24/07/2011 09:14 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suisse, jean-michel cina, cercle, dimanche

La Suisse est nue, vive la Suisse!

CINA_1.jpgLa courbe actuelle de l’euro donne de l’urticaire à presque tous les analystes des marchés. En Suisse, spécialistes, agitateurs et stratèges en tous genres tentent des solutions face à une situation qui ne semble rien avoir d’une parenthèse. La pression sur le politique s’intensifie chaque jour un peu plus. Cas classique d’exercice s’identifiant plus à une intervention d’urgence qu’à une politique définie sur le long terme.

Soyons réalistes. Le franc, même s’il est surévalué, n’est fort en grande partie que parce que l’euro est faible. Et là, nous n’y pouvons pas grand-chose. Cette tranquillité insulaire, tellement suisse, pourtant, ne nous protège ni des conséquences de cette fermeté du franc ni des aléas de la politique économique européenne.

Donc, si nous ne pouvons – et les autorités fédérales continuent de confirmer cet état de fait en refusant de s’engager dans des solutions offensives mais risquées (intervention sur le marché des changes, lien du franc avec l’euro, taux d’intérêt négatifs, fonds souverain de 100 millions, par ex.) – réellement influencer la force du franc, c’est bien à l’intérieur, au cœur de notre économie que nous pouvons et devrions agir. Au niveau des conditions-cadres que nous lui offrons en tant que politique, mais aussi au niveau des entreprises elles-mêmes, au cœur de ces PME qui constituent plus de 90% de notre force économique.

Une récente étude du Credit Suisse, focalisée sur la réalité des PME, démontre que les entrepreneurs suisses voient dans l’innovation leur principale chance de réussite et de développement. Outre l’aspect conjoncturel actuel, l’innovation a toujours été la force de nos entreprises et PME et la base de leur compétitivité, aujourd’hui évidente sur les marchés. C’est vrai, les exportations suisses sont toujours fortes et même revenues au niveau d’avant la crise de 2008-2009, ce qui constitue, aux côtés de l’Allemagne, une performance remarquable au niveau international. Ce constat, pourtant, fait face à une autre réalité: la possible remise en cause d’investissements sur nos sites de production.

L’innovation prend donc une importance encore accrue. Sur ce point, la Suisse occupe actuellement une place de choix, confirmée par plusieurs excellents rangs obtenus dans des classifications internationales. Cependant, d’autres études mettent en doute notre capacité de transcrire en innovations d’affaires ou produits nouveaux les innovations venant des Hautes Ecoles. Là encore, une importante responsabilité est à prendre, du côté politique.

Une autre grande force de l’économie suisse réside dans sa flexibilité, et notamment du marché du travail. Le risque ici de céder à des formes de surréglementation, délétère en tous points, ne saurait être envisageable.

Comme politique, c’est précisément là que nous pouvons et devons intervenir. D’autres moyens peuvent se définir en une politique fiscale attractive, tout comme dans le soutien fort et clair à des projets d’envergure, dont les exemples, encore, ne manquent pas. Une action ne sera porteuse dans ce contexte qu’en agissant finement, dans toutes les couches d’une économie largement différenciée, compétitive, certes, mais tellement unique dans son système contradictoire d’indépendance/interdépendance… Agissons donc, mais avec discernement: les équilibres fins du système suisse et ses microréalités ne sont pas faits pour les bulldozers.

Jean-Michel Cina
Chef du Département valaisan de l'économie, de l'énergie et du territoire

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