07/08/2011 09:53 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cercle, matin dimanche, savary

Médias en crise, crise de la démocratie

061745_efd9a1f1.jpgDepuis le 4 juillet, l’Angleterre découvre avec stupeur que les journaux qu’elle parcourt chaque jour piratent la vie intime de milliers de ses concitoyens. Depuis un mois, elle apprend que des mercenaires de l’information s’introduisent dans les boîtes vocales, mettent sur écoute les téléphones portables, volent les données bancaires. Que des détectives sans conscience espionnent les familles de soldats morts en Irak, effacent la messagerie d’une adolescente assassinée, ou dérobent le dossier médical du petit garçon de l’ancien premier ministre, Gordon Brown, atteint de mucoviscidose. Et les Anglais se demandent, sous le ciel pourri du mois de juillet, comment leur presse a bien pu en arriver là.

Au-delà de l’inacceptable atteinte à la vie privée dont furent victimes citoyens et personnalités publiques, cette affaire révèle des gouffres encore plus profonds.

A savoir: un groupe de presse monopolistique, dans ce cas particulier le groupe de Robert Murdoch, peut faire vaciller les structures de la société anglaise, et saper l’autorité de l’Etat. On sait désormais que le premier ministre David Cameron entretient des liens plus qu’étroits avec le magnat de la presse. Et qu’en reconnaissance de son soutien à sa campagne, l’actuel premier ministre s’apprêtait à autoriser Murdoch à racheter BSkyB, un bouquet satellitaire. Pas moins inquiétant, les travaillistes n’ont jamais dénoncé des pratiques que pourtant ils subissaient. Par peur. Peur des représailles, peur d’être pris à partie, peur d’être jetés dans la fange des tabloïds. Jusqu’à la police qui s’est laissé corrompre, en acceptant de généreux pots-de-vin, et qui a sciemment enterré les centaines de plaintes de personnes hackées. Que reste-t-il d’une démocratie quand la toute-puissance d’un groupe de presse réussit à faire plier les institutions d’un pays tout entier? Pays qui pourtant a vu naître les meilleurs journaux du monde, pays berceau des libertés d’opinion.

Question suivante, donc: si une telle situation est possible en Angleterre (nous ne parlons pas de l’Italie, ni de la France ou de la Russie), l’est-elle aussi ici, en Suisse? A priori, on va dire que non. Le fédéralisme, la multiplicité des langues et des cultures nous protègent de la dictature d’un groupe de presse, même monopolistique. Nos médias respectent, à ma connaissance, la vie privée de la population et des personnalités publiques. Dans le même état d’esprit d’ailleurs, le politique ne cède que rarement, à la tentation d’intervenir dans les contenus de l’information. Mais ne nous berçons pas d’optimisme. Le secteur de l’information en Suisse vit sa mutation. Trois groupes de médias nationaux occupent désormais la plus grande partie du marché, la RTS pour le service public, Tamedia et Ringier pour la presse écrite. Les crises économiques, qui ébranlent durement les groupes de presse, ont pour conséquence concentration des titres, des personnels et des informations. Autre tendance, le marché publicitaire se réduit, contraignant les médias à rivaliser de stratégies pour le capter. Le scoop pour le scoop n’est pas loin, les pratiques qui vont avec, non plus. Et l’Agence télégraphique suisse, garante d’une information équilibrée des territoires et des idées, n’est toujours pas guérie de sa fragilité financière. Le scandale qui éclabousse l’Angleterre devrait donc nous inciter à rester attentif aux évolutions futures. Car si on savait que la concentration des médias met en danger la diversité des opinions, on sait aujourd’hui qu’elle peut aussi menacer l’Etat de droit.

Géraldine Savary,
conseillère aux Etats (PPS/VD)

Commentaires

et c'est une politicienne qui fait des articles dans le matin, qui ne rate pas une occasion de profiter des médias qui se permet des états d'ames ou des critiques certes justifiés...c'est un peu l'hopital qui se fout de la charité, un peu parce qu'on n'en est pas encore au même niveau, mais c'est pas faut d'y contribuer

Écrit par : pte | 07/08/2011

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