22/07/2012 10:30 | Lien permanent | Commentaires (3)

L’asile commande une politique de vérité et de fermeté

L’asile commande une politique de vérité et de fermeté

LEUBA_1.jpgLa conduite de la politique d’asile du troisième canton suisse en nombre d’habitants est une source abondante d’enseignements, bien éloignés de ceux que prodiguent tant les adversaires que les thuriféraires de la migration. Car la réalité du terrain est à des années-lumière des arguments candides comme des discours malveillants. Pour la seule année 2011, 23 625 demandes d’asile ont été déposées dans notre pays, ce qui représente 3005 demandes par million d’habitants. A titre de comparaison, la France, dont le passé colonial a généré des flux migratoires spécifiques, n’a enregistré pendant la même période que 865 demandes par million d’habitants. La moyenne de l’Allemagne (650 demandes par million d’habitants), pays à l’économie aussi florissante que la nôtre, est comparativement proche de celle de l’Europe, mais elle est cinq fois moins élevée qu’en Suisse. Les faits parlent d’eux-mêmes: notre pays est extraordinairement attractif.
On peut évidemment, en communion avec les doux esprits qui sont à la bonté d’âme ce qu’ils feraient mieux d’être au pragmatisme, relativiser la portée des statistiques. Après tout, diront ces irresponsables, que représentent quelques milliers de requérants en regard de l’incommensurable détresse – principalement économique, soit dit en passant –, à laquelle nous leur permettons d’échapper? Sur le plan philosophique, qui prétendrait contester le raisonnement humanitaire? De toutes les façons, il est politiquement incorrect de mettre en doute la prévalence de la misère du monde sur toute autre considération. L’expérience nous apprend toutefois, parmi les enseignements que j’évoquais plus haut, qu’une large frange de l’opinion publique n’a que faire des mantras philanthropiques. Pleinement dans le réalisme, cette dernière nous rappelle partout et avec force, de Gland à Lausanne et d’Orbe à Préverenges, que ses dispositions à l’hospitalité ne vont pas jusqu’à s’accommoder de toutes les urgences et moins encore de tous les comportements. Pour le magistrat, la méfiance populaire est un miel quand il doit compter, dans certains cas, avec des interlocuteurs ouvertement bienveillants, mais discrètement déterminés à bouter le requérant hors de leur jardin. L’amour du prochain voisine souvent avec la duplicité.

S’il convient de saluer le sens des responsabilités d’un grand nombre de communes et de leurs administrés, il faudra rapidement cesser de mettre leur patience à l’épreuve. C’est tenir un langage de courage et de clarté que d’affirmer que l’asile s’avilit s’il n’est accordé avec un rigoureux discernement. Ainsi que le relevait récemment un ancien directeur du Haut-commissariat pour les réfugiés: «L’excès de l’asile peut aussi tuer l’asile.» La mansuétude d’un grand nombre d’élus de ce pays ne vaut pas mieux que la brutalité des propos tenus par leurs contradicteurs. La politique migratoire mérite de sortir enfin de l’ornière des émotions, positives ou négatives, pour entrer dans le monde de la raison: en refusant d’admettre qu’il puisse y avoir des limites démographiques et socioculturelles au-delà desquelles l’harmonie d’une société est à la peine, en refusant d’admettre qu’une politique d’asile accommodante et généreuse (elle coûte près d’un milliard de francs par an à la Suisse) est la cause de son propre étouffement, en la galvaudant sous le prétexte que l’octroi de l’asile n’a de sens que s’il est inconditionnel, nous faisons preuve d’un aveuglement coupable. La question migratoire nous lance des défis exceptionnels pour l’avenir de notre société et pour sa cohésion. Il s’agit de les relever à la lumière crue des seuls faits, en rejetant complaisance et angélisme. Une politique de vérité et de fermeté s’impose.

PHILIPPE LEUBA
Conseiller d’Etat vaudois

Commentaires

Je félicite M.leuba pour ses prises de position sur l'asile.
Il serait temps que les politiciens se situant entre les couleurs rose et rouge très foncé de l'échiquier politique arrêtent de se voiler la face ou alors deviennent pragmatiques en accueillant deux ou trois requérants chez eux. Mais au lieu de ça, ils préfèrent garder une vision totalement idéologique. Car, il ne faut surtout pas toucher à leur petit confort personnel. C'est tellement facile de jouer les donneurs de leçon. Il faudra bien qu'un jour ils ouvrent les yeux et se rendent compte que La Suisse ne peut pas résoudre toutes les misères du monde.

Écrit par : Alexandre Rigolet | 22/07/2012

Je salue votre courage M. Leuba pour oser dire de manière courtoise que la Suisse se fait tondre la laine sur le dos ! Oups, excusez-moi car dans ce domaine faire référence à des moutons stigmatise les propos.
L’attractivité de la Suisse repose notamment sur son image : riche, propre, gentille voir naïve, douce, confortable, abondante. Malheureusement, la Suisse n’exporte pas sa misère et ses difficultés, d’où cette illusion que dans ce pays tout est facilement accessible et possible. En quelque sorte nous offrons l’eldorado.
Resorber ce flux migratoire reviendrait à oser entacher cette image faussée de la Suisse et faire face à cette dure réalité qu’est la précarité, le manque de moyens, une mauvaise conjoncture (certes moins pire que d’autres pays, mais au final tout aussi catastrophique pour les bas revenus quand revenu il y a), et j’en passe.
Peut-être que la situation est déjà dans le trop et que les personnes qui ont réellement besoin d’aide n’en recevront que des miettes simplement parce que la Suisse n’a pas osé.
J’aspire à que votre façon de voir soit partager par beaucoup d’autres personnes dirigeantes afin que la situation « asile en Suisse » puisse évoluer positivement et non pas juste se développer.

Écrit par : Rapana | 22/07/2012

D'accord, beaucoup de demandeurs d'asile viennent pour des raisons économiques et tout est de la faute de la gauche... sauf que 1) les demandeurs d'asile qui invoquent des raisons économiques n'obtiennent pas l'asile. Croyez bien que l'ODM fait son travail à ce niveau. Donc Leuba a tout le loisir de les renvoyer. 2) la gauche n'est pas majoritaire au Parlement fédéral où se discute la loi sur l'asile. Les gémissements de la gauche en matière migratoire ne doivent pas vous faire oublier son impuissance presque totale en la matière.

Tout ça pour dire que si Leuba n'est pas content et qu'il y a un problème aujourd'hui, il faut qu'il s'en prenne à la politique de son propre parti. Accuser l'angélisme de la gauche n'est qu'une lâche tentative de faire oublier que la rigueur que la droite impose en matière d'asile échoue année après année.

Écrit par : Ted | 31/07/2012

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