18/06/2011 16:47 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gruson, soins, hopital, cercles, matin dimanche

Financement hospitalier: plaidoyer pour une responsabilisation des acteurs

gruson.jpgEn créant une nouvelle concurrence, la révision de la Loi sur l’assurance-maladie (LAMal) risque de transformer le paysage hospitalier et de mettre en péril la maîtrise des coûts de la santé, âprement acquise ces dernières années. Pour réussir cette réforme et disposer demain d’un système de soins performant, solidaire et accessible à tous, assureurs, hôpitaux publics, cliniques privées et patients doivent agir en pleine responsabilité.

Libre circulation des patients, nouveaux modes de tarification, répartition de la médecine de pointe, concurrence avec les cliniques privées, contrôle de l’activité ambulatoire: la réforme du système de santé suscite bien des débats. Soucieux de continuer à fournir des prestations innovantes et de haut niveau, les cinq hôpitaux universitaires suisses (Bâle, Berne, Genève, Lausanne, Zurich) veulent être à armes égales avec d’autres fournisseurs de soins. Plusieurs dangers mettent en péril l’équilibre du système, notamment la répartition des coûts à l’échelle nationale, gommant les différences cantonales – à Genève, salaires et loyers sont plus élevés que dans le canton de Vaud; et la participation des pouvoirs publics au remboursement des soins stationnaires dans les cliniques privées, laissant craindre, pour le secteur public, une baisse d’activité et de financement de la part des cantons.

Le choix de l’efficience

Pour situer l’impact de la réforme sur les finances hospitalières, prenons l’exemple des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Si en 2012 la valeur du point TARMED était alignée sur la moyenne des établissements publics, cela signifierait une baisse de 9 millions de francs. Si en 2014 celle du point DRG était calquée sur la moyenne des hôpitaux universitaires, cela correspondrait à une coupe de 120 millions. Quant aux recettes pour les soins subaigus (gériatrie, réadaptation, etc.), elles subiraient une diminution de 15% dès 2012. Au total, le budget des HUG serait amputé de 10% alors que les coûts salariaux – qui représentent 80% des dépenses d’un hôpital – continueraient à croître. La concurrence oui, mais avec des règles du jeu identiques pour tous!

Dans ces conditions, comment investir pour maintenir la qualité et la sécurité des soins, améliorer le confort hospitalier, favoriser la recherche? Certes, des gains d’efficience sont possibles. Entre 2006 et 2009, les HUG ont économisé 100 millions. Jour après jour, ils veillent à ce que chaque franc dépensé le soit à bon escient. Mais si demain la modification de la LAMal n’est pas maîtrisée, 200 millions pourraient manquer chaque année dans les caisses. La diminution des durées de séjour, la suppression des journées d’hospitalisation inappropriées ou le report sur l’ambulatoire ne suffiront pas pour équilibrer les comptes. Des choix s’imposeront.

La parole au «consommateur» de soins

Dans ce contexte, chaque acteur du système de santé devra prendre ses responsabilités. Certains assureurs maladie d’abord qui, tout en faisant des provisions, brandissent déjà la menace d’une forte augmentation des primes. Que feront-ils demain? Accorderont-ils des réductions de prime à un Genevois pour qu’il aille se faire opérer loin de son canton, pour un coût moindre? Les cliniques privées ensuite. Elles seront très intéressées à attirer les «bons» patients en laissant aux hôpitaux publics les cas les plus lourds médicalement et économiquement.

Et surtout les patients. En 2012, ils deviendront des consommateurs avertis capables de comparer les prestations, obligeant le secteur public à passer de l’obligation de prestations à l’obligation de résultats. Voilà un beau challenge pour l’hôpital et pour tous les professionnels de la santé!

Bernard Gruson
Président du Comité de direction des Hôpitaux universitaires de Genève.

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