19/02/2012 09:42 | Lien permanent | Commentaires (2)

Non à une école self-service

Chassot%20Isabelle.jpgIl n’est pas une semaine sans qu’un fait divers scolaire ne soit porté à la une des journaux. Ici, c’est une pétition contre un enseignant ou une dispute dans la cour de récréation, là un geste maladroit à l’égard d’un élève perturbateur… Ces épisodes peuvent donner l’impression que la presse traite régulièrement de l’école. Mais a-t-on vraiment parlé de l’école lorsqu’on transforme un fait divers en épisodes médiatiques?

Disons-le sans détour: l’école mérite mieux que cette réduction à un alignement d’épisodes, personnalisés à l’extrême. Sans vouloir sous-estimer la portée de certains actes, il est nécessaire d’analyser de plus près ces faits qualifiés de divers, mais qui renvoient à une réalité plus fondamentale, celle d’une institution scolaire prise entre le marteau des exigences parentales et l’enclume de la société.

Il convient d’abord de ne pas se tromper de diagnostic. On demande aujourd’hui à l’école de résoudre, par des moyens pédagogiques, des problèmes de civilisation. Constater que l’école est le reflet de cette société, c’est juste mais insuffisant.

Oui, l’école connaît un problème d’autorité. Si la disparition de l’autoritarisme – issu du système scolaire ancien – n’est pas regrettée, il faut constater qu’il n’a pas été remplacé. Des philosophes comme Marcel Gauchet le reconnaissent: l’autorité est le fondement même de la transmission éducative. Certes l’enseignant n’est plus le seul porteur du savoir, lequel s’est démocratisé et élargi. Reste que l’enseignant doit pouvoir appuyer son action pédagogique sur la confiance qui lui est faite et sur le mandat que lui confère la société. Or, à l’évidence, ce pacte est aujourd’hui contesté. Trop souvent, malgré les efforts de l’institution, l’enseignant n’a plus le sentiment d’être porté par la collectivité. Et notamment par un certain nombre de parents.

Autre phénomène inquiétant. L’école était jusqu’à ces dernières décennies une institution. Elle est devenue un service. Elle est trop souvent considérée comme un marché où chacun vient puiser le meilleur pour son enfant. Il s’agit de trouver le rapport qualité-prix le plus adéquat, les yeux rivés sur l’efficacité immédiate des savoirs acquis. Voulons-nous vraiment entrer dans l’ère du productivisme scolaire, où les échanges sont construits sur des calculs d’intérêts à court terme?


On refuse une mauvaise note? On estime une sanction injustifiée? On conteste une punition? Auparavant, ces problèmes étaient réglés dans les classes ou, parfois, dans le bureau de la direction. Aujourd’hui pleuvent les recours et les plaintes pénales. Au moindre litige, on fait appel à un avocat. Cette «juridisation» du monde scolaire est le reflet de ce self-service que tend à devenir pour certains l’école, la conséquence du doute qui entoure l’autorité et les méthodes du corps enseignant. Un doute qui est vécu de manière douloureuse.
L’école est un domaine qui engage l’avenir même de notre société. Elle ne doit pas être traitée de manière superficielle, au gré de l’actualité. Elle ne doit pas non plus être prise en otage par des intérêts électoraux, comme on le constate dans la campagne présidentielle française ou, chez nous, lors du débat sur le concordat Harmos. Non, l’école ne pourra recouvrer sa nécessaire sérénité sans associer l’ensemble de ses partenaires. Il s’agit en effet d’une responsabilité collective, qui concerne également chaque citoyen. Voilà une question de société qui réclame un vrai débat démocratique.

ISABELLE CHASSOT

directrice de l’Instruction publique, de la culture
et du sport.

Commentaires

Merci Madame Chassot!
En tant qu'enseignante, vos paroles et vos écrits m'ont procuré beaucoup de réconfort.
Je suis fière et satisfaite d'avoir à la tête de mon canton une directrice si compréhensive et clairvoyante.

Écrit par : Chantal Savary | 20/02/2012

Madame Chassot, quel plaisir de vous lire! Je suis enseignante depuis 3 ans et votre article m'a aidée à me sentir comprise et soutenue.
Je vous remercie pour votre travail et votre intelligente analyse de la situation actuelle.

Écrit par : Sabine Hough | 20/02/2012

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