09/07/2011 23:55 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cercle, matin, dimanche

Ni uniformisation, ni standardisation

isabelle.jpgOn connaît la boutade attribuée à de Gaulle sur l’impossibilité de gouverner un pays riche de 258 variétés de fromages ! Le citoyen n’est-il pas en droit de s’interroger sur l’efficacité du système scolaire suisse avec ses 26 lois et programmes cantonaux ? A l’heure d’internet et de l’information globalisée, au moment où la mobilité est grandissante, le découpage cantonal de l’espace éducatif n’est-il pas dépassé ?

Entre centralisation et coordination, l’école a fait l’objet de nombreuses tentatives de métamorphoses depuis plusieurs décennies. Les cantons, désireux de conserver leurs responsabilités et leurs traditions propres, se sont battus contre toute uniformisation. Leur réponse : la voie concordataire qui permet à la fois de respecter les sensibilités cantonales et d’harmoniser ce qui est un frein à la mobilité et à l’égalité des conditions d’instruction. De l’eau a passé sous les ponts de l’Aar jusqu’au 21 mai 2006, lorsque peuple et cantons plébiscitent les nouveaux articles constitutionnels sur l’éducation. A la clé de ce vote, l’obligation d’harmoniser les objectifs de l’enseignement obligatoire.

Cinq ans plus tard, alors que l’harmonisation a pris la forme du concordat Harmos, entré en vigueur en août 2009 pour les 15 cantons qui l’ont déjà adopté et dans lesquels vivent 76% de la population suisse, voilà que sont adoptés les premiers objectifs nationaux de formation pour la scolarité obligatoire. A l’échelle helvétique, l’étape est historique. Pour la première fois, la Suisse indique à tous les élèves du pays les compétences fondamentales qu’ils doivent acquérir à diverses étapes de leur formation. Ces compétences touchent la langue de scolarisation, les mathématiques, les sciences naturelles et les langues étrangères.
 
Ce travail de longue haleine, élaborés par des enseignants, des scientifiques et des didacticiens, ne va pas se retrouver tel quel dans les programmes. Il s’adresse en priorité à ceux qui conçoivent les plans d’études, réalisent les moyens d’enseignement ou mettent au point les instruments d’évaluation. Car c’est bien de fixer des objectifs, mais encore faut-il être capable de vérifier s’ils sont véritablement atteints. Cette évaluation se fera au niveau suisse sur des groupes représentatifs de la population scolaire. Et ces résultats, à n’en pas douter, aideront au développement du système éducatif.

Ces standards de base permettront aussi de rendre plus claires et transparentes les exigences réclamées au cours de l’apprentissage des enfants. Et c’est bénéfice pour tous les acteurs de l’école, notamment pour les parents dans leur dialogue avec les enseignants.

Ces compétences fondamentales fixées, elles sont ensuite intégrées aux objectifs des plans d’études réalisés au niveau régional. Si la partie alémanique du pays prépare actuellement le Lehrplan 21, la Suisse romande dispose déjà de son Plan d’Etudes Romand, ce PER sur lequel œuvrent actuellement les enseignants et qui entrera en vigueur dès la rentrée prochaine. C’est un remarquable travail qu’ont réalisé les enseignants romands, qui se préparent depuis de longs mois à transformer ces objectifs généraux en programmes digestes pour les élèves et adaptés à la pédagogie actuelle. L’introduction du PER se réalisera dans la durée. Il conviendra de prendre le temps d’assimiler ces approches, d’ancrer dans la pratique scolaires ces nouveaux programmes. D’autant plus qu’elles auront également des conséquences sur les moyens d’enseignement, la formation des enseignants ou la dotation horaire.
Mais attention : l’harmonisation n’est ni standardisation ni uniformisation. Au contraire, les cantons conservent leur marge de manœuvre, avec la capacité de hausser le niveau des exigences. Si l’harmonisation scolaire en cours répond aux nouveaux besoins de notre temps, elle respecte les sensibilités fédéralistes de notre pays. Car l’école publique, plus que toute autre institution, a besoin de proximité, gage de soutien et de confiance de la part et à l’égard de ses acteurs. Dans l’attente de ces passionnantes perspectives, les acteurs de l’école ont bien mérité les vacances qu’on leur souhaite reposantes et riches en découvertes!

ISABELLE CHASSOT
Conseillère d’Etat fribourgeoise
Présidente de la CDIP

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