18/03/2012 09:29 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cercle, matin, dimanche

Marignan, 2012!

cercle.jpgAdmirable république des beaux esprits, à l’exquise urbanité, qui, après un vote-sanction où la suffisance le disputa au mépris, tiennent aux vaincus un langage doucereux. Leur dessinant des fleurs et des moutons dans une nature enfin libérée de l’emprise des crétins des Alpes.

En vérité, personne n’envisageait le succès de l’initiative Franz Weber, malgré le vent mauvais qui soufflait sur le riche Plateau bétonné. Il y avait ce formidable barrage de la double majorité. La victoire du oui a surpris. Partisans et opposants; Conseil fédéral et Parlement, dédaigneux d’un utile contre-projet; organisations économiques, à l’engagement mesuré; Vert’libéraux, à l’étrange désinvolture dans la conduite du combat.

On maudira le souverain, mais il faut s’incliner. Or la mise en œuvre de la volonté populaire sera ardue. La réalité rattrapera l’idéologie, et il en ira de l’existence concrète de milliers d’individus et de familles. L’application de la règle des 20% provoquera récession et chômage. Certes, on évoque déjà les superbes opportunités de travail liées à l’économie verte. Fort bien! Avec quel argent et quels ouvriers? Comme si le secteur de la construction, par un tour de magie, allait se muer en une branche de la «cleantech». Mais vous oubliez les cantons et les communes, qui prodigueront leurs conseils et soutiendront l’innovation! Vous oubliez Berne, généreuse Helvetia, qui desserrera les cordons de sa bourse!

Consolation des affligés, surtout après un scrutin qui a touché au cœur le fédéralisme, les six millions d’habitants du Plateau imposant leur diktat aux deux millions de l’arc alpin. Qui vit les Romands lâcher non tant les Uranais, les Grisons et les Tessinois, que les Valaisans, leurs frères en culture. Et ceux-là, qui, dans le passé, s’étaient souvent montrés complices et fidèles, Fribourg et Jura, ils ne vinrent pas au rendez-vous. Mais Fribourg est-elle encore dans Fribourg, elle qui porta, le jour même, à la Chambre des cantons, le président d’un parti qui se propose d’en contenir l’influence? Et Lausanne, et Genève, et Neuchâtel, où les élites du Vieux-Pays se forment et s’ouvrent au monde?

Désormais le fédéralisme apparaît comme une valeur dépréciée, un vestige. Parce qu’il a masqué parfois des égoïsmes et des replis identitaires, doit-on pour autant le jeter aux poubelles de notre histoire? Et lui préférer une démocratie de masse, sans contrepoids? Par sa dureté, l’initiative de Franz Weber posait aussi la subtile question de nos institutions. On le savait, mais l’occasion était trop forte de donner une leçon à ces peuplades qui n’en faisaient qu’à leur guise et semblaient déroger souvent à la loi commune. De proclamer que les Alpes ne sont que paysages paisibles, le patrimoine de tous les Suisses, à préserver des activités indigènes et des nababs étrangers!

Alors, on mobilisa préjugés et mythes. On se focalisa sur Veysonnaz et Verbier. On ignora les Grisons, Uri, le Tessin, l’Oberland et le Pays-d’Enhaut. On invoqua les mânes du poète qui fustigea naguère les «maquereaux des cimes blanches». On arrêta le temps, on minimisa les réformes menées. On maquilla tous les entrepreneurs, architectes et politiciens en fils de «Maffius, père de la Maffia». Violence de l’écologisme! Et c’est ainsi que le prophète du conservatisme, Franz Weber, triompha des grossiers montagnards qui croyaient en la solidarité confédérale. Marignan démocratique que ce 11 mars 2012, où le destin bascula. Mais, après la retraite dans l’honneur, reste l’intelligence de la vie, qui transformera la défaite en victoire, et l’affront en estime!


Philippe Bender-Courthion, Historien

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