21/01/2012 23:50 | Lien permanent | Commentaires (0)

Empoignades viriles et pataquès chez Calvin!

anneB.jpgDes abris bus qui n’abritent qu’eux-mêmes, un conseiller d’Etat qui croit travailler dans un bar le soir du Nouvel-An, des transports publics qui demandent aux passagers de faciliter le transit de leurs véhicules en multipliant les transbordements improbables, des policiers qui ont le blues, des logements plus difficiles à trouver que du beurre en broche, des carrefours enlaidis aux allures de jeux de piste cryptés: la Cité du bout du lac boit la tasse. Pendant ce temps, l’Etat de Vaud parvient à sauver des centaines d’emplois, main dans la main avec les syndicats, les employés et les patrons de Novartis. Déterminé, imaginatif, solidaire: l’exécutif vaudois démontre sa capacité à défendre l’intérêt général.

Cette notion, s’est-elle perdue à Genève? Tout porte à le croire.  Depuis une décennie, les bisbilles politiciennes, lebabillage de parlementaires friands d’effets de manches, de petites phrases assassine sont remplacé le combat des idées.Dans les enceintes parlementaires, on a assisté à l’émergence de quelques figurants, de cabotins s’improvisant dans des mises en scène hasardeuses d’eux-mêmes.C’est ainsi que la réflexion collective s’est noyée aumilieudes joutesverbales,des empoignades viriles, des attaques personnalisées et fielleuses sans aucun intérêt pour la collectivité. En outre, sur leWeb, blogs et commentaires anonymes, désinformations en tous sens ont envenimé plutôt qu’enrichi les débats citoyens. Ces nouveaux espaces de libre expression n’ont pas tenu leurs promesses fauted’unemodérationavisée et subtile. A Genève, ces blogs ont ouvert les vannes àunflotde commentaires boueux à caractère xénophobe, homophobe et misogyne, achevant de dégrader la parole publique. Dans ce climat délétère, on a vu certains politiciens municipaux tentés de favoriser des fuites en direction d’une certaine presse locale complaisante pour discréditer le travail de leurs collègues. La dignité et l’éthique ont fait place à l’invective et au règlement de comptes. Cet effritement de l’autorité politique, cet effondrement de la pensée citoyenne a laissé place peu à peu à une administrationtoute-puissanteetprocédurière jusqu’à l’absurde. Une bureaucratie envahissante entrave aujourd’hui l’efficience de l’action publique dans certains secteurs importants. Sonné par l’ensemble de ces constats, leConseild’Etatveutaujourd’hui reprendre la main, en ressuscitant le travail d’équipe et en consacrant une séance hebdomadaire à des échanges de fond. L’avenir de Genève passe par cette restauration du politique. Genève pourrait alors faire parler d’elle pour ses qualités et peut être même triompher de la fatalité des «Genferei». Ce retour du politique devrait s’accompagner d’une révolution culturelle. Primo, soigner les castings. A craindre lespersonnalités originales, à confondre gestion et gouvernance, à prétendre que«tout se vaut», àne pas vouloir concevoir d’échelle entre le talent et la médiocrité, Genève a failli dans des nominations importantes du secteur public.Dans lemême esprit, la révolution culturelle c’est renouer d’urgence avec l’héritage de la Cité, car elle ne manque pas de belles et grandes valeurs: un idéal d’égalité, de justice sociale et d’esprit d’ouverture amarqué son histoire. La République et canton de Genève a souvent été plus offensive que le reste du pays dans les mesures de soutien aux plus démunis, à la promotion des femmes et à l’intégration des étrangers. Farouchement laïque, Genève assure la coexistence des différences, tenant à l’écart les conflits d’un autre âge. Sa tradition d’accueil en fait un carrefour passionnant sur le plan des échanges culturels: un atout à mettre davantage en exergue. Sa vie artistique foisonnante en témoigne. Sur ce thème, on aimerait que la réflexion s’appuie davantage sur la vitalité artistique et intellectuelle de la Région. Encore faut-il admettre que l’expression artistique soit autre chose qu’une offre utilitaire de divertissements. Genève retrouvera-t-elle le goût des aspirations généreuses et immatérielles? La recherche solidaire de l’intérêt général et d’une parole politique crédible passera par là.

 

ANNE BISANG Metteure en scène

 

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