29/04/2012 11:54 | Lien permanent | Commentaires (2)

Le suicide, comme un ultime recours?

LEYVRAT_1.jpgJ’observe une tendance, toujours plus marquée de malades qui se jugent perdus et qui recourent au suicide assisté. Que faut-il penser d’une société dans laquelle des gens sont à ce point désespérés, à ce point convaincus qu’aucune autre solution ne peut être trouvée qu’ils pensent soit au suicide, soit à ces organisations qui ont fait profession de l’organiser?
Le nombre de ces malades qui optent pour cette voie m’interpelle comme soignant. Lorsque l’on est en bonne santé, il est difficile de se représenter la profondeur du désespoir que peut signifier pour le patient le choix d’une telle issue. De même, cette option peut être extrêmement mal vécue par les soignants. Pour certains d’entre eux, aider une personne à se suicider équivalent à renier les raisons même qui les ont amenés à choisir cette profession. Pour eux, c’est un sentiment d’échec. Dans un certain sens, c’est vrai. Ne faut-il pas dès lors se poser la question: n’était-il pas possible d’éviter d’en arriver là? N’y avait-il pas un moyen, avant la crise, de la prévenir?
C’est l’esprit précisément dans lequel notre service des soins palliatifs travaille. Agir en amont, accompagner ces patients fragilisés très tôt dans le cours de leur maladie, parfois même dès le diagnostic. Ne pas les laisser seuls sombrer dans un désespoir qu’ils ne pourront surmonter que par l’appel à la mort. La perspective de cette fin prochaine et inévitable ne doit en aucun cas faire oublier que les derniers jours sont des jours en vie, des jours de vie.
Ce n’est qu’une fois toutes ces voies explorées que l’aide au suicide peut être envisagée. C’est cette vision de la prise en charge qui explique qu’au CHUV, le nombre de suicides assistés reste très faible alors même qu’EXIT y est toléré depuis quelques années déjà.
On le voit bien, comme l’écrivait la semaine dernière très justement Suzette Sandoz dans ce même Cercle du «Matin Dimanche», le législateur ne devrait pas «réglementer la mort». Une telle décision n’a pas sa place ordinairement classée parmi d’autres alinéas de la loi. Elle doit avoir pour cadre la relation intime du soignant et du soigné. Un tel thème ne souffre aucune généralisation, aucune standardisation. Il s’envisage au cas par cas, selon l’histoire individuelle de chacun.
Or l’initiative populaire «Assistance au suicide en EMS» nous oblige très exactement à la démarche inverse: elle rigidifie ces liens si sensibles qui unissent les patients et leurs équipes soignantes. Elle distribue les rôles comme s’ils pouvaient être toujours interprétés de la même manière.
Le projet des initiants n’était simplement pas recevable. Le contre-projet constitue un compromis acceptable. Il apporte de la nuance, il assure que des alternatives au suicide seront proposées et que des mesures de protection accompagneront la liberté de choix du patient. En ce sens, il sauve ce que nous avons de plus précieux.

Pierre-François Leyvraz, directeur général du CHUV

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L’initiative d’Exit ne demande pas la Lune


L’initiative d’Exit n’est pas « inacceptable », elle ne demande pas de « réglementer la mort », elle souhaite simplement que les résidents d’EMS puissent agir comme s’ils vivaient encore chez eux.

Demander l’assistance au suicide, ce n’est pas un geste de désespoir, c’est une décision que certains envisagent lorsqu’il n’y a plus d’espoir. Ils veulent partir avant l’heure parce que ce qu’ils ont encore à vivre n’est de leur point de vue, plus vraiment la vie.

Exit ne demande que l’égalité de traitement : ce qui est possible à domicile doit le rester en EMS.

Le contre-projet met les résidents d’EMS sous la tutelle du médecin de l’institution.
Pourquoi? Pourquoi diable le gouvernement propose-t-il une réduction des droits des plus âgés ? Part-il du principe qu’un pensionnaire d’EMS n’a plus toute sa tête, que sa capacité de discernement est sujette à cation et qu’il ne peut donc plus décider librement ?

Las, les députés vaudois ont majoritairement accepté ce texte.
J’aimerais savoir combien d’entre eux ont réalisé que ce projet si raisonnable limitait les droits des pensionnaires d’EMS? Et si certains s’en sont aperçus, j’aimerais qu’ils m’expliquent pourquoi ils estiment «raisonnable» de mettre ainsi leurs aînés sous tutelle.

Vaudois, rassurez-moi et dites NON à ce contre-projet. Personne ne veut ni ne demande que l’on « réglemente la mort ». Il n’est pas juste ni raisonnable de limiter les droits de vos aînés vivant en EMS. Laissez-les donc s’exprimer, choisir et agir comme s’ils étaient encore à la maison, dites OUI à l’initiative.

Écrit par : daphfleur | 29/04/2012

L’initiative d’Exit ne demande pas la Lune


L’initiative d’Exit n’est pas « inacceptable », elle ne demande pas de « réglementer la mort », elle souhaite simplement que les résidents d’EMS puissent agir comme s’ils vivaient encore chez eux.

Demander l’assistance au suicide, ce n’est pas un geste de désespoir, c’est une décision que certains envisagent lorsqu’il n’y a plus d’espoir. Ils veulent partir avant l’heure parce que ce qu’ils ont encore à vivre n’est plus vraiment une vie.

Exit ne demande que l’égalité de traitement : ce qui est possible à domicile doit le rester en EMS.

Le contre-projet met les résidents d’EMS sous la tutelle du médecin de l’institution.
Pourquoi? Pourquoi diable le gouvernement propose-t-il une réduction des droits des plus âgés ? Part-il du principe qu’un pensionnaire d’EMS n’a plus toute sa tête, que sa capacité de discernement est sujette à cation et qu’il ne peut donc plus décider librement ?

Las, les députés vaudois ont majoritairement accepté ce texte.
J’aimerais savoir combien d’entre eux ont réalisé que ce projet si raisonnable limitait les droits des pensionnaires d’EMS? Et si certains s’en sont aperçus, j’aimerais qu’ils m’expliquent pourquoi ils estiment «raisonnable» de mettre ainsi leurs aînés sous tutelle.

Vaudois, rassurez-moi et dites NON à ce contre-projet. Personne ne veut ni ne demande que l’on « réglemente la mort ». Il n’est pas juste ni raisonnable de limiter les droits de vos aînés vivant en EMS. Laissez-les donc s’exprimer, choisir et agir comme s’ils étaient encore à la maison, dites OUI à l’initiative.

Écrit par : daphfleur | 29/04/2012

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