01/01/2012 11:25 | Lien permanent | Commentaires (0)

Pour 2012, mes meilleurs vœux de modestie

broulis.jpg«Le possible est une matrice formidable.» Au fameux «Soyez réaliste, exigez l’impossible», qui suggère avec son angélisme soixante-huitard que l’inaccessible devrait être tenu au creux de la main, cette formule de Victor Hugo oppose la mobilisation concrète des énergies. Elle rappelle que l’immense écrivain fut également un politicien fortement engagé. A l’heure des vœux, quand la page vierge d’une année neuve semble ouverte à toutes les chimères, elle dit aussi que le pragmatisme ne nuit pas, au contraire.

Si je choisis ces quelques mots pour ouvrir 2012, c’est qu’ils ont du souffle, sans pour autant brasser de l’air. Ils incitent à la modestie, à une certaine humilité dans l’action. Ils soulignent qu’on ne fait jamais que reprendre un flambeau que l’on passera à d’autres, mais que c’est en reconnaissant ces limites qu’on fédère, qu’on rassemble et qu’on obtient l’effort collectif lorsqu’il est nécessaire. Et qu’il y a de la grandeur à procéder ainsi.

2011 ne s’en est pas toujours souvenu. Bercés de rêves financiers qui les ont précipités dans des abîmes de dettes, des voisins européens ont été brutalement réveillés. La prise de conscience était à coup sûr nécessaire, mais ses conséquences se révèlent inutilement écrasantes. Draconiens, les remèdes annoncés reviennent à boucher l’avenir de toute une génération. Le «redressons-nous», que ces mesures devaient susciter dans les populations concernées, s’est mué en un «indignons-nous» désespéré et incantatoire. Un cri qui souligne qu’à trop vouloir faire on risque surtout de ne rien pouvoir faire.

Quand un problème a grandi durant des années, il faut modestement admettre que d’autres années seront nécessaires à le régler. Sortir du nucléaire – cet autre diable de 2011 – demandera des décennies, à moins d’accepter un rationnement énergétique dont on ne se figure pas les conséquences. Le souci du climat s’inscrit dans le même long terme. Si Kyoto n’a mené qu’à Durban, c’est que trop d’ambitions découragent les réalisations.

Aucun gouvernement n’a de baguette magique et celui du canton de Vaud n’échappe pas à la règle. Il n’y a que l’échelle qui change, celle du territoire, de la population et bien heureusement des défis à affronter, quand même moins énormes ici qu’en bien d’autres contrées. Ce qui mérite en passant une reconnaissante pensée pour nos devanciers qui nous ont transmis si bel héritage. A nous d’entretenir l’édifice, de le soigner, de l’améliorer pour ceux qui suivront. En gardant à l’esprit qu’il n’existe pas de poudre à faire lever les logements, de pâte à modeler les transports, ou de gaz à gonfler les avoirs des caisses de pensions. C’est mètre après mètre que les infrastructures se construisent et franc après franc que les retraites s’obtiennent.

Et c’est débat démocratique après débat démocratique que les décisions se prennent, dans le respect d’institutions qui donnent le pouvoir aux citoyens qui le prêtent à leur tour aux élus. J’aime cet équilibre. Je le tiens pour fondamental car c’est lui qui préserve les uns de tout attendre de l’Etat, et les autres de promettre n’importe quoi en son nom. Il faut le rappeler et s’en rappeler, l’Etat ne peut ni ne doit tout faire. Il est essentiellement le gardien de la cohésion sociale, et c’est déjà beaucoup, car c’est elle qui fait exister la formidable matrice saluée par Victor Hugo. Ce possible qui mérite – modestement et déjà pour 2012 – tous nos vœux.

Pascal Broulis, conseiller d'Etat vaudois

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