04/03/2012 09:46 | Lien permanent | Commentaires (1)

Six semaines de vacances pour tous: une contribution chiffrée au débat

DESSEMONTET_1.jpgA quelques jours du vote, le débat sur l’initiative «Six semaines de vacances pour tous» prend forcément un tour passionnel. Une initiative qui promet une fois et demie plus de vacances à tous donne l’impression de raser gratis: 50% de vacances supplémentaires, cela semble impliquer une très forte réduction de la durée du travail. Mais qu’en est-il réellement?
Aujourd’hui, un travailleur au bénéfice de quatre semaines de vacances et d’une dizaine de jours fériés annuels travaille donc 46 semaines (et un jour). Si l’initiative est acceptée, sa durée de travail passera à 44 semaines (et un jour), soit 95,7% de la durée de travail actuelle. Si l’on renverse maintenant la perspective, à salaire égal, ce changement induirait un renchérissement des coûts du travail de 4,5%, en termes réels – et dans ce cas-là les termes sont forcément réels: l’inflation n’y fera rien. Si elle passe la rampe, la mesure ne sera pas introduite d’un seul coup, mais en six ans. Une augmentation des coûts du travail de 4,5% étalés sur six ans revient à une augmentation annuelle de 0,75%. En d’autres termes, l’acceptation de l’initiative «Six semaines pour tous» entraînerait une hausse annuelle des coûts du travail de 0,75%, pendant six ans.
Ce chiffre de 0,75% annuel n’est certes pas négligeable, mais il est tout de même beaucoup moins impressionnant que celui de 50% de vacances en plus – pour un peu on le trouverait presque supportable. Mais encore? On gagne toujours à se rendre sur le site internet de l’Office fédéral de la statistique. Ce portail regorge d’informations, et on y a la possibilité de trouver une multitude de données d’un grand intérêt.
Ainsi, on y découvre qu’en 2011, la durée moyenne effective des vacances en Suisse était de cinq semaines juste, et non de quatre – l’effort demandé à l’économie est moitié moins important que le passage de la durée légale de quatre à six semaines le laisse supposer. Le renchérissement total des coûts du travail est par conséquent de 2,3% (au lieu de 4,5%), soit 0,37% par an durant six ans. En outre, en quinze ans et en l’absence de norme légale, la durée moyenne des vacances a augmenté de deux jours. Si la tendance «naturelle» se poursuivait, sur les six prochaines années la durée des vacances se sera encore allongée d’un jour: l’effort réel demandé à l’économie n’est donc pas de deux semaines comme prétendu, mais de quatre jours – ce qui représente un coût supplémentaire de 0,3% par an pendant six ans.
Ce chiffre est à comparer à d’autres. En 2010, la hausse nominale des salaires s’est élevée à 0,8%; dans les secteurs conventionnés, elle s’est même élevée à 1,6% en 2011. Pour sa part, depuis quinze ans l’augmentation des salaires réels se monte à 0,4% par année. Comme quoi la charge réelle que l’économie devrait supporter en cas d’acceptation de l’initiative est facilement contenue dans les marges de négociation et d’augmentation habituelles.
Le dernier chiffre est d’ailleurs à comparer à celui de la productivité horaire du travail. Cette dernière a augmenté de 22% depuis 1991. Cette progression de la productivité équivaut à un accroissement annuel d’exactement 1% depuis vingt ans – deux fois et demie plus vite que l’augmentation des salaires réels, et trois fois plus que la charge réelle qui sera portée par l’économie en cas d’acceptation de l’initiative – de quoi remettre l’ensemble de l’exercice dans une juste perspective.

Pierre Dessemontet, fondateur de MicroGis

Commentaires

Je salue l'initiative suisse visant à porter à 6 semaines les vacances légalement obligatoires: un raisonnement économique rudimentaire suffit à montrer que l'augmentation du coût du travail engagé s'élève à +0,75% annuel et sera, selon toute vraisemblance, globalement compensé par l'augmentation de la productivité de +1% annuelle déjà observée en Suisse depuis 1991. Mais je salue aussi ceux qui s'en tapent et qui ne voteront pas et qui chient, parfois, sur les institutions: ceux qui n'ont jamais de "vacances", les "working poors", les exclus, les marginaux, les sans-voix et les fous, parce qu'ils ne vivent pas ou plus dans un monde où il y ait quelque chose dont on puisse espérer trouver vacance--parce que la précarité, l'aliénation, le rejet, la souffrance physique et, toujours plus, psychique, enchaîne au présent (et souvent au passé) sans projection, sans ailleurs et sans "repos", bref qui ne font pas partie du "tous" pour qui il y aura bientôt 6 semaines de vacances.

Écrit par : Flashheart | 05/03/2012

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