25/06/2011

De l’enthousiasme à la prise électrique, de la bureaucratie à simplifier

BALET_1.jpgDécider de sortir du nucléaire en Suisse, voilà une proposition qui a suscité beaucoup d’enthousiasme. Mais l’enthousiasme produit peu d’électricité, nous pourrions le constater à nos dépens, surtout si nous maintenons le bureaucratisme paralysant qui nous gangrène.
 
La consommation va continuer d’augmenter, c’est à peu près certain. Nous serons plus nombreux, utiliserons plus de trains, de trams, de bus électriques. Nous n’allons pas diminuer le nombre d’appareils électriques dans  les usines, les bureaux et à la maison.  L’amélioration vivement souhaitée de l’efficacité énergétique risque de ne pas suffire à compenser l’augmentation de la consommation.  Mais, à terme, nous devrons compenser la disparition de 40% de la production électrique, soit les services rendus sans accident,  24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 11 mois par an par nos centrales nucléaires depuis les années 70. Pour cela chacun s’accorde à dire qu’il faut agir et vite. Mais…..améliorer l’isolation des bâtiments ! C’est essentiel et efficace, mais pas dans ce bâtiment protégé, pas comme cela, pas avec ces matériaux, pas en empiétant sur le domaine public ou alors moyennant paiement d’une taxe, mais surtout pas sans l’aval de  commissions d’experts en énergie, en urbanisme, en matériaux, etc. L’énergie solaire offre un potentiel énorme ! Mais pas dans ce quartier, pas sous mes yeux, pas sans autorisation délivrée après examen approfondi du dossier. La petite hydraulique peut encore se développer! Mais pas le long de ce cours d’eau, ni au bas de cette chute, pas avant d’avoir passé la course d’obstacle des oppositions et recours des protecteurs de l’environnement. Et ne disons rien des éoliennes qui doivent consommer des forêts entières pour fabriquer les papiers des autorisations, des oppositions,  des recours, des pétitions. Quant au réseau de lignes à très haute tension,  même si le Conseil fédéral a rappelé la nécessité et l’urgence de le renforcer pour sortir du nucléaire,  il soulève des oppositions obstinées, principalement de ceux-là même qui s’opposent avec le plus de virulence au nucléaire. Dans cette pelote de nœuds, cherchez l’erreur.
  
Bref, de l’enthousiasme à la prise électrique, il y a un pas très (trop) difficile à franchir. Plusieurs causes expliquent ces blocages. La multiplication des instances de décision en est un. Mais il serait vain d’attendre qu’elles se déclarent d’elles mêmes inutiles voire nuisibles à l’évolution des dossiers.  Des décisions difficiles s’imposent au risque de déplaire. On sent déjà moins d’enthousiasme.

On ne rencontre pas beaucoup d’enthousiasme non plus pour réduire les obstacles bureaucratiques. Un des éléments de notre prospérité, soit le goût des choses bien faites, le perfectionnisme, a lentement mais surement dérivé vers une bureaucratie absurde et paralysante. Il est temps d’agir. La nécessité d’assurer notre approvisionnement électrique durablement devrait servir d’électrochoc pour retrouver du bon sens.  Dans les mois à venir on verra qui agit, qui met en œuvre par exemple les solutions efficaces proposées par le PLR : installer des panneaux solaires sur les toits sans avoir besoin d’autorisation, sauf pour les monuments classés ; imposer un délais de 6 mois au maximum dès le dépôt de la demande pour obtenir les autorisations de construire une petite hydraulique; densifier l’usage du sol;  simplifier la procédure de construction du réseau des lignes à très haute tension et mettre en œuvre rapidement le plan sectoriel de ces lignes.

Le temps est compté pour mesurer concrètement la force de l’enthousiasme. 

Chantal Balet

 

18/06/2011

Financement hospitalier: plaidoyer pour une responsabilisation des acteurs

gruson.jpgEn créant une nouvelle concurrence, la révision de la Loi sur l’assurance-maladie (LAMal) risque de transformer le paysage hospitalier et de mettre en péril la maîtrise des coûts de la santé, âprement acquise ces dernières années. Pour réussir cette réforme et disposer demain d’un système de soins performant, solidaire et accessible à tous, assureurs, hôpitaux publics, cliniques privées et patients doivent agir en pleine responsabilité.

Libre circulation des patients, nouveaux modes de tarification, répartition de la médecine de pointe, concurrence avec les cliniques privées, contrôle de l’activité ambulatoire: la réforme du système de santé suscite bien des débats. Soucieux de continuer à fournir des prestations innovantes et de haut niveau, les cinq hôpitaux universitaires suisses (Bâle, Berne, Genève, Lausanne, Zurich) veulent être à armes égales avec d’autres fournisseurs de soins. Plusieurs dangers mettent en péril l’équilibre du système, notamment la répartition des coûts à l’échelle nationale, gommant les différences cantonales – à Genève, salaires et loyers sont plus élevés que dans le canton de Vaud; et la participation des pouvoirs publics au remboursement des soins stationnaires dans les cliniques privées, laissant craindre, pour le secteur public, une baisse d’activité et de financement de la part des cantons.

Le choix de l’efficience

Pour situer l’impact de la réforme sur les finances hospitalières, prenons l’exemple des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Si en 2012 la valeur du point TARMED était alignée sur la moyenne des établissements publics, cela signifierait une baisse de 9 millions de francs. Si en 2014 celle du point DRG était calquée sur la moyenne des hôpitaux universitaires, cela correspondrait à une coupe de 120 millions. Quant aux recettes pour les soins subaigus (gériatrie, réadaptation, etc.), elles subiraient une diminution de 15% dès 2012. Au total, le budget des HUG serait amputé de 10% alors que les coûts salariaux – qui représentent 80% des dépenses d’un hôpital – continueraient à croître. La concurrence oui, mais avec des règles du jeu identiques pour tous!

Dans ces conditions, comment investir pour maintenir la qualité et la sécurité des soins, améliorer le confort hospitalier, favoriser la recherche? Certes, des gains d’efficience sont possibles. Entre 2006 et 2009, les HUG ont économisé 100 millions. Jour après jour, ils veillent à ce que chaque franc dépensé le soit à bon escient. Mais si demain la modification de la LAMal n’est pas maîtrisée, 200 millions pourraient manquer chaque année dans les caisses. La diminution des durées de séjour, la suppression des journées d’hospitalisation inappropriées ou le report sur l’ambulatoire ne suffiront pas pour équilibrer les comptes. Des choix s’imposeront.

La parole au «consommateur» de soins

Dans ce contexte, chaque acteur du système de santé devra prendre ses responsabilités. Certains assureurs maladie d’abord qui, tout en faisant des provisions, brandissent déjà la menace d’une forte augmentation des primes. Que feront-ils demain? Accorderont-ils des réductions de prime à un Genevois pour qu’il aille se faire opérer loin de son canton, pour un coût moindre? Les cliniques privées ensuite. Elles seront très intéressées à attirer les «bons» patients en laissant aux hôpitaux publics les cas les plus lourds médicalement et économiquement.

Et surtout les patients. En 2012, ils deviendront des consommateurs avertis capables de comparer les prestations, obligeant le secteur public à passer de l’obligation de prestations à l’obligation de résultats. Voilà un beau challenge pour l’hôpital et pour tous les professionnels de la santé!

Bernard Gruson
Président du Comité de direction des Hôpitaux universitaires de Genève.

12/06/2011

Une croissance néfaste?

DESSEMONTET_1.jpgL’Office fédéral de la statistique (OFS) a récemment publié ses nouveaux scénarios démographiques, qui postulent pour les trente ans à venir une croissance soutenue de la population de la Suisse. En cette année d’élections fédérales, diverses formations politiques ont sauté sur l’occasion pour faire monter l’inquiétude, les uns fustigeant une immigration jugée insupportable, les autres s’inquiétant pour l’environnement et la qualité de vie, les derniers pointant la pression sur les infrastructures. Avec pour conséquence que, comme le montrait un récent sondage, la majorité de la population déclare désormais ne pas vouloir de cette Suisse à 10 millions d’habitants.

Mais de quoi parle-t-on vraiment? D’où vient cette fièvre démographique que nous vivons, après trois décennies de croissance modérée? Quels sont les facteurs qui président à la croissance démographique et sur lesquels nous pourrions agir? Une récente étude que nous avons eu l’occasion de mener a montré sans ambiguïté que la croissance démographique répond avant tout au dynamisme économique, avec un certain temps de retard. Ainsi, le boom économique consécutif à l’entrée en vigueur des Bilatérales II en 2004 ne s’est traduit que trois ans plus tard par une brusque hausse de la croissance démographique.

Dans le même ordre d’idées, on constate que, depuis la chute du mur de Berlin, la santé de l’économie suisse est clairement fonction de son intégration européenne. Du refus de l’EEE en 1992, à l’entrée en vigueur des Bilatérales I en 2000, l’économie suisse a perdu un point de croissance par année sur ses voisins, un point qu’elle rattrapa dès les Bilatérales I entrées en vigueur. Puis, à l’entrée en vigueur des Bilatérales II en 2004, elle a pris un point de croissance supplémentaire par rapport aux pays qui nous entourent. Sur le plan de la performance économique, la Suisse profite donc à plein de son intégration européenne. C’est à cette excellente santé économique que nous devons le véritable boom démographique en cours – pas, ou en tout cas pas directement, à Schengen ou à l’ouverture des frontières. Dès lors que la Suisse reste économiquement plus attractive que ses voisins – et le comparatif actuel est à cet égard presque effrayant – il n’y a pas de raison de penser que cette situation puisse évoluer. A sa manière, c’est ce que l’OFS a reconnu, en scénarisant une Suisse à 10 millions d’habitants pour 2040.

Toutefois, la croissance démographique n’est pas inéluctable: il suffirait de ralentir la croissance économique de manière à rendre la Suisse moins attractive. Et à la lumière de ce qui précède, l’UDC a raison: à l’exception d’une crise économique mondiale, le meilleur moyen d’enrayer la démographie est de dénoncer les accords bilatéraux. Cela ralentirait la croissance économique tout en rétablissant une possibilité de contrôle de la main-d’œuvre étrangère.

Toutefois, les conséquences d’une telle opération seraient catastrophiques. Le coup d’arrêt de la croissance, la fermeture partielle des marchés européens seraient à coup sûr mortels pour de nombreuses entreprises, les délocalisations et le chômage monteraient en flèche, les finances publiques plongeraient dans le rouge, nos assurances sociales sombreraient à plus ou moins court terme, la population vieillirait en se paupérisant de manière accélérée, avec des besoins sociaux et en matière de santé impossibles à financer. Mais de tout cela, personne ne parle. Pourtant, ce scénario est une alternative réellement crédible à la situation actuelle. Et à son énoncé, on se souvient d’un proverbe chinois: «Méfiez-vous de vos désirs, ils pourraient se réaliser.»

Pierre Dessemontet
Géographe, fondateur de l'institut MicroGIS

04/06/2011

Séduction du pouvoir ou pouvoir de séduction

SANDOZ_1.jpgLes «affaires de mœurs» qui défraient la chronique politique française depuis quelques semaines ont incité certaines personnes, à utiliser l’expression «droit de cuissage». Le Petit Larousse (édition 2008) définit ce droit comme un «droit légendaire attribué au seigneur médiéval de pouvoir passer avec l’épouse d’un de ses serfs la première nuit de ses noces. (Il percevait en fait une taxe sur les mariages serviles).» Le Littré (édition 1962, en quatre volumes) donne à peu de chose près la même définition, mais n’utilise pas le terme de «légendaire», ce qui est peut-être révélateur de la subjectivité des auteurs des dictionnaires. Que l’on suive l’une ou l’autre définition, cependant, il apparaît bien que le but réel de ce «droit de cuissage», c’était, pour le seigneur, d’obtenir une somme d’argent à l’occasion du mariage d’un serf et que cela n’a rien à voir avec les frasques contemporaines de certains hommes politiques français, parce que ces derniers n’avaient assurément pas en vue l’obtention d’une redevance financière. Alors comment expliquer l’étrange conduite de certains politiciens, notamment français? On pourrait éventuellement parler de politiciens européens, disons… latins. Y aurait-il un «mal latin»? Faut-il incriminer le pouvoir et une influence particulièrement pernicieuse de celui-ci sur le mental latin?

N’étant ni psychologue ni psychiatre, nous ne saurions prétendre apporter une réponse scientifique à la question, mais nous avons entendu quelques commentaires, notamment de la part de femmes. Certaines, partant de l’idée du plus vieux métier du monde, ne peuvent s’empêcher de penser que le pouvoir exerce toujours une certaine séduction et que, dès lors, l’homme de pouvoir obtiendra facilement des faveurs féminines s’il laisse entrevoir une petite récompense à la clé, voire simplement parce que le fait même d’approcher intimement un homme de pouvoir serait grisant.

D’autres femmes considèrent que, malheureusement, certains hommes sont violents et que le fait de leur pouvoir excite encore leur violence, soit qu’avec fatuité, ils s’estiment irrésistibles – ce qui n’est nullement le cas, bien souvent – soit qu’ils n’hésitent pas à recourir à des mesures d’intimidation. Ils confondent alors le pouvoir de séduction – dont ils sont dépourvus – avec le pouvoir d’intimidation dont ils sont investis à cause de leur position sociale.

Bien des femmes n’arrivent pas à comprendre comment un homme intelligent a pu tomber dans le «traquenard» américain. Il est évident que la violence ne peut jamais être ni approuvée ni justifiée. Il n’est pas exclu qu’elle soit liée à un dérèglement physiologique qui devrait être soigné et ne le sera généralement pas, à cause du tabou qui entoure la sexualité notamment masculine, tabou tellement important qu’il empêche même certains médecins de reconnaître la réalité. Il est clair que ce dérèglement ne supprime ni la faute ni la responsabilité de l’auteur d’un acte violent, mais d’ici à sauter sur la première femme de chambre qui apparaît, de manière tout à fait inattendue!… il y a vraiment quelque chose d’incompréhensible!

Les «affaires de mœurs» françaises actuelles vont-elles faire avancer le diagnostic de certaines maladies? Vont-elles amener à se poser des questions sur la perte de repères de notre société européenne en matière de sexualité? Ou devrons-nous attendre, pour réagir, d’être gagnés par une forme de pudibonderie à l’américaine?

SUZETTE SANDOZ, Ancienne conseillère nationale libérale vaudoise

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