25/12/2011 09:23 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eric hoelsi, hiver, russie, moscou, poutine

Après le Printemps arabe, un Hiver russe?

hoesli.pngCombien étaient-ils hier, sur la perspective Sakharov à Moscou? 50 000? 100 000? Assez en tous les cas pour démontrer qu’un mouvement civique a pris racine, que des citoyens croient de nouveau pouvoir influer sur le destin de leur pays. Après des années de relative indifférence et de passivité, la politique est de retour.

Il se passe quelque chose en Russie. Pour la première fois depuis l’effondrement de l’Union soviétique, deux nouvelles catégories sociales ont rejoint dans la rue les opposants de toujours que sont les communistes, les victimes de la misère sociale et les nostalgiques de grandeur. Les nouveaux venus du mécontentement sont issus de la classe moyenne, apparue sous l’ère Poutine, et de la jeunesse urbaine, la génération «RuNet», qui n’a jamais connu ni la dictature ni la peur et est accoutumée à la liberté du monde virtuel qu’elle fréquente. Ils sont révoltés par les fraudes, bien sûr. Mais, plus encore, ils sont écœurés par le cynisme du pouvoir et ses artifices, par la corruption omniprésente aussi.

Est-ce donc le début d’une révolution? Après le Printemps arabe, un Hiver russe? Les Occidentaux sont prompts à tirer un parallèle et se font quelques illusions sur l’avènement en Russie d’un régime libéral, enfin conforme à leurs vœux. Car, si les leaders libéraux sont omniprésents dans nos médias, ils sont moins respectés en Russie même. Les dernières élections l’ont montré: l’ensemble de toutes les formations libérales n’est pas parvenu à dépasser 4% des voix. Même en admettant une fraude massive, on est loin des 35% de suffrages rassemblés par les communistes et les nationalistes, eux aussi victimes des trucages mais véritables vainqueurs des élections à la Douma.

L’émergence du mouvement civique et sa force dans les grandes villes mettent néanmoins le régime au pouvoir face à un nouveau défi. Impossible de rester passif, il se doit de réagir. La cote de popularité de Vladimir Poutine ne cesse de baisser et atteint actuellement 52%. C’est dire que ce qui paraissait impensable il y a quelques semaines seulement, soit la nécessité d’un second tour au mois de mars prochain, est devenu un scénario vraisemblable sinon probable. Ce serait un rude coup porté à l’orgueil du favori et à son autorité.

Pour y parer, Poutine doit rassurer ses concitoyens: il dispose d’un excellent bilan à cet effet. Mais il doit aussi les convaincre de sa capacité d’écoute. L’une des victimes possibles de cet aménagement pourrait bien être Dmitri Medvedev lui-même. Poutine a désormais besoin d’une figure nouvelle pour l’accompagner, et Dmitri Medvedev, qui a profondément déçu les réformateurs, est aujourd’hui discrédité. Russie unie, le parti du pouvoir, est lui aussi promis à un sombre avenir. Simple prolongement de l’administration au Parlement, sans programme ni idéologie véritable, pitoyablement vaincue aux législatives malgré le soutien des autorités, Russie unie est un jouet cassé, un boulet, dont Vladimir Poutine ne devrait pas s’embarrasser longtemps. Le candidat à la présidence préférera sans doute appeler au soutien d’un large front dépassant les partis.

Enfin, dans la campagne qui commence, Vladimir Poutine pourra toujours miser sur la peur viscérale de l’instabilité ancrée chez ses concitoyens. Au XXe siècle, la Russie est passée par trois révolutions (1905, 1917 et 1991) qui ont toutes laissé de profonds traumatismes dans la société. La dernière est dans toutes les mémoires et a laissé le pays sur le carreau. Ils ne sont pas nombreux ceux qui sont disposés à tenter une nouvelle aventure. Si Vladimir Poutine parvient à se présenter comme alternative au désordre d’un «Hiver russe», le choix de l’électorat ne fera guère de doute.

Eric Hoesli, journaliste

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