30/10/2011

Une géographie politique de la Suisse, version 2011

DESSEMONTET_1.jpgPour la première fois depuis 1991, les élections fédérales ne se sont pas traduites par la montée de l’UDC et des Verts au détriment des autres partis. UDC et Verts accusent une baisse sensible de leur score, le PS relève la tête, radicaux et démocrates-chrétiens ralentissent leur baisse séculaire: après vingt ans de réajustement, le paysage politique se stabilise. Deux nouvelles formations apparaissent, les Vert’libéraux et le PBD, des Verts de droite et une UDC plus centriste qui signalent une envie de retour à la concordance.

Le premier parti de Suisse, l’UDC, a connu une baisse particulièrement sensible là où le PBD est le mieux implanté, aux Grisons et à Berne. L’UDC baisse également là où elle était très forte en 2007: à Zurich, en Argovie et en Suisse orientale. En revanche, là où elle était plus faible, comme en Suisse romande, au Tessin et en Suisse centrale, l’UDC a progressé. Le parti est donc devenu un peu plus national encore qu’en 2007: en ce sens, il poursuit sa conquête entamée en 1991.

Au plan national, le PS enregistre une légère baisse, mais son évolution est très contrastée selon les régions: forte progression sur Vaud et Fribourg, maintien sur le plateau alémanique, baisses sensibles à Bâle, à Schaffhouse et dans les Alpes, même si, par suite d’une chance insolente, elles ne se traduisent en perte de sièges qu’au Tessin. Conséquence: les Romands composeront 40% du groupe. A mesure que la Suisse romande glisse à gauche, le PS devient de plus en plus romand.

Suite à la fusion entre libéraux et radicaux, le PLR est parvenu à se maintenir en Suisse romande, où son score est nettement supérieur à la moyenne nationale. C’est en Suisse alémanique qu’il enregistre l’essentiel de ses pertes ainsi que dans les Alpes. Par endroits, Berne, Bâle, Thurgovie, Zurich, le PLR semble être en phase terminale de déclin. Là aussi, un tiers du groupe parlementaire parlera désormais français.

Le PDC montre une évolution très contrastée: il résiste dans ses bastions catholiques, où il ne perd qu’un siège. En revanche, l’irruption des Vert’libéraux a condamné la tentative du PDC de s’implanter dans les grands cantons urbains: le PDC courtisait en effet le même électorat, et les pertes de sièges qu’il enregistre vont aux Vert’libéraux. Le PDC semble ainsi devoir redevenir un parti dominé par les périphéries.

Les Verts subissent un brutal coup d’arrêt en perdant le quart de leur députation au Conseil national. La baisse est générale, plus marquée là où les Vert’libéraux ont cartonné, c’est-à-dire dans la moitié orientale du pays, plutôt moins en Suisse romande et à Bâle. Par rapport à 2007, la carte des Verts s’est un peu différenciée, avec une forte présence sur l’axe Genève-Bâle, et un relatif effacement ailleurs. Ici aussi, les Romands pèseront le tiers du groupe parlementaire.

Les Vert’libéraux, vainqueurs du scrutin, ont un électorat métropolitain: à l’exception des Grisons, le parti réalise ses meilleurs scores dans le Grand-Zurich, et se montre fort autour des grandes villes du pays, Bâle, Berne, Lucerne, l’arc lémanique. Par rapport aux Verts, on retrouve une vieille dichotomie gauche-droite: les Vert’libéraux sont plus forts en Suisse alémanique et dans les banlieues, les Verts en Suisse romande, dans les grands centres et dans l’arc jurassien.

Le PBD, enfin, constitue la surprise du scrutin en réalisant un score bien meilleur qu’attendu. Logiquement, il l’emporte aux Grisons, à Glaris et à Berne; mais, au-delà, son score est remarquable de Bâle à Saint-Gall, tout en se montrant clairement plus fort dans les zones les plus rurales de cette région – à ce titre, le PBD a le profil d’un vrai parti agrarien.

Finalement, le vainqueur de ces élections est le centre: il gagne 15 sièges. De plus, les profils géographiques des partis du centre sont complémentaires: le PDC est implanté en terre catholique, les Vert’libéraux en métropole, et le PBD dans les campagnes protestantes – de quoi peser lors de la prochaine législature.

Pierre Dessemontet,
fondateur de Microgis

22/10/2011

L’égalité: affaire classée sans suite?

BISANG_1.jpgIl n’y aura pas de présidente de la République française. La victoire sans surprise de François Hollande sur les deux candidatures féminines aux primaires socialistes sonne comme une fatalité française. L’enjeu de l’avènement d’une femme à cette fonction a été peu évoqué: l’événement ne semble pas plus important que la douce et pimpante présence de la cerise sur le gâteau. Certes, Martine Aubry s’est lancée dans la bataille politique sans se soucier des considérations de genre. Prudence stratégique? Souligner son identité de femme en politique comporte en 2011 une forte probabilité de disqualification. La voie est étroite: soit monter au créneau de l’égalité et risquer le lynchage, – le combat féministe étant caricaturé et détesté –, soit taquiner le travestissement. Il est détestable d’être stigmatisé quelle que soit la différence qui nous distingue des normes. Mais à trop caresser l’illusion d’une égalité acquise, on fragilise des combats encore nécessaires. En France: peu de femmes ministres, si peu aux commandes y compris dans les institutions culturelles et une misogynie crasse révélée par les premières réactions à l’affaire DSK.

Curieux paradoxe dans le pays d’une des plus importantes philosophes du XXe siècle, Simone de Beauvoir. C’est bien du livre fondateur «Le Deuxième sexe» que se réclament les féministes les plus originales d’aujourd’hui. «On ne naît pas femme, on le devient», demeure le socle des questions très stimulantes des «études genre» qui ajoutent: «On ne naît pas homme, on le devient». Ce nouveau domaine de réflexion s’attelle à déconstruire les rapports de domination sous un autre prisme. Cette nouvelle fenêtre pour un féminisme moins axé sur le duel homme-femme ouvre des perspectives réjouissantes pour secouer les normes qui emprisonnent les pensées et figent les individus dans des catégories stériles.

Or si la France est à la traîne en matière d’égalité, devant notre porte helvétique, balayons! Ce dimanche devrait confirmer la baisse de la représentation des femmes en politique: sur les listes des élections fédérales moins de candidates, et de surcroît, moins de candidates en situation d’être élues. Selon des projections, le déjà faible 29,5% d’élues dans les deux Chambres pourrait s’éroder et atteindre 25%.

Ajoutée à la très prévisible perte de sièges féminins au Conseil fédéral, la dégringolade de la Suisse dans les classements internationaux sur l’égalité est assurée! D’autant que notre pays truste déjà quelques records en Europe: vainqueur toute catégorie pour le travail à temps partiel des femmes. Avec un temps partiel des hommes très limité et qui n’est pas corrélé à la paternité. Si l’on ajoute la votation prochaine sur l’interruption de grossesse qui attaque, de fait, le droit des femmes à disposer de leurs corps, on obtient une photographie d’une Suisse conservatrice. Aux hommes, la conquête de l’espace public, aux femmes, les joies simples et naturelles du foyer!

Se profile insidieusement une contestation du rôle des femmes dans l’espace public. Un constat qui pourrait expliquer le phénomène des attaques médiatiques récurrentes et violentes contre certaines figures féminines emblématiques, en particulier des élues aux exécutifs. Procès en sorcellerie, bûchers allumés à la hâte, sans vérification des faits s’accumulent à Genève.

A l’heure où l’on guette les signes d’un vrai printemps pour les femmes du monde arabe, on ressent ici les premiers frimas d’un hiver rigoureux.


Anne Bisang, Metteure en scène

16/10/2011

Pourquoi pleure-t-on Steve Jobs?

despot.jpgLe vieux typographe n’en croyait pas ses yeux. C’était son dernier jour de travail et sa photocomposeuse s’en allait avec lui. Encombrante comme un orgue, il fallut bien trois hommes pour la déplacer. «Mais enfin… Ça vaut une véritable fortune!» clamait-il, affolé. En réalité, nous étions chanceux: une organisation d’entraide avait bien voulu nous en débarrasser sans frais. En quelques mois, le précieux outil était devenu un objet encombrant.

La scène se passait voici vingt-trois ans, au début de mon travail dans l’édition. Elle était aussi cruelle que courante. La grosse machine fut remplacée par un jouet, un petit Macintosh au prix dérisoire. Et les vieux typographes, élite des artisans, firent place à des jeunes barbares mal formés qui ne savaient même pas que l’espace, en typo, se conjuguait au féminin.

Je me souviens nettement du premier jour où j’ai vu un Mac, dans le bureau d’un professeur. Avec sa souris, il avait ouvert une lettre affichée comme une page imprimée, vérifié les marges, lancé une impression. C’était magique! C’était la lumière du jour dissipant les ténèbres des terminaux MS-DOS sur lesquels nous écrivions jusqu’alors, et qui rappelaient les écrans lugubres d’un sous-marin. Je m’en achetai aussitôt un pour mes traductions; il tourne encore. Le Mac était mieux qu’une console, une consolation. Un univers intelligible et amical qui vous enveloppait tout en vous infantilisant un peu. Mais l’enfance n’est-elle pas l’âge de la liberté et de l’imagination?

Steve Jobs avait créé davantage qu’un produit: un art de vivre. Il allait changer, à lui tout seul, notre interaction avec les machines, notre univers musical, nos habitudes de consommation.

Il y eut des années de vide – celles de son exil –, où Apple sembla une impasse luxueuse et tragique, telles la vidéo Betamax ou les voitures Saab. Même alors, je n’ai pas changé. Je ne pouvais me résoudre au kitsch oppressant, foireux et moralisateur du monopole Microsoft. Nos détracteurs avaient raison: la fidélité à Apple était surtout, alors, une affaire d’esthétique. Mais privilégier l’esthétique à l’utilité est justement une marque de civilisation.

Mais il revint et l’on eut l’i-Mac, explosion de couleurs dans un monde gris-beige. Le robuste système Mac OS X. L’iPod. L’iPhone. Au moment où inventions se dévoilaient sous les «oh!» et les «ah!» comme des cadeaux de Noël, il en était déjà très loin.

Aujourd’hui, la disparition de Bill Gates ne toucherait que quelques geeks. Celle de Jobs a fait pleurer les anonymes dans le monde entier. Ceux qui n’y voient qu’une dérive émotionnelle, une manipulation consumériste, devraient y réfléchir à deux fois.

Cet homme austère et peu mondain n’a jamais versé – publiquement – un dollar aux «charités» quand ses pairs rachetaient leur opulence à coups de millions ultramédiatisés. Il avait la dent dure et la colère aiguë. Il avait abandonné ses études et se moquait des préjugés de l’establishment, des conseils du marketing, des réticences des techniciens. Perfectionniste, il contrôlait tout, du lissage des caractères à l’écran jusqu’à la forme des prises. Chaque produit Apple porte la marque d’une quête de simplicité absolue. A l’ère du nivellement statistique des offres et des goûts, Steve Jobs a réussi à insuffler à l’industrie une mystique altière et très personnelle. Il nous a légué l’espoir qu’un individu pouvait encore infléchir le destin d’un monde impersonnalisé. Ceux qui le pleurent portent le deuil d’un rêve d’humanité.

Slobodan Despot
Directeur des éditions Xenia

 

09/10/2011

La politique d’asile commande de parler vrai


LEUBA_1.jpgDe toutes les politiques publiques, celle qui concerne la migration est sans doute l’une des plus émotionnelles qui soient. Au-delà du ressenti, et indépendamment des sensibilités affichées, c’est souvent la passion qui s’exprime, non sans virulence parfois. Mais on ne saurait conduire les affaires de l’Etat au gré de cette effervescence, même dans un canton encore marqué par les errements liés à ce qui fut appelé l’exception vaudoise en matière de renvoi des requérants déboutés.

Les réactions manifestées en apprenant que l’un des figurants du dernier film de Fernand Melgar avait de lourds antécédents pénaux illustrent cette dualité: certains n’ont vu dans la situation de cet homme qu’une peccadille sans rapport avec la honte que leur inspire l’expulsion des étrangers, fussent-ils délinquants; d’autres en revanche, à l’évidence plus nombreux, n’ont pas caché leur exaspération, la poussant parfois jusqu’à faire porter le chapeau de la malfaisance à l’ensemble des requérants d’asile. Or, si le militantisme peut se nourrir d’un discours caricatural et généralisateur, qu’il soit angélique ou autoritaire, la responsabilité du magistrat lui impose de se tenir à l’écart de tout dogmatisme. Sa mission est d’abord de faire respecter la loi dans une réalité complexe, de traiter les problèmes au cas par cas, et d’agir avec le souci de la transparence.

Les questions migratoires commandent précisément de parler vrai. Il est ainsi de fait que près de 70% des personnes que le canton de Vaud a placées cette année en détention administrative en vue d’un renvoi dans leur pays d’origine ont été l’objet d’une condamnation pénale. Les statistiques révèlent en outre que ce chiffre est également celui du pourcentage de détenus étrangers dans les prisons suisses. On peut bien occulter ces données de peur d’agiter le chiffon rouge de la xénophobie ou du populisme, les minimiser, les relativiser au service d’objectifs idéologiques autres, ils n’en sont pas moins un élément tangible sur lesquels notre population doit pouvoir se forger une opinion hors des phantasmes et des intoxications.

Au nom de cette vérité, il faut rappeler en parallèle que le canton de Vaud est l’un de ceux qui obtiennent à Berne le plus fort taux de régularisations à titre humanitaire. Depuis 2007, ce sont ainsi 740 demandeurs d’asile qui ont bénéficié d’un permis de séjour par ce biais. Cette donnée est sans nul doute gratifiante pour l’avenir des personnes concernées, mais nous tromperions également nos concitoyens en ne polarisant notre politique d’asile que sur cet élément, aussi flatteur soit-il.

En la matière, notre canton prône une approche aussi équilibrée que possible: à la fois humaine et rigoureuse. Ce faisant, l’objectif n’est pas de ménager la chèvre et le chou, mais de mener une politique migratoire tout simplement cohérente. Nul ne comprendrait qu’elle puisse s’exercer de façon indistincte, et finalement injuste, traitant d’égale manière honnêtes gens et criminels. La ligne vaudoise est des plus claires: les étrangers lourdement condamnés ou multirécidivistes, eussent-ils payé leur dette à la société, n’ont pas fait la preuve de leurs bonnes dispositions à l’intégration. Ils doivent dès lors être renvoyés.

A battre villes et campagnes vaudoises pour y chercher des places d’hébergement supplémentaires, de séances publiques en débats vigoureux, nous saisissons une sensibilité différente de celle qui émane du mainstream culturel et politique. On y perçoit souvent l’expression diffuse d’un rejet, de frustrations, de peurs individuelles, voire de psychoses collectives. Tous les bons sentiments du monde n’y feront œuvre ni rassurante ni efficace là où la population réclame courage, détermination et vérité.

Philippe Leuba,
conseiller d'Etat vaudois

02/10/2011

Un festival se meurt, et tout est dépeuplé

Maire.jpgJ’ai reçu, l’autre jour, un message électronique qui me demandait de signer une pétition. Ce n’était pas pour défendre Roman Polanski – il a été libéré de toutes charges en Suisse et est revenu mardi prendre son prix au très glamour Festival de Zurich, festival tout requinqué par cet événement, répétant à qui veut l’entendre, à coup de sponsors et de stars (Sean Penn, Lawrence Fishburne, Jeremy Irons, Alejandro González Iñárritu), que Locarno n’a qu’à bien se tenir.

Ce n’était pas non plus pour soutenir les cinéastes iraniens Jafar Panahi et Mohamad Rasoulof qui sont toujours assignés à l’inaction depuis plus d’une année et attendent de faire (mais quand?) six ans de prison ferme. D’ailleurs, le gouvernement iranien vient d’arrêter, il y a deux semaines, six autres professionnels du cinéma, sans que cela ne fasse, ici, beaucoup de vagues; la vendeuse et productrice Katayoon Shahabi ou le collaborateur de Jafar Panahi, le documentariste Mojtaba Mirtahmasb, sont hélas moins médiatiques. Et le plus dramatique, c’est qu’à l’heure où j’écris ces lignes, on est toujours sans nouvelles d’eux.

Non, la pétition demandait que l’on empêche le gouvernement régional de Navarre de couper son soutien financier au Festival de film documentaire de Pampelune, «Punto de vista», dont la 8e édition devait se dérouler en février 2012. Ce festival est très vite devenu «la» référence du cinéma documentaire de création en Espagne, à l’image de notre Nyon national. Une manifestation culturelle qui ouvre un autre œil sur le monde, qui donne à voir et à réfléchir notre société comme le fait par exemple aujourd’hui «notre» Fernand Melgar quand il filme dans «Vol spécial» (à voir sur nos écrans) la politique de renvoi des requérants d’asile déboutés que la Confédération a mise en place.

Mais pourquoi je vous parle de ce lointain festival en péril? Pour trois raisons. La première, c’est que tout événement de ce genre est un acte social fort. Qui permet aux gens de se réunir, de se rencontrer, de discuter et de découvrir, à travers les œuvres (qu’elles soient de fiction ou de documentaire) une autre vision du monde. L’acte social est donc aussi économique, car il génère de nombreuses retombées directes et indirectes sur la région qui l’accueille. La dernière raison est que, par conséquent, tout festival qui meurt – surtout quand il a du succès et réunit un certain public – génère un vide social et culturel majeur.

La récente prise de position du Conseil national qui a confirmé la proposition des Etats d’augmenter les moyens destinés au cinéma est évidemment une bonne chose. Cela permettrait, aussi, de contribuer à développer ces festivals qui, en Suisse, offrent une incroyable diversité d’offre et de choix, des Tous Ecrans genevois aux courts métrages de Winterthour en passant par l’animation à Baden (Fantoche), le fantastique à Neuchâtel, l’expérimental à Lausanne (LUFF), le cinéma suisse à Soleure, celui du Sud à Fribourg, les enfants à Bellinzone, et puis tous les autres…

Tout festival de cinéma, du plus prestigieux au plus modeste, contribue à enrichir la société du regard de ses artistes, et confronte aussi les créateurs du cru à leurs confrères étrangers, favorisant ainsi les échanges et l’enrichissement réciproque.

Finalement, l’histoire de Pampelune se termine (relativement) bien. Plus besoin de signer la pétition (qui avait recueilli plus de 5000 signatures). Jeudi dernier, les autorités ont trouvé un accord pour que le festival ait lieu – mais en février 2013 – et se transforme en événement biennal. Les organisateurs sont heureux (on peut les comprendre, la crise, en Espagne, est en train de tuer la culture). Mais quand même: ça vous plairait, à vous, un Festival de Locarno une année sur deux?

Frédéric Maire

Directeur de la Cinémathèque suisse

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