25/03/2012 10:28 | Lien permanent | Commentaires (0)

Conservons l’avortement dans l’assurance de base

Seydoux-Christe%20.jpgLe 8 mars 2012, Journée internationale de la femme, n’a pas marqué les esprits. On a bien entendu disserté sur la difficulté de concilier vie familiale et vie professionnelle, sur les inégalités salariales entre femmes et hommes, sur les violences faites aux femmes et sur le manque de femmes dans la vie politique en général. Le tout avec un certain fatalisme, comme si on devait s’y habituer, alors que le principe de l’égalité figure dans la Constitution fédérale depuis 1981!
On a par contre très peu abordé la volonté de s’attaquer aux droits des femmes par le biais d’une initiative populaire lancée contre le financement de l’avortement par l’assurance de base, sous prétexte de réduire les coûts de la santé et le nombre d’avortements dans notre pays. La Marche mondiale des femmes et une quarantaine d’associations ont profité de ce jour symbolique pour adresser une lettre ouverte au Conseil fédéral et aux parlementaires fédéraux, pour que ceux-ci refusent cette initiative populaire, sans lui opposer de contre-projet.
La démarche du comité d’initiative s’inscrit dans un contexte plus global, notamment aux Etats-Unis et en France, où des mouvements conservateurs se fondent sur les valeurs familiales pour tenter de restreindre les droits des femmes en matière de contraception et d’avortement. Aux Etats-Unis, où plus de la moitié des femmes en âge de procréer vit dans des Etats où l’accès à l’avortement est limité, les ultraconservateurs s’en prennent aussi bien à la contraception, considérée comme immorale, qu’à l’avortement. En France, la candidate du Front national à l’élection présidentielle propose le déremboursement de l’avortement «de confort», suscitant une forte polémique.
La Suisse fait partie des pays d’Europe occidentale ayant le plus bas taux d’avortements et le nombre d’interruptions volontaires de grossesses y a diminué depuis que la solution des délais a été adoptée.
Des études démontrent d’ailleurs que les pays où les législations relatives à l’avortement sont plus libérales présentent des taux plus bas que ceux qui ont adopté des législations restrictives. D’autre part, une majorité des femmes qui recourent à un avortement ont subi un échec de la contraception. Or, selon la Société suisse de gynécologie et d’obstétrique (SSGO), une grossesse non désirée entraîne une mise en danger de la santé de la femme concernée et est comparable dans ses effets à des atteintes à la santé telles qu’une dépression, un accident ou une maladie métabolique, dont le traitement est pris en charge par l’assurance de base (prise de position de la SSGO, 1.2.2010). La SSGO relève aussi que les femmes défavorisées sur le plan socio-économique (migrantes, célibataires, avec des problèmes de couple et des difficultés sociales) sont particulièrement touchées par des grossesses non désirées. Ces populations, qui n’ont souvent pas accès à la contraception et ne sont pas en mesure de financer elles-mêmes un avortement, présentent le plus de risques de mettre leur santé, voire leur vie, en danger par le recours à un avortement non médicalisé.

On peut être fondamentalement opposé à l’avortement pour des raisons morales ou religieuses parfaitement respectables. Mais chaque femme doit être en mesure de choisir librement d’assumer ou non une grossesse, quelle que soit sa situation financière, car elle est en droit de bénéficier d’une prise en charge médicale de haute qualité. Pour cela, il faut conserver l’avortement dans l’assurance de base.

ANNE SEYDOUX-CHRISTE
Conseillère aux Etats (PDC/JU)

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