14/05/2011 23:55 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : cercle, dimanche, matin

La deuxième mort de Marie Trintignant

bisang1.jpgMarie Trintignant est morte sous les coups de Bertrand Cantat en 2003. Une comédienne sublime à jamais privée de scène. Elle meurt une seconde fois, sous les coups de l’indignité d’un metteur en scène. En invitant Bertrand Cantat dans son spectacle «Des femmes» d’après Sophocle, Wajdi Mouawad transforme sa mort tragique et la violence d’un homme, en matériau dramaturgique. Le spectacle est programmé en ouverture de la prochaine saison de la Comédie de Genève par mon successeur.

Dans la presse, le metteur en scène libano-canadien justifie la participation de Bertrand Cantat sur scène : il voulait «une présence à la fois rude et fantomatique». Nous serons donc servis sur ce plan. Dissertant sur son choix artistique, le metteur en scène expose ses intentions: «Je questionne une idée de réparation possible.» Et d’ajouter cette phrase tirée du Chœur antique de son spectacle, qu’il réfère à la vie même de Bertrand Cantat: «La faute involontaire réclame l’indulgence.» Tout est dit.

La question de la rédemption, comme celle de la compassion possible avec un meurtrier sont des thèmes que le théâtre peut traiter de la meilleure des façons. Pourquoi les règles du jeu sont-elles tronquées par Wajdi Mouawad? Le principe cathartique au théâtre permet au public de revivre des tragédies pour dépasser ses pulsions émotionnelles et se réconcilier avec l’humain, processus pacificateur, au même titre que la justice en démocratie. Mais ce principe veut que ce ne soit pas les auteurs du drame qui rejouent eux-mêmes le drame. L’effet de réel au théâtre, l’irruption de la «vraie vie» dans la fiction, est une transgression admise souvent riche de sens et d’interrogations fertiles. Ici, la transgression s’apparente à une tricherie: le metteur en scène invite l’auteur d’un meurtre à venir lui-même sur scène, s’attirer la compassion du public. Ainsi Wajdi Mouawad se sert du théâtre pour revisiter la mort de Marie Trintignant, en exploiter sa trame tragique et ouvrir, insidieusement, un nouveau procès.
 
Ce qui a été fait ne peut se défaire. Au-delà de la justice pénale et de l’exécution d’une peine, celui qui a payé sa dette envers la société, reste sur la scène, espace dévolu au jeu des signes, le meurtrier brutal d’une femme. Que le metteur en scène semble négliger la dimension symbolique du lieu de la représentation théâtrale me surprend. Quant au chanteur, à vouloir à tout prix se produire en public, il oublie qu’à la peine pénale, survit la question fondamentale de la conscience individuelle et de l’éthique personnelle. Qu’il décline l’invitation du metteur en scène à occuper le devant de la scène nous aurait apaisés. Car qui va-t-on applaudir en septembre à la Comédie de Genève? Comment ces applaudissements pourraient ne pas outrager la mémoire de Marie Trintignant? Et à ce moment précis, quel message adresse une collectivité aux jeunes spectateurs?
Si la liberté artistique doit être défendue avec détermination pour que le débat démocratique ait lieu, il est permis de critiquer ceux qui en abusent avec une insoutenable légèreté.

Sept ans après la mort de Marie Trintignant, Wajdi Mouawad pense qu’il est temps de pleurer avec Bertrand Cantat. Alors qu’associations, villes et pays tentent de lutter contre le fléau de la violence domestique – qui tue une femme tous les quatre jours en France –, Wajdi Mouawad pense qu’il est urgent de faire de Cantat le symbole de la rédemption possible. Dans un spectacle qui s’intitule «Des femmes». Chacun appréciera.

ANNE BISANG, Directrice du Théâtre de la Comédie

Commentaires

Je pense que ni Mme Bisang, ni Me Warluzel n'ont le droit de faire encore un procès à Bertrand Cantat. Certes, il a purgé sa peine. Ce fut une tragédie passionnelle. Il a été digne face à ce drame. N'oubliez pas que les femmes Trintignant ne sont si "clean". Nadine Trintignant ne cesse de fumer des petards, ce n'est pas un scoop. Quant à Marie, elle prenait de l'alcool fort au réveil, mélangé de médicaments, puis de pétards. Or, désolée mais non seulement nous n'avons pas le droit de nous permettre un jugement, mais il faudrait aussi rester objectif. Quant à Cantat, il peut se réinsérer comme tout le monde. Il s'agit d'un artiste de talent. Seule la scène lui permet de vivre avec toutes les douleurs qu'ils portent en lui. Il aimait sa Marie. Personne ne peut s'ingérer dans cette histoire, comme je vous l'ai dit il a purgé sa peine, le harcéler ainsi me choque, votre morale judéo chrétienne ne tient pas debout. Il s'agit de pardonner. Nous irons voir Cantat sur scène et nombreux, ne serait-ce pour l'encourager et également parce que cette pièce est intéressante. Je dis bravo au nouveau directeur de la Comédie de présenter Cantat. Quant à Mme Bisang, soit-disant si tolérante, je trouve vraiment étrange sa réaction. Elle n'est plus directrice de la comédie et son commentaire reste très déplacé. Me Warluzel vit dans le monde artistique, si ce M. est proche des Trintignant, c'est son affaire, mais en tant qu'avocat, bien mal lui a pris que de démonter Cantat.

Écrit par : rose des sables | 15/05/2011

Je ne peux qu'approuver le commentaire de rose des sables. Il est nécessaire de distinguer l'homme de l'artiste. La mort de Marie Trintignant relève du fait divers, certes dramatique, mais du fait divers. Le droit de chacun au pardon est nécessaire, et le fait que Bertrand Cantat était une personne publique avant son acte ne lui enlève pas ce droit. J'écoute Noir Désir très régulièrement, et je vais transférer cette culture artistique à mes enfants, car elle est brillante et torturée.

Écrit par : bertrand | 15/05/2011

Débarquée de la Comédie, Madame Bisang a l'élégance d'exécuter son successeur en public cela fait suite à l'ode à elle-même qu'elle a publié récemment, ses mises en scène prétentieuses et pédantes seront heureusement épargnées aux Genevois, peut-être finira-t-elle par signer un autographe à elle-même pour l'ensemble de son œuvre .Bon vent sous d'autres cieux pour d'autres gogos facilement séduits par l'emballage plutôt que par le contenu.

Écrit par : briand | 15/05/2011

Je partage en tous points l'opinion de "Rose des Sables".

Je suis moi aussi profondément choquée par les propos de Madame Bisang.

Que souhaitez-vous, madame ? Refaire éternellement le procès de cet homme ? Visiblement oui.

Et de quel droit vous le permettez-vous ? Vous croyez-vous au-dessus des lois pour vous ériger en juge après que la justice soit passée ? Vous croyez-vous au-dessus des lois pour refuser à un homme qui a purgé sa peine de reprendre son métier là où bon LUI semble, et là où des dizaines de milliers de personnes l'attendent depuis près de neuf ans ?

De quel droit vous permettez-vous des phrases inqualifiables telles que celle-ci :

"Elle meurt une seconde fois, sous les coups de l’indignité d’un metteur en scène."

De quel droit vous permettez-vous d'insulter ainsi le metteur en scène, vous montrant vous-même indigne par cette seule phrase ?

Et que dire de celle-ci :

"Qu’il décline l’invitation du metteur en scène à occuper le devant de la scène nous aurait apaisés."

Comment osez-vous vous faire le porte-parole de l'opinion publique ? Ce "nous" que vous vous permettez n'en reflète qu'une partie, et vous le savez fort bien.
De quel droit là aussi vous permettez-vous de balayer d'un revers de main les dizaines de milliers de personnes, dont je suis, qui ont une opinion opposée à la vôtre et souhaitent le retour sur scène de Bertrand Cantat ?

Il existe encore voyez-vous dans ce bas monde quantité de personnes pour lesquelles le mot "rédemption" a un sens.
Si vous l'ignorez, je vous l'apprends.
Pour lesquelles d'autres mots aussi ont encore un sens, parmi lesquels le beau mot de "liberté". Liberté notamment d'aller voir sur scène l'artiste de son choix, l'insupportable est que vous madame, auriez le pouvoir de les empêcher d'user de cette liberté, comme d'autres avant vous au Québec et à Barcelone ont eu ce pouvoir, inacceptable et profondément révoltant.
Je remercie le ciel de voir bientôt vous succéder un directeur n'affichant pas le même mépris pour un public qui existe bel et bien, que vous le vouliez ou non, et qui n'a pas à subir votre autoritarisme déplacé et inadmissible.
S'il ne tenait qu'à vous, Bertrand Cantat ne pourrait tout simplement pas se produire, comme cela s'est vu au Québec et à Barcelone, et en piétinant son public, en affichant pour celui-ci un total mépris, vous auriez triomphé, imposant à tous votre seule volonté.

Et ceci :

"Si la liberté artistique doit être défendue avec détermination pour que le débat démocratique ait lieu, il est permis de critiquer ceux qui en abusent avec une insoutenable légèreté."

Cette phrase venant de vous serait risible si elle n'était pas révoltante de mauvaise foi, pour ne pas dire de malhonnêté intellectuelle.

Comment, après avoir écrit ce que vous avez écrit, après avoir étalé très précisément votre refus de la liberté artistique et de la liberté tout court, comment est-il possible que vous osiez seulement évoquer la défense de cette liberté ?

Mais vous n'en avez pas fini :

"Sept ans après la mort de Marie Trintignant, Wajdi Mouawad pense qu’il est temps de pleurer avec Bertrand Cantat."

Je trouve cette phrase tout simplement ignoble, excusez-moi de vous le dire.
Mais après tout vous-même ne reculez pas devant les insultes, pourquoi devrait-on vous ménager ? Vous qui ne respectez ni la liberté de Bertrand Cantat, ni son metteur en scène, ni le public demandeur du retour de Cantat sur scène, oui vraiment pourquoi devrait-on vous ménager ?

Une chose dont vous semblez ne pas être consciente :

en vous rangeant ainsi, et de la manière la plus révoltante, usant d'insultes inadmissibles, dans la meute qui de pays en pays poursuit Bertrand Cantat de sa hargne et de son acharnement, vous ne faites que renforcer l'indignation de dizaines de milliers de personnes, le public de Cantat, renforcer leur détermination à vous combattre, vous et votre arrogance, vous et votre bonne conscience d'inquisiteurs, vous ne faites que renforcer notre détermination à le soutenir.

Il n'est pas nécessaire d'ailleurs de faire partie du public resté fidèle à Cantat pour être indigné de vos procédés.
Au-delà de l'affaire Cantat, pourchassé, traîné dans la boue, empêché de s'exprimer, il s'agit maintenant d'une question de principe, essentielle :

il s'agit de faire respecter le droit de tout homme à la réinsertion.

De faire respecter la loi, purement et simplement.

Il s'agit de mettre un terme à l'inqualifiable acharnement auquel nous assistons de pays en pays, et donc de faire valoir les principes élémentaires de l'humain, du droit et de la liberté.

Que vous le vouliez ou non, ce n'est pas à vous, madame, de nous imposer vos choix.

C'est à nous, spectacteurs adultes et responsables, de décider si nous souhaitons ou non aller voir un artiste sur scène.

Et il est plus que temps d'empêcher des gens comme vous, gens de pouvoir, de nous interdire purement et simplement ce choix et de bafouer notre liberté.

Je suis une femme comme vous, madame.
Mais des féministes comme vous qui ont décidé de faire de Bertrand Cantat l'archétype du batteur de femmes et le brandissent hargneusement dès qu'il fait un pas, guettant le moindre de ses gestes, le poursuivant de leur haine et de leur rage, des femmes comme vous incapables non seulement de respecter la loi mais de l'humanisme le plus élémentaire me font froid dans le dos.
Gardez donc pour vous vos principes de pêché inextinguible ; de haine tout aussi inextinguible ; de loi du talion ; de mise à mort perpétuelle d'un homme, de lapidation infâme.
Ces principes, qui ne vous honorent pas, je suis heureuse qu'ils me soient étrangers.

Oui gardez donc ces principes si peu honorables pour vous, et respectez enfin l'opinion de ceux qui ne pensent pas comme vous, et réclament le retour de Bertrand Cantat sur scène.
Là où est sa place.
Que vous le vouliez ou non.

Écrit par : Laurence | 15/05/2011

Madame Bisang, on vous sait mettre en scène des spectacles.
Celui que vous venez de créer là par vos propos n'est sans doute pas celui qu'on retiendra de vous.

Marie Trintignant n'est certes plus là pour témoigner de ce qu'elle penserait du retour à la scène de l'homme qu'elle a aimé et qui l'a tuée. Evoquer la mémoire de cette actrice comme vous vous y employez est tout à son honneur mais est-ce bien nécessaire de procéder d'une manière aussi radicale?

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 15/05/2011

mais quand Succo était défendu par Me Bonnant dans la pièce de Koltès, cela ne vous dérangeait pas...

Écrit par : araucaria | 15/05/2011

Contrairement a ce que nous fait croire Marc Bonnant et ces effets de manches, Bernard Cantat a purger sa peine démocratiquement comme chaque condamné doit payer, Anne Bisang que vous regrettez déjà avant que le nouveau directeur commence son travail de directeur de l'institution, étrange position. Je comprend le nouveau directeur de l'institution et sa position et c'est au publique qui ira voir ou pas voir le spectacle de décider, et non a quelques personnalités de nous imposer leurs dictat pour recommencer un nouveau procès de Bernard Cantat. .Son métier est la musique et la scène comme un cuisinier c' est de faire la cuisine ou n'importe quelle personne quelques activités est la sienne a droit a une seconde chance surtout si il a payer sa dette a la société.La réinsertion passe aussi par la.
PH.

Écrit par : Pierre Huber | 15/05/2011

Tout simplement bravo pour rose des sables, je suis entièrement de son avis et Mme Bisang devrait un peu regarder la vie de Mme Trintignant qui n'était de loin pas la femme idéale. Alors arrêtez d'accabler une personne qui a purgé sa peine et qui a le droit de se réinsérer comme tout le monde. Mais vous, on devrait vous interdire de plume...

Écrit par : Jp | 16/05/2011

Le décès de Marie Ttrintignant n'appartient ni à Anne Bisang, qui parle abusivement en son nom, ni aux féministes. C'est un drame que personne n'arrive encore vraiment à digérer, ni la famille et son extrême souffrance, ni personne à cause de la politisation féministe.

La violence domestique n'est pas univoque. Cette prise de position est malhonnête intellectuellement. Je crois que pour ce genre de féminisme, le seul homme bien est soumis ou mort.

Lire ici:

http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2011/05/16/bertrand-cantat-et-la-grande-inquisitrice-anne-bisang.html

Écrit par : hommelibre | 16/05/2011

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