22/10/2011 23:55 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le crecle, dimanche, matin

L’égalité: affaire classée sans suite?

BISANG_1.jpgIl n’y aura pas de présidente de la République française. La victoire sans surprise de François Hollande sur les deux candidatures féminines aux primaires socialistes sonne comme une fatalité française. L’enjeu de l’avènement d’une femme à cette fonction a été peu évoqué: l’événement ne semble pas plus important que la douce et pimpante présence de la cerise sur le gâteau. Certes, Martine Aubry s’est lancée dans la bataille politique sans se soucier des considérations de genre. Prudence stratégique? Souligner son identité de femme en politique comporte en 2011 une forte probabilité de disqualification. La voie est étroite: soit monter au créneau de l’égalité et risquer le lynchage, – le combat féministe étant caricaturé et détesté –, soit taquiner le travestissement. Il est détestable d’être stigmatisé quelle que soit la différence qui nous distingue des normes. Mais à trop caresser l’illusion d’une égalité acquise, on fragilise des combats encore nécessaires. En France: peu de femmes ministres, si peu aux commandes y compris dans les institutions culturelles et une misogynie crasse révélée par les premières réactions à l’affaire DSK.

Curieux paradoxe dans le pays d’une des plus importantes philosophes du XXe siècle, Simone de Beauvoir. C’est bien du livre fondateur «Le Deuxième sexe» que se réclament les féministes les plus originales d’aujourd’hui. «On ne naît pas femme, on le devient», demeure le socle des questions très stimulantes des «études genre» qui ajoutent: «On ne naît pas homme, on le devient». Ce nouveau domaine de réflexion s’attelle à déconstruire les rapports de domination sous un autre prisme. Cette nouvelle fenêtre pour un féminisme moins axé sur le duel homme-femme ouvre des perspectives réjouissantes pour secouer les normes qui emprisonnent les pensées et figent les individus dans des catégories stériles.

Or si la France est à la traîne en matière d’égalité, devant notre porte helvétique, balayons! Ce dimanche devrait confirmer la baisse de la représentation des femmes en politique: sur les listes des élections fédérales moins de candidates, et de surcroît, moins de candidates en situation d’être élues. Selon des projections, le déjà faible 29,5% d’élues dans les deux Chambres pourrait s’éroder et atteindre 25%.

Ajoutée à la très prévisible perte de sièges féminins au Conseil fédéral, la dégringolade de la Suisse dans les classements internationaux sur l’égalité est assurée! D’autant que notre pays truste déjà quelques records en Europe: vainqueur toute catégorie pour le travail à temps partiel des femmes. Avec un temps partiel des hommes très limité et qui n’est pas corrélé à la paternité. Si l’on ajoute la votation prochaine sur l’interruption de grossesse qui attaque, de fait, le droit des femmes à disposer de leurs corps, on obtient une photographie d’une Suisse conservatrice. Aux hommes, la conquête de l’espace public, aux femmes, les joies simples et naturelles du foyer!

Se profile insidieusement une contestation du rôle des femmes dans l’espace public. Un constat qui pourrait expliquer le phénomène des attaques médiatiques récurrentes et violentes contre certaines figures féminines emblématiques, en particulier des élues aux exécutifs. Procès en sorcellerie, bûchers allumés à la hâte, sans vérification des faits s’accumulent à Genève.

A l’heure où l’on guette les signes d’un vrai printemps pour les femmes du monde arabe, on ressent ici les premiers frimas d’un hiver rigoureux.


Anne Bisang, Metteure en scène

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