07/04/2012 23:55 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cercle, matin, dimanche

Voyage au bout de la nuit

MOLLA_1.jpgIl y a quelques jours plusieurs drames se sont succédé, comme pour mieux rappeler que la mort peut frapper où et quand elle veut. Accident effroyable dans un tunnel non loin de Sierre, tueries en France voisine et, plus loin encore, dramatique tentative d’un dirigeant pour réduire au silence son peuple… Bien au-delà des causes et des analyses politiques, des hommes, des femmes, des enfants pleurent l’un des leurs. Désormais, des places demeurent vides autour de bien des tables, des cris de gosses manquent, des jours s’écoulent sans avenir.

Or, ce n’est pas en sautant à pieds joints par-dessus la réalité de la mort que les chrétiens annonceront joyeusement la résurrection de Jésus ou celle des humains. Est-ce en effet si simple? N’est-ce pas aller bien vite en besogne et faire fort peu de cas de ces parents qui ne reverront plus leur enfant, de ces femmes qui n’embrasseront plus leurs conjoints, de ces élèves qui ne joueront plus avec leurs copains, de cette mère dont le fils a commis le pire? N’est-ce pas une étrange manière d’inciter les témoins, les secouristes, les soignants, qui ont des images gravées dans leur mémoire à accélérer l’oubli?

Annoncer la résurrection sans passer par Vendredi-Saint comporte un risque, celui d’effacer la mort, mais aussi celui d’effacer l’existence, la mémoire, le tissu des vies aimées, tout ce qui pour l’humanité de nos vies comme pour la foi chrétienne est d’une importance capitale. Car un certain vendredi, un jour dont les chrétiens se souviennent tout particulièrement, un condamné, qui exprimait à leurs yeux le visage de Dieu, a été exécuté. Du coup, tenir ensemble Vendredi-Saint et Pâques, c’est prendre en compte ce qui meurt, c’est refuser d’effacer l’horreur, de la banaliser, de faire comme si l’on avait réponse à tout. Aujourd’hui comme hier, les pourquoi qui résonnent sont assourdissants. Pourquoi si jeunes? Pourquoi ce jour-là? Pourquoi tant de souffrances et de mal subis? Pourquoi…? Et ce ne sont pas les réponses – pour autant qu’il y en ait – qui s’avéreront utiles ou offriront un réel soutien. Non, devant ces questions abyssales, il est et serait indécent de formuler un discours. Parfois seuls un accompagnement, un geste et, plus encore, une présence peuvent être parlants. Et s’ils sonnent juste, c’est qu’ils traduisent une compassion, un «souffrir avec» qui ne se paie pas de mots. Suite à un matin de Pâques, les proches de ce Jésus hier, des millions d’hommes et de femmes aujourd’hui liront tout autrement leur propre parcours et leurs engagements. Que s’est-il passé? Là encore les récits seront lacunaires. Aucune preuve ne sera à chercher du côté d’un tombeau vide, mais plutôt du côté d’un plein de vie qui désormais habitera ces hommes et femmes. Envers et contre tout. Comme si un mouvement s’était inversé, de la mort vers la vie.

Alors, si, aujourd’hui, on fête traditionnellement Pâques, ce ne peut se faire sans le rappel essentiel du Vendredi qui précède. Pour parler résurrection, le défi n’est pas d’en amasser des indices pour enfin convaincre tout un chacun. Inutile également, et égarant, de banaliser la mort pour tenir un discours qui n’a que l’épaisseur de la buée. Tout endeuillé doit être rejoint au cœur de ce qu’il traverse ou plutôt de ce qui le traverse. Pourquoi? Parce que c’est là, dans ce lieu où les mots semblent se dissoudre, où les explications n’ont plus cours, que s’offre un voyage au bout de la nuit, une confiance risquée.

Serge Molla, pasteur

Commentaires

J'ai particulièrement aimé lire, entre autres: "Annoncer la résurrection sans passer par Vendredi-Saint, comporte un risque, celui d'effacer la mort, mais aussi celui d'effacer l'existence, la mémoire, le tissu des vies aimées, tout ce qui , pour l'humanité de nos vies, comme pour la foi chrétienne, est d'une importance capitale."
Alors, merci pour ce beau texte" Voyage au bout de la nuit".

Écrit par : R.Tschantz | 13/04/2012

L'extrait donne à réfléchir sur la mort et la résurrection. Effectivement, pourquoi Jésus réapparaît après sa mort et pourquoi pas nos amis, proches et personnes qui sont chères. Tant de mystère. Ce qui est sûr c'est qu'il ne faut pas oublier le vendredi saint avant de fêter la résurrection du fils de Dieu.

Écrit par : bret45 | 13/04/2012

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