24/06/2012 09:06 | Lien permanent | Commentaires (1)

Le 17 juin 2012 ou la révolte des Suisses contre leurs caisses maladie

Dessemontet.jpgA peine plus de cinq ans: c’est ce qui sépare la votation sur l’initiative pour une caisse unique et sociale de celle sur les réseaux de soins. Le 11 mars 2007, après avoir un peu hésité, et face à un barrage de propagande inouï de la part des caisses visant à faire prendre la caisse unique pour un projet communisant conduisant droit à la république populaire, le peuple refusa le projet à 71,2%. Dans l’arsenal des opposants de l’époque, les réseaux de soins apparaissaient en bonne place: voici le projet miracle qui allait enfin permettre de maîtriser les coûts de la santé en imposant aux patients, rendus principaux responsables de l’augmentation desdits coûts, de passer par le médecin de famille avant de consulter le spécialiste.

Las! le 17 juin dernier, avec 76% de non, le peuple a infligé une gifle encore plus magistrale au projet d’introduction des réseaux de soins proposé par le gouvernement, la majorité des partis, les caisses maladie, initié par Simonetta Sommaruga, soutenu par Alain Berset, les deux conseillers fédéraux socialistes. Que s’est-il donc passé?


Comme toujours, l’examen de la carte peut nous apprendre beaucoup sur les raisons d’un rejet. La première leçon est que pratiquement tout le monde refuse: seules 19 des 2485 communes du pays approuvent le projet. La seconde leçon est que la comparaison avec la votation sur la caisse unique s’impose: au plan cantonal, le résultat de 2012 est une reproduction en négatif de celui de 2007 – plus largement, la carte du vote traduit de manière assez traditionnelle l’opposition gauche-droite: les cantons latins refusent massivement les réseaux de soins, les cantons alémaniques sont un peu plus mitigés. Par ailleurs, les cantons qui connaissent déjà les réseaux de soins les refusent moins nettement que les autres – mais cette règle souffre d’exceptions (Genève, Schwytz) et surtout, le refus reste très net: une part importante des membres des réseaux de soins thurgoviens a ainsi refusé la généralisation du modèle.

Plus intéressante encore est la constatation que les frontières cantonales jouent un rôle majeur: pour une fois, les villes votent comme leurs campagnes, et les clivages se font à l’échelle des cantons. Nulle part cette fracture n’est aussi nette qu’entre Vaud et Fribourg: les communes vaudoises comptent moins de 10% d’acceptation des réseaux, leurs voisines fribourgeoises le double ou le triple. Faut-il y voir un signal envoyé à Alain Berset et à Pierre-Yves Maillard? Ou la preuve que les problématiques cantonales ont joué un rôle majeur dans le résultat?

Il est en tout cas une corrélation qui saute aux yeux: plus le montant de la prime de base est élevé, plus le refus est massif. Le véritable message du peuple le week-end dernier est là: vu le coût des primes, la moindre des choses est qu’on laisse le libre choix du médecin – qui paie commande. Les Suisses ne supportent plus leurs caisses maladie et les parlementaires payés à les défendre, leur comportement envers les assurés, les hausses de primes incessantes et insensées, bien supérieures aux hausses des coûts de la santé. Ils n’en peuvent tout simplement plus. A ce titre, la bataille qui s’engage sur la caisse publique voit les caisses maladie jouer leur survie alors qu’elles sont aux prises avec un gigantesque problème d’image. L’avenir dira si elles réussiront une fois encore le tour de passe-passe qui leur avait si bien réussi en 2007.


Pierre Dessemontet

Fondateur de l’institut Microgis et conseiller communal socialiste à Yverdon

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Merci pour ce que vous faîtes, heureusement que des gens comme vous sont là pour nous informer réellement.

Écrit par : ethylotest | 27/06/2012

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