20/05/2012

Le «Titanic» ou la croissance?

Grande question: faut-il être catastrophiste, réaliste ou optimiste quant à notre avenir?

FAVRE-84.jpgBien sûr, nul ne peut prétendre détenir la clef du futur. Je dirais: nous sommes sans doute à la fin d’un monde et non pas du monde.
Mais un désastre est possible. Par exemple en cas d’attaque israélienne contre l’Iran. La toute nouvelle coalition du gouvernement de Benyamin Netanyahou renforce la probabilité d’un chaos mondial avec, entre autres, une explosion des prix du pétrole.
Quant au sujet de la reprise économique, il me rappelle l’essai que j’ai publié en 1979, intitulé «Demain la décroissance». C’était l’époque de la remise en question du Club de Rome, qui fut suivi par les fameuses Trente Glorieuses!

Et maintenant que la crise amène en Europe du Sud, cette fameuse décroissance souhaitée hier par les utopistes, cela effraie tous les partis!
Deux camps s’affrontent: ceux qui croient à la relance par l’emprunt et les grands travaux (keynésiens) et ceux qui prônent la rigueur. Quel que soit le type d’emprunt, Eurobonds, etc., cela ne peut qu’augmenter les dettes actuelles, déjà colossales, dépassant tout ce qu’on a pu imaginer jusqu’ici. Et de nouvelles dettes, ce serait de la fuite en avant. Faire payer les générations futures. Ou encore faire fondre, par une énorme inflation, les réserves des épargnants. Ajoutons qu’il y a des relances possibles et d’autres exclues. Peut-on relancer la construction en Espagne, nourrie de stocks immobiliers pour des décennies? Est-ce pensable de raviver le tourisme et les investisseurs dans les pays du printemps arabe devenus et instables et virant au vert islamiste?

Est-ce vraiment créateur de croissance de poser de nouvelles couches de bitume qui ne sont pas indispensables? Evidemment pas. Il faut certes investir dans l’éducation comme le préconise François Hollande. Mais imaginer en recueillir les fruits rapidement est une illusion totale.
Les Etats-Unis sont à la fois en guerre économique contre la Suisse et l’Europe. Ils conseillent maintenant au Vieux-Continent de faire marcher la planche à billets. Or cette fâcheuse pratique n’a pas le même effet ici que chez eux. Leur position de Maîtres du monde (même provisoire) leur permet de faire, économiquement, n’importe quoi. Ce qui n’est pas du tout à la portée des autres monnaies.
En bref, la croissance a pu pendant longtemps être alimentée par le crédit. Mais croire que le levier est sans fin, c’est un fantasme. La relance ne se décrète pas, sauf si elle est financée par des gisements de pétrole et de gaz que nous n’avons guère en Europe. Elle ne peut provenir que d’une manière assez basique. On ne peut pas imaginer que les individus, les familles, les entreprises ne peuvent en aucun cas s’endetter sans fin et que les Etats, eux, s’autorisent toutes les extravagances financières.

Le succès des pays nordiques est, pour rappel, facile à expliquer. Une dette faible ou au moins financée par les habitants, comme au Japon. Et non pas par les prêteurs internationaux, versatiles et spéculateurs. Des citoyens qui paient leurs impôts (mais qui ne doivent pas être confiscatoires). Des entreprises systématiquement orientées sur l’innovation. Des travailleurs qui ne sont pas contraints d’œuvrer la moitié moins d’heures que les Chinois.

Une certitude: l’Europe ne va pas couler tel un «Titanic». Mais un véritable avis de tempête se pointe à l’horizon. Souhaitons que les politiques n’aggravent pas la situation par des rêves de croissance irréalistes, financés par des dettes accrues

Pierre-Marcel Favre
Editeur

 

 

 

13/05/2012

Les vins vaudois: mobilisation générale!

cercle.jpgMardi 8 mai dernier, dans la salle du Grand Conseil, une très nombreuse assistance représentant les milieux politiques et économiques du canton assistait à la présentation du millésime fondateur des Premiers Grands Crus vaudois. Onze vins d’exception ont ainsi été distingués, qui répondent à un cahier des charges plus exigeant que n’importe quelle autre appellation similaire dans le monde. En effet, ce classement est remis chaque année en question, alors qu’en France par exemple, il est acquis pour des décennies, ou plus d’un siècle si l’on se réfère à celui des vins de Bordeaux de 1855.

La démarche vise bien sûr à promouvoir la qualité en incitant les vignerons à se surpasser et à exprimer la quintessence de leurs terroirs en suivant des règles rigoureuses de production intégrée, de récolte manuelle, de densité minimale de plantation et de rendements limités. Au prix d’importants sacrifices et après une sélection draconienne incluant entre autres l’ancrage des domaines dans le temps, on parvient ainsi à hisser au sommet de la hiérarchie une catégorie de vins emblématiques, véritable Légion d’honneur des vins vaudois et ambassadeurs privilégiés de notre viticulture au-delà de nos frontières cantonales et même nationales.

En ouvrant cette nouvelle vitrine, on met non seulement en valeur les produits, mais on récompense également les hommes et les femmes qui leur consacrent toute leur énergie et tout leur savoir. Des artisans obstinés, talentueux, voire inspirés qui travaillent la vigne, en élaborent le produit dans leurs caves et élèvent patiemment leurs vins au fil des mois et des années, dans un souci constant de perfection. Des créateurs qui contribuent au rayonnement du Pays de Vaud en participant de manière déterminante et concrète à l’entretien et à l’âme d’un paysage somptueux.

Si la création d’un club très exclusif et presque confidentiel qui ne regroupe que 0,5% de la production peut sembler élitiste et anecdotique, elle n’est que la partie la plus visible d’une vaste et nécessaire opération de lifting de l’image des vins vaudois, qui ont trop longtemps dormi sur un oreiller de paresse sans se préoccuper de l’évolution ni des marchés ni des goûts du consommateur. Or rien n’est acquis, les clients ne sont pas captifs et les stocks s’accumulent dans les caves. Dès lors tous les acteurs de la scène viti-vinicole doivent fournir un effort considérable d’imagination et de renouvellement.

La recherche de l’excellence est certes essentielle et les Premiers Grands Crus en sont le témoignage éloquent. Mais rien ne se fera sans consacrer au moins autant d’ingéniosité et de détermination au service de la promotion. A l’interne, d’abord, où il est presque inconvenant de voir des élus fêter leur succès avec du vin d’ailleurs. Outre-Sarine ensuite, où il faut renforcer notre présence à Bâle, à Berne, à Lucerne et à Zurich. A l’étranger enfin, où toutes les occasions – foires, expositions, réceptions – doivent être saisies de profiler nos crus en tant que produits haut de gamme, au rapport qualité-prix imbattable vis-à-vis des appellations prestigieuses mais inabordables de France ou d’Italie. Mais la promotion coûte cher, les moyens sont limités et nos autorités devront bien, dans un avenir proche, mettre la main à la poche pour soutenir un secteur économique aussi vital qu’indissociable de l’image du canton. Comme elles devront s’interroger sur les effets désastreux de l’élargissement des quotas, qui permet l’afflux, sur les rayons de nos grandes surfaces, de vins bon marché, flatteurs mais sans intérêt, et aussi étrangers au génie vaudois que leurs importateurs sont indifférents à la beauté de nos vignobles.


Pierre Keller, Président de l’Office des vins vaudois