20/05/2012 11:26 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le «Titanic» ou la croissance?

Grande question: faut-il être catastrophiste, réaliste ou optimiste quant à notre avenir?

FAVRE-84.jpgBien sûr, nul ne peut prétendre détenir la clef du futur. Je dirais: nous sommes sans doute à la fin d’un monde et non pas du monde.
Mais un désastre est possible. Par exemple en cas d’attaque israélienne contre l’Iran. La toute nouvelle coalition du gouvernement de Benyamin Netanyahou renforce la probabilité d’un chaos mondial avec, entre autres, une explosion des prix du pétrole.
Quant au sujet de la reprise économique, il me rappelle l’essai que j’ai publié en 1979, intitulé «Demain la décroissance». C’était l’époque de la remise en question du Club de Rome, qui fut suivi par les fameuses Trente Glorieuses!

Et maintenant que la crise amène en Europe du Sud, cette fameuse décroissance souhaitée hier par les utopistes, cela effraie tous les partis!
Deux camps s’affrontent: ceux qui croient à la relance par l’emprunt et les grands travaux (keynésiens) et ceux qui prônent la rigueur. Quel que soit le type d’emprunt, Eurobonds, etc., cela ne peut qu’augmenter les dettes actuelles, déjà colossales, dépassant tout ce qu’on a pu imaginer jusqu’ici. Et de nouvelles dettes, ce serait de la fuite en avant. Faire payer les générations futures. Ou encore faire fondre, par une énorme inflation, les réserves des épargnants. Ajoutons qu’il y a des relances possibles et d’autres exclues. Peut-on relancer la construction en Espagne, nourrie de stocks immobiliers pour des décennies? Est-ce pensable de raviver le tourisme et les investisseurs dans les pays du printemps arabe devenus et instables et virant au vert islamiste?

Est-ce vraiment créateur de croissance de poser de nouvelles couches de bitume qui ne sont pas indispensables? Evidemment pas. Il faut certes investir dans l’éducation comme le préconise François Hollande. Mais imaginer en recueillir les fruits rapidement est une illusion totale.
Les Etats-Unis sont à la fois en guerre économique contre la Suisse et l’Europe. Ils conseillent maintenant au Vieux-Continent de faire marcher la planche à billets. Or cette fâcheuse pratique n’a pas le même effet ici que chez eux. Leur position de Maîtres du monde (même provisoire) leur permet de faire, économiquement, n’importe quoi. Ce qui n’est pas du tout à la portée des autres monnaies.
En bref, la croissance a pu pendant longtemps être alimentée par le crédit. Mais croire que le levier est sans fin, c’est un fantasme. La relance ne se décrète pas, sauf si elle est financée par des gisements de pétrole et de gaz que nous n’avons guère en Europe. Elle ne peut provenir que d’une manière assez basique. On ne peut pas imaginer que les individus, les familles, les entreprises ne peuvent en aucun cas s’endetter sans fin et que les Etats, eux, s’autorisent toutes les extravagances financières.

Le succès des pays nordiques est, pour rappel, facile à expliquer. Une dette faible ou au moins financée par les habitants, comme au Japon. Et non pas par les prêteurs internationaux, versatiles et spéculateurs. Des citoyens qui paient leurs impôts (mais qui ne doivent pas être confiscatoires). Des entreprises systématiquement orientées sur l’innovation. Des travailleurs qui ne sont pas contraints d’œuvrer la moitié moins d’heures que les Chinois.

Une certitude: l’Europe ne va pas couler tel un «Titanic». Mais un véritable avis de tempête se pointe à l’horizon. Souhaitons que les politiques n’aggravent pas la situation par des rêves de croissance irréalistes, financés par des dettes accrues

Pierre-Marcel Favre
Editeur

 

 

 

Les commentaires sont fermés.