mais le choix se fera le plus tard possible. Et si possible avec une composante de surprise. Car la seule assurance est que Poutine veillera à démontrer qu’il reste le maître du jeu.

Eric Hoesli
Directeur éditorial d’Edipresse Suisse

23/04/2011

Une histoire de feu

KLEIBER.jpgC'était un homme sans histoire. 1) Il avait trois frères et trois soeurs, était vendeur de fruits et légumes,habitait à Sidi Bouzid, petite ville frappée par la sécheresse, loin de Tunis. Il s'appelait Mohamed Bouazizi et avait 26 ans. Le 17 décembre 2010, à la suite d'une dispute de trop avec des agents municipaux qui voulaient lui confisquer sa charrette, il s'immole par le feu devant le gouvernorat. Il voulait vivre: il choisit de mourir. Il aurait pu quitter la vie sans bruit, comme il avait vécu : il choisit le feu. Alors le feu se propage, gagne la ville voisine, embrase le pays, s'étend, passe les frontières, trouve d'autres désespoirs, enflamme d'autres mécontentements , allume d'autres amertumes, chauffe à blanc les mal- êtres d'une région qui n'en est pas avare. C'est le début du printemps arabe.

En quelques jours, le cri de Mohamed Bouazizi devient hurlement, son geste isolé, représentation du désespoir, sa souffrance, la souffrance de millions et de millions de femmes et d'hommes qui n'en peuvent plus. En quelques jours, l'injustice devient criante.Ceux qui n'avaient rien à perdre parce qu'il n'avaient rien, ceux qui disaient qu'il n'avaient pas d'avenir parce qu'ils étaient déjà morts, ceux-là, les oubliés, des jeunes surtout, descendent dans la rue. Tunisie, Égypte, Libye; plus loin Syrie, Yemen, Bahreïn;  moins exposés, Jordanie, Algérie , Maroc et au-delà, le pays où la terreur règne, Iran : l'onde de choc se propage, la peur change de camp, le courage renaît et médusés ,nous découvrons derrière l'ordre immobile des choses, des sociétés en mouvement, derrière les façades , la raison d'Etat , les arrangements et nos oublis. Derrière la soumission apparente, la force vive de la démocratie.

Alors notre regard change. En quelques jours, l'Islam devient une religion comme les autres, le fanatisme religieux devient simple ferveur, le nationalisme se transforme en patriotisme, l'autre,l' arabe, devient notre semblable, notre frère, celui avec lequel nous partageons une communauté de destin. Notre culture, ces liens invisibles qui nourissent des identités et créent des appartenances a changé.Une métamorphose est en cours qui bouleverse nos perceptions et les rapports de forces, les perceptions, donc les rapports de forces. D'abord le cri d'un petit marchand de fruits et légumes, puis un élan pacifique, la violence, l'épreuve, l'engagement de la communauté internationale, la violence encore, le changement des alliances politiques. Dégage, dégage: le cercle des dictateurs disparus s'élargit. Alors, peut- être, un jour,  Israel, la paix...? L'histoire  n'est pas finie, le feu couve.

Cette histoire est de notre temps. Rien ne serait passé sans internet, sans Facebook , sans Twitter et les millions de messages, d'images, de  témoignages  qui échappent aux contrôles d'Etat. Mais dans le tumulte du monde, la seule information ne suffit pas. Il fallait faire entendre une voix, il fallait cette souffrance, il fallait ce que Churchill déjà, appelait le maître: l'évènement. En portant le désespoir jusqu'à son point d'incandescence, en se détruisant, Mohamed Bouazizi s'est imposé à notre  mémoire, pour vivre " C'est de nous qu'il s'agit "disait ceux qui, portant son nom, sur la place Tahrir ou ailleurs, affrontaient les blindés à mains nues. Ils avaient mal à Mohamed Bouazizi. Mais l'émotion ne suffit pas. Rien ne serait passé sans le réveil  de la communauté internationale qui a su organiser de nouveaux rapports de forces. Ce qui était impossible, en quelques semaines, est devenu inéluctable. Pourquoi? Parce que le jeux des alliances politiques s'est défait et se refait. Pourquoi? Parce que, au delà des intérêts immédiats  et quand les caméras tournent, on ne peut  plus construire sur l'injustice." C'était finalement une question d' honneur" dira Alain Juppé quelques temps plus tard. L'honneur est de retour: c'est une bonne nouvelle.

Mohamed Bouazizi est mort le 4 janvier à l'hôpital des grands brûlés de Ben Arous, près de Tunis. Peu avant, le Président Ben Ali qui s'était fait filmer quelques instants au chevet de Mohamed, avait dit que ça allait s'arranger.  Le 14 janvier,il quitte la pays, après 23 ans de dictature. Paris aura bientôt sa rue Mohamed Bouazizi  et un riche commerçant du Golfe a tenté d'acheter la charrette pour 160.000 dinars. Toutes les télévisions du monde, Bank Ki-moon  et quelques autres, sont passé à la maison de Mohamed. La famille Bouazizi a quitté Sidi Bouzid  pour Tunis. Il y avait trop de pressions et la mère était fatiguée. Le nouveau gouvernement a versé les 20.000 dinars de la prime des martyrs.

Cette histoire nous dit  que les progrès du vivre ensemble, que l'espoir, ne se décrètent pas. Combien de tentatives politiques se sont heurtées aux coalitions verrouillées de ceux qui se prenaient pour les propriétaires? Le changement se construit par la connaissance, quand  la connaissance nous parle, quand elle vit en nous portée par l'émotion ou la souffrance. Quand nous savons avec le corps, avec les entrailles, avec le coeur, autant qu'avec la tête . Quand elle est inscrite dans la mémoire et qu'elle devient culture.
 
C'est aussi  une bonne nouvelle. Merci Mohamed. Inch Allah


1) d'après le Monde du 7 avril 2011

CHARLES KLEIBER
Ancien secrétaire d’Etat à l’éducation et à la recherche

 

17/04/2011

La législation sur la procréation médicalement assistée doit être assouplie

47376826.jpgDans une lettre ouverte aux parlementaires fédéraux datée du 7 avril 2011, la Société suisse de médecine de la reproduction invite ceux-ci à modifier la législation en vigueur dans notre pays, très restrictive, dans le sens d’un assouplissement. Epouse d’un gynécologue-obstétricien confronté régulièrement à des couples en souffrance, je partage cet avis.

Après une première consultation menée en 2009, le Conseil fédéral va bientôt envoyer en consultation un projet remanié de modification de la loi sur la procréation médicalement assistée (LPMA), ainsi qu’un projet de révision de l’art. 119 de la Constitution fédérale.

A l’avenir, la LPMA devrait autoriser le diagnostic préimplantatoire (DPI), actuellement interdit en Suisse, mais autorisé dans plusieurs pays européens. Le DPI est l’analyse génétique d’une cellule embryonnaire au stade de 8 à 16 cellules, prélevée sur un embryon produit en éprouvette, pour dépister une maladie héréditaire grave. A l’heure actuelle, un couple atteint d’une telle maladie ou présentant un risque génétique élevé doit débuter une grossesse, effectuer un diagnostic prénatal à un stade de développement avancé du fœtus, avant d’éventuellement décider de recourir à une interruption de grossesse. Les couples concernés, du moins ceux qui en ont les moyens, peuvent aussi se rendre à l’étranger pour effectuer un DPI. Cette situation n’est pas satisfaisante!

Pour réaliser un DPI, au minimum 9 à 10 ovules fécondés par cycle sont nécessaires. Dès lors, pour pratiquer en Suisse un DPI conforme aux standards actuels de la médecine, il faut supprimer la règle qui prévoit que le nombre d’embryons développés par cycle de procréation ne peut pas être supérieur à trois (art. 119 al. 2 lit. c Cst et art. 17 al. 1 LPMA).

Il faut également abolir l’interdiction de la congélation d’embryons (art. 17 al. 3 LPMA). En effet, un couple doit avoir la possibilité de conserver les embryons identifiés comme sains lors d’un DPI en vue d’une grossesse ultérieure. On ne peut pas exiger de celui-ci, après un traitement lourd sur les plans physique, psychique et financier, de les éliminer ou de les donner à la recherche, avant d’entreprendre un nouveau cycle de traitement.

Cela permettrait aussi de lutter contre le risque de grossesses multiples en cas de procréation médicalement assistée. En effet, l’interdiction de congeler des embryons a pour conséquence que tous les embryons obtenus lors d’un traitement d’infertilité doivent être replacés dans l’utérus, ce qui augmente le risque de grossesses multiples, notamment gémellaires. Or, ces grossesses engendrent un nombre plus élevé de complications, notamment le risque de naissances prématurées, avec les coûts de santé supplémentaires qui y sont liés. En permettant de ne transférer qu’un seul embryon et de conserver les autres en vue de grossesses futures, on limitera ces risques. De son côté, la Belgique a obtenu une diminution des grossesses gémellaires en incitant les couples, par le biais d’un soutien financier, à ne transférer qu’un seul embryon. Une solution semblable devrait être étudiée dans notre pays, où le pourcentage de jumeaux après une procréation médicalement assistée était de 23.1% en 2009, contre un peu plus de 10% en Belgique.

Comme la Commission nationale d’éthique pour la médecine humaine (CNE), j’estime que le DPI doit être pris en charge par la LAMAL au même titre que le diagnostic prénatal (CNE, position No 14/2007, p. 22).

Le domaine de la procréation médicalement assistée est extrêmement sensible et mérite une large information des parlementaires et de la population, afin que des solutions éthiquement, médicalement et économiquement supportables soient trouvées et approuvées dans notre pays.

Anne Seydoux-Christe
conseillère aux Etats (PDC/JU)

09/04/2011

Les filles de l’ogre ont le sommeil profond

LdesPOT_1.jpga divulgation massive, par WikiLeaks, de documents incriminant la diplomatie des Etats-Unis et leur conduite des guerres, était censée entraîner une profonde prise de conscience morale. Plutôt que d’un scoop, il s’agissait d’une avalanche de faits bruts venant étayer une thèse que l’on connaissait déjà: que les Etats-Unis sont le premier «Etat-voyou» de la planète et qu’ils sont – eux ou leurs satellites de l’OTAN – à l’origine des crimes de guerre les plus graves et les plus lourds de conséquences.

Les preuves fournies par le site de Julian Assange seraient-elles trop écrasantes pour ne pas faire crouler toute notre vision du monde? Quoi qu’il en soit, la révolution internet qu’il a engendrée s’est bornée à quelques coups d’éclat de hackers en défense de leur idole. Pendant ce temps, le grand business continuait as usual et les Occidentaux ouvraient en Libye, sans le moindre remous dans les opinions démocratiques, un nouveau front humanitaro-colonial. Ceci au terme d’une fulgurante cascade de «révolutions Facebook» – efficaces, celles-ci – derrière lesquelles on ne serait pas étonné, d’ici peu de temps, de découvrir la patte de la CIA.

J’entends d’ici les cris: «Conspirationniste!» D’accord. Mais est-il encore possible de croire à la candeur d’une puissance qui a dévasté l’Irak grâce au mensonge des armes de destruction massive, légalisé la torture et qui, hors micro, se moque cyniquement de la justice et du droit?

C’est impossible, bien entendu – c’est pourtant ce que l’on fait, pris que nous sommes dans la schizophrénie des filles de l’ogre: peu importe si papa sort dévorer de la chair humaine, pourvu qu’il vienne nous border dans notre lit chaud…

L’unanimisme occidental s’est ainsi ressoudé autour du nouveau Hitler: Kadhafi. Toute réflexion sur les mobiles et les buts de cette nouvelle guerre est évacuée. Le débat sur la disproportion des fins et des moyens – par exemple: à partir de combien de civils tués, d’édifices détruits, les chefs de l’OTAN seraient-ils passibles de jugement? – est inexistant. L’information filtrant du terrain est maigre et stéréotypée. Qui favorise-t-on en Libye? De vagues «opposants», sans autres précisions. La présence d’Al-Qaida parmi les poulains de l’OTAN? A peine mentionnée. A mesure que nos moyens de connaissance se perfectionnent, nous acceptons d’en connaître toujours moins.

Mais c’est un autre paradoxe, en l’occurrence, qui trahit l’esprit de ce temps. Vous souvenez-vous de la cour que nos dirigeants faisaient, hier encore, au dictateur de Tripoli? De l’obséquiosité de ces personnalités suisses qui en voulaient à Genève d’avoir voulu soumettre un potentat dégénéré à la loi commune? Les mêmes, aujourd’hui, veulent la guerre. Hier encore, il était politiquement incorrect de dénoncer Kadhafi; aujourd’hui, il est mal venu de se demander si une majorité réelle des Libyens approuvent les bombes qui tombent sur leur pays.

Cet unanimisme «dynamique», évoluant au gré des intérêts du moment, révèle non seulement la faillite morale de l’Occident aux yeux du monde, mais encore la maladie totalitaire qui nous mine de l’intérieur. Nous prônons la démocratie à coups de bombes, mais nous ne souffrons plus le pluralisme d’idées au sein de nos sociétés. La volonté de policer le monde au nom de valeurs plutôt que d’intérêts bruts impose au policier une certaine conduite. Que pèsent encore des valeurs illustrées de la sorte?

Slobodan Despot
Directeur des éditions Xenia

04/04/2011

«Sortir du nucléaire» et si on y réfléchissait vraiment?

cina.jpgPersonne n’avait prévu les conséquences terribles du séisme survenu le 11 mars au Japon, ni a fortiori anticipé la catastrophe atomique en cours.
Depuis, tout le monde politique suisse est en émoi et s’accroche à la peur suscitée par ce drame. A «nouvelle» problématique, nouvelle surenchère de propositions. Désormais, tous affichent un avis. Mais pour quelles solutions? Il est impossible d’envisager une politique énergétique durable et responsable sans réfléchir à l’ensemble du problème, qui commence par la consommation. Celle-ci, toujours en augmentation, engendre des besoins de ressources de provenances diverses soumises aux marchés et leurs fluctuations. Ces ressources doivent être transformées dans des installations plus ou moins performantes, puis transportées. En Valais, nous avons une certaine expérience en la matière. Plus exactement, cela fait des années que l’«or bleu» est plus qu’un thème politique.

A titre d’exemple, l’ensemble des installations hydroélectriques présentes en Valais produit environ 10 000 GWh par année, soit 56% de la consommation du secteur des ménages relevée en 2009. Cela est beaucoup au regard de la production hydraulique suisse (27%). Mais cela équivaut peu ou prou à la production annuelle conjointe des trois «petits» réacteurs atomiques de Mühleberg et Beznau I et II. Un potentiel d’augmentation de cette production hydroélectrique est réel, il est même estimé à 1000-1200 GWh par année, en Valais, ceci grâce à des projets de rénovation ou de construction de nouvelles centrales.</p><p>Magnifiques perspectives, certainement. Les faits, pourtant, sont têtus. Et ce chiffre, presque effarant: la consommation d’électricité augmente régulièrement en Suisse, en moyenne 660 GWh par an sur les dix dernières années! Pour donner une idée de cette masse, 660 GWh, c’est la production annuelle de l’aménagement de Mattmark, ou 7 fois la production de l’aménagement Massongex-Bex-Rhône en cours d’étude ou encore la production de 160 éoliennes comme celle de Collonges. Impossible de répondre à cette demande avec la seule production hydroélectrique.

D’autres sources de production d’énergie renouvelables existent. Là aussi, nous avons une grande carte à jouer. Cependant, au rythme actuel, il faudra des décennies pour les mettre à profit. Allons-nous dans ces conditions continuer à consommer sans nous poser de questions? Allons-nous continuer à nous cacher derrière un «manque d’incitation étatique» pour éviter de changer quoi que ce soit? Que faire alors? Se tourner vers l’achat d’énergie produite ailleurs, au risque d’y laisser faire ce que nous ne voulons pas chez nous? En conclusion, et quitte à contrarier les nouvelles tendances démagogiques du débat politique suisse, des solutions simples n’existent pas. Si nous continuons à nous poser les mauvaises questions, à nous cacher derrière une année électorale pour oublier de nouveau, très vite, la problématique, le cercle se refermera. Jusqu’à quand? Il est évident que d’autres pistes devraient être explorées, testées, réfléchies jusqu’à leurs ultimes implications. Des ingénieurs, chez nous, y travaillent, depuis des années. Pourquoi ne pourrait-on pas, pour une fois:</p><p>– Mettre en place de vrais concepts pour une économie durable d’électricité et d’énergie en général, en travaillant aussi sur la responsabilité individuelle de chacun; Travailler à modifier la pesée d’intérêt actuellement en place pour le développement réaliste du potentiel d’augmentation de production d’énergie; Promouvoir de vrais concepts de développement des énergies renouvelables? Nous sommes prêts à relever le défi. Allons-y!

Jean-Michel Cina
Chef du Département valaisan de l’économie, de l’énergie et du territoire

02/04/2011

Les tsunamis de nos amis sont nos amis

inga.jpgIl y a un truc tout bête qui me rend quotidiennement dingue… C’est quand les infos commencent par les résultats sportifs, surtout le hockey, à 22 heures avant «La ligne de cœur». Le monde est menacé par une catastrophe sans précédent, et il y a un type qui nous braille dans l’oreille, avant tout le reste, que le LHC est en train d’être éliminé. Donc le LHC, pas l’accélérateur de particules, le Lausanne Hockey Club… Mais comme mon éducation m’a formée à essayer de comprendre avant de juger, je vais tâcher de comprendre.
Tout commence dans le cerveau reptilien, je crois, dans l’amygdale plus précisément. Par exemple, je vais à l’hôpital pour un examen, j’ai la trouille, alors je me sens vraiment concernée pendant trois heures par la condition des malades dans les hôpitaux. Ouf, ça n’est pas pour moi cette fois-ci…

Moi, je me nourris sainement. Je roule sur le contournement à 7 heures du matin, et je vois deux voitures sur le toit, un type assis sur la rambarde, la tête entre les mains et une femme qui pleure, et j’ai mal pour eux, pendant une heure à tout casser; ça aurait pu être moi. Non, pas moi, moi, j’anticipe et je roule prudemment. Deux petites filles disparaissent, enlevées par un papa désespéré par un divorce, je me sens concernée… Je suis divorcée. Et si j’avais pété les plombs moi aussi? Si la douleur m’avait fait basculer de l’autre côté, du côté des actes irréparables? Non pas moi, moi, j’ai réussi mon divorce, en tout cas on se parle poliment. Cinq morts dans une randonnée en montagne, ils ont sûrement fait une erreur, c’est leur faute, moi j’aurais calculé les risques, j’aurais pris un guide, j’aurais évité ce couloir. La Libye? Je ne suis pas arabe, ouf. Au fond, pour mon minable cerveau reptilien, tous ces malheureux sont un peu responsables de ce qui leur arrive, moi, je suis plus maligne que tout le monde.

En fait, je suis immortelle. Si je fais taire mon instinct grégaire, j’ai plein de possibilités pour échapper à ces informations effrayantes, à cette peur larvaire qui me ronge insidieusement jour après jour, bulletin d’information après téléjournal. Je peux penser, pour me protéger de la douleur du monde, que je suis effectivement plus maligne que le commun des mortels, prendre un pitbull, et voter UDC; (ou le contraire, voter pitbull et promener un UDC en laisse).
J’ai tellement peur, des chauffeurs d’autocar alcooliques, des moniteurs pédophiles, des avions qui s’écrasent, des agressions nocturnes, que je peux proscrire toute chose potentiellement dangereuse de ma vie et de celle des gens que j’aime; pas de vacances à l’étranger, pas de course d’école pour mon fils, je peux tenter de tout contrôler, tout, je dis bien tenter.
Ou alors me bourrer de tranquillisants, d’alcool, jeter ma radio par la fenêtre et m’acheter l’intégrale de «La petite maison dans la prairie». Ou encore adhérer à la secte Rosette Poletti, adopter le lâcher prise, me lancer à fond dans la chromothérapie, les fleurs de Bach, la thérapie par le silence, bref, faire semblant de m’intéresser beaucoup au monde alors qu’en fait je ne m’intéresse qu’à moi. Mais il y a un domaine où tous mes petits arrangements ne me servent plus à rien: les catastrophes naturelles. Les tsunamis, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre.

Ces phénomènes naturels, dont personne n’est responsable, sont des bouffées d’air pur pour mon pauvre cerveau éprouvé par la bêtise et la cruauté des hommes. Ils me rendent fataliste, humble, solidaire, me donnent envie de partager, font naître en moi des élans d’héroïsme pur. En plus, ils incluent la possibilité d’un miracle, comme cette vieille femme japonaise retrouvée sous les décombres au milieu de vingt mille morts, parce qu’elle était à côté de son frigo.
Je pense que les rédacteurs en chef de la RSR sont simplement des gens bien élevés, qui ont certainement fait de hautes études en neurologie; s’ils commencent par le hockey, c’est parce qu’ils veulent garder les bonnes nouvelles pour la fin.

CLAUDE-INGA BARBEY
Comédienne

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