12/02/2012 10:35 | Lien permanent | Commentaires (1)

Quels "anciens" contre quels "modernes"?

Vandenberghe.jpgComme Chantal Balet l’a justement souligné dans cette même chronique pas plus tard que la semaine dernière, la loi sur la réglementation du prix du livre, qui sera soumise au peuple le 11 mars prochain, est d’abord une loi sur la culture et ne doit pas être appréhendée sous le seul angle économique. Ces questions étant débattues ailleurs, nous n’y reviendrons pas ici, nous limitant à attirer l’attention sur le fait que cette Loi est soutenue par l’Alliance des consommateurs, qui regroupe les associations de consommateurs des trois régions linguistiques, et par conséquent la Fédération romande des consommateurs (FRC). De quoi rassurer l’opinion sur les baisses de prix que permettra la loi, contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs. Mais prenons plutôt le sujet sous un angle différent.


L’émission «Forum» du 1er février opposait sur la question de la loi, d’un côté Philippe Nantermod, vice-président des Jeunes libéraux-radicaux et autoproclamé opposant en chef à la loi, et de l’autre Bernard Comment, écrivain jurassien et éditeur aux Editions du Seuil, ardent défenseur d’une réglementation. Le sujet avait été intitulé «Prix du livre: un conflit entre les anciens et des modernes?» L’appellation de «modernes» étant naturellement censée s’appliquer à Philippe Nantermod le «technophile», les «anciens» étant ceux qui pensent que le livre n’est pas un «produit comme les autres» et mérite à ce titre un traitement particulier. Approche simple – pour ne pas dire vicieuse.


Et si c’était justement le contraire? Les «anciens», ne serait-ce pas plutôt les chantres du néolibéralisme qui n’ont pas su tirer les leçons de l’histoire récente? Qui restent aveuglés par une idéologie bien éloignée des fondements philosophiques du libéralisme, et font fi de toute considération autre que l’intérêt individuel? Qui placent le dieu du «marché», et sa soi-disant capacité à s’autoréguler au-dessus de tout? Et si être moderne, c’était intégrer la notion du bien commun fondée sur des critères économiques, sociaux et culturels? Et, en l’espèce, prendre en compte les deux aspects de l’objet livre, commercial et culturel, en se préoccupant tout autant de «bibliodiversité» que de facilité d’accès par un réseau de librairies digne de ce nom?


Pourtant, si le Parti libéral-radical (PLR) s’oppose à la loi, des voix discordantes se font entendre en son sein: «La seule loi du marché dans le domaine du livre, c’est la ruine de la diversité culturelle et la dictature du best-seller.» C’est Olivier Feller, conseiller national (radical) vaudois qui l’écrivait récemment dans 24 heures. Pierre Weiss, vice-président du PLR, est du même avis. Et la Fédération des entreprises romandes (FER, Genève) se démarque également d’EconomieSuisse en soutenant la loi. Tout comme les sections vaudoise et genevoise des Vert’libéraux, qui ont choisi de se prononcer en faveur de ce texte, contre l’avis de la direction de leur parti à Zurich.
Il ne s’agit donc pas d’un clivage politique ou économique, mais bien d’une conception différente des choix de société

qui s’offrent à nous. Et compter aujourd’hui des soutiens dans les rangs des milieux économiques et libéraux montre une évolution salutaire des mentalités, vers cette nouvelle modernité dans laquelle le bien commun sera central. Voter «oui» le 11 mars, c’est voter pour la diversité culturelle au nom de ce même bien commun.

Pascal Vandenberghe, directeur général de Payot Librairie

Commentaires

Pascal Vandenberghe, directeur d'une filiale de la multinationale Lagardère, Payot, jette la pierre à de soi-disant "néo-libéraux". Ou comment l'hôpital se fout de la charité.

Écrit par : Philippe Nantermod | 12/02/2012

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