08/07/2012 09:24 | Lien permanent | Commentaires (0)

L'évangile de la croissance

FAVRE-84.jpgA part quelques illuminés, tout le monde est «pour» la croissance. Mais dans ce monde plein d’inconnues, une seule certitude, celle que nous avons vécue jusqu’à récemment est bien derrière nous.
Pendant longtemps, le miracle économique espagnol faisait rêver. (Une énorme bétonneuse insatiable qui ne pouvait pas tomber en panne. L’Espagne était le cinquième consommateur de ciment du monde! Et le pays se retrouve avec un stock immobilier pour au moins une génération.) Il y a peu, on disait que l’Inde allait rattraper si ce n’est dépasser la Chine. (Rien du tout! Des poches de développement et des étendues de misère plus que résiduelle.) Le Brésil, sous Lula da Silva, était devenu le nouvel eldorado. (Son moteur à l’alcool tousse déjà.) L’Argentine avait oublié ses années noires. (Aujourd’hui il y est interdit d’acheter des dollars!) L’Irlande était exemplaire. (C’est retour aux pubs pour se saouler.) Parce que l’automobile redémarre aux Etats-Unis, après le licenciement de la moitié de ses effectifs, on imaginait que tout allait repartir de plus belle. Mais la construction n’a pas repris et l’augmentation des dettes va faire exploser la fameuse National Debt Clock. Et on peut facilement compléter cette liste… Bref, de belles turbulences sont devant nous!
Monsieur Hollande veut croire au retour de la croissance en France. Prenons-en date: il n’en sera hélas rien. Pour de très bonnes raisons, assez simples, humaines, trop humaines.
Les Français, dans leur majorité, n’ont pas du tout pris conscience de la mauvaise situation du pays. Ils ont peur du changement. Ils imaginent que de nouveaux emprunts (c’est-à-dire une augmentation des dettes) permettraient une «relance». Or l’Hexagone a déjà un passif géant qui s’accroît tous les jours avec de lourds intérêts. Définitivement, une nation comme une entreprise, voire une famille, ne peut prospérer qu’en diminuant ses engagements et ses coûts, donc ses charges. Et les impôts vont augmenter, ce qui ne peut que ralentir la croissance, puisqu’il y aura moins d’argent à investir par les entreprises. De manière générale, le développement ne peut venir que de la compétitivité, de l’innovation, de la flexibilité, de l’effort, du courage, de la qualité, de la confiance, de la recherche, de la volonté d’entreprendre, des avancées technologiques, de l’attractivité et, en parallèle, d’une révision point par point de toutes les dépenses. Et cela ne se décrète pas, mais s’initie, se favorise sur le long terme. Cela s’appelle les conditions-cadres, qui permettent la création de richesses pour les entreprises, pour la population et pour le pays. Les normes, les réglementations, les rigidités brisent cette base de succès, cassent les énergies. Lorsque des idéologues comme Arnaud Montebourg (sapeur-pompier muni d’un pistolet à eau) tiennent les rênes du redressement industriel, c’est évidemment mission impossible. Il va freiner, tenter de sauver à grands frais ce qui ne marche plus, au lieu de réformer douloureusement. Un seul exemple du dysfonctionnement français: il faut à l’enseigne Paul deux mois pour ouvrir une boulangerie en Asie, trois mois en Angleterre et neuf mois en France…
Dans tous les cas, les éventuels Eurobonds et autres emplâtres ne serviraient qu’à boucher des trous. La relance par la consommation est une illusion. De nouveaux investissements ne peuvent servir que s’ils sont directement productifs.
Les miracles existent. Il en faudrait un pour que le nouveau gouvernement français réussisse à redresser la barre dans la tempête qui arrive. Mais on n’est pas à Lourdes.

Pierre-Marcel Favre, éditeur

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