29/07/2012

Valais, vers un pays ouvert

CINA_1.jpgDepuis quelques mois, le Valais est au cœur du débat. Partout, on thématise, on débat, on s’interroge sur ce canton dont la réalité particulière, tout à coup, apparaît au reste de la Suisse comme parfaitement étrangère. Simplement parce que cette réalité, précisément, est loin des poncifs et des idées reçues. A tel point que, parfois, c’est comme si on nous en voulait d’être raisonnables et de défendre, rationnellement, les intérêts de nos concitoyens.
Dans d’autres circonstances, plus «confédérales», c’est au contraire en demi-pestiféré qu’on est accueilli: comment, les Valaisans ne sont pas d’accord? Difficile de dire que nous n’avons pas envie de participer, en tout cas pas dans le rôle des forcément perdants, à la «tambouille territoriale» actuelle… C’est pourtant en toute conscience que nous portons la voix de notre canton périphérique, usant de toutes les voies démocratiques et de toute la force dont nous sommes capables.
Sous prétexte de cette votation devenue bientôt Lex Weber, ou de cette autre, qui a abouti à la révision partielle de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire, le Valais est devenu pour beaucoup un pays fermé, plaintif et à plaindre.
Mais soyons vrais et justes: le Valais est un pays ouvert! et même positif, rieur, créatif! C’est tourné vers l’avenir que je me permettrai une brève description de ce qui se passe depuis quelques mois, réellement et au-delà de tout, dans ce Valais qui m’est si cher.
En premier lieu, je citerai le projet qui va amener au cœur de la vallée du Rhône pas moins de 11 chaires de l’EPFL, dont sept seront consacrées au domaine si crucial de l’énergie. Grâce à d’excellents contacts, une certaine facilité de décision, une culture bien ancrée du partenariat public-privé, nous avons pu, en quelques mois à peine, signer un protocole d’accord définissant les principes d’une véritable révolution estudiantine dans notre canton. Ce projet ne peut être lu qu’en clé de réussite: il dessine les contours d’un canton ouvert sur le monde, les sciences, la recherche et l’excellence.
L’excellence, justement. C’est dans cet esprit que les députés valaisans viennent d’accepter – à l’unanimité – un projet de loi visant à la création d’une structure de promotion intersectorielle du canton. Cette loi nous permet de mettre en œuvre une première suisse, un instrument unique pour lequel toutes les forces économiques valaisannes se sont associées dans le but de se donner les moyens de redonner au Valais la place qu’il mérite, soit celle d’une destination incontournable, au cœur des Alpes. Ce résultat démontre la volonté de travailler ensemble, d’innover même dans des secteurs aussi apparemment fermés que le tourisme ou l’agriculture.
J’en suis convaincu, l’avenir du Valais passe forcément par la professionnalisation, la responsabilisation de tous les acteurs, la véritable prise de conscience de nos richesses naturelles et territoriales. A ce propos, une dernière initiative, pour la route, et surtout pour les papilles de tous les amateurs d’abricots: nous cherchons actuellement le moyen de n’offrir en vente directe sur le territoire cantonal que des fruits produits en Valais… Car, oui, si nous voulons réellement être des pourvoyeurs de souvenirs, il faut bien que le goût d’une visite dans notre canton ne garde que trace de douceur.
L’excellence encore… Le temps des plaintes stériles devra bien avoir une fin!

Jean-Michel Cina, Chef du Département de l’économie, de l’énergie et du territoire du canton du Valais

22/07/2012

L’asile commande une politique de vérité et de fermeté

L’asile commande une politique de vérité et de fermeté

LEUBA_1.jpgLa conduite de la politique d’asile du troisième canton suisse en nombre d’habitants est une source abondante d’enseignements, bien éloignés de ceux que prodiguent tant les adversaires que les thuriféraires de la migration. Car la réalité du terrain est à des années-lumière des arguments candides comme des discours malveillants. Pour la seule année 2011, 23 625 demandes d’asile ont été déposées dans notre pays, ce qui représente 3005 demandes par million d’habitants. A titre de comparaison, la France, dont le passé colonial a généré des flux migratoires spécifiques, n’a enregistré pendant la même période que 865 demandes par million d’habitants. La moyenne de l’Allemagne (650 demandes par million d’habitants), pays à l’économie aussi florissante que la nôtre, est comparativement proche de celle de l’Europe, mais elle est cinq fois moins élevée qu’en Suisse. Les faits parlent d’eux-mêmes: notre pays est extraordinairement attractif.
On peut évidemment, en communion avec les doux esprits qui sont à la bonté d’âme ce qu’ils feraient mieux d’être au pragmatisme, relativiser la portée des statistiques. Après tout, diront ces irresponsables, que représentent quelques milliers de requérants en regard de l’incommensurable détresse – principalement économique, soit dit en passant –, à laquelle nous leur permettons d’échapper? Sur le plan philosophique, qui prétendrait contester le raisonnement humanitaire? De toutes les façons, il est politiquement incorrect de mettre en doute la prévalence de la misère du monde sur toute autre considération. L’expérience nous apprend toutefois, parmi les enseignements que j’évoquais plus haut, qu’une large frange de l’opinion publique n’a que faire des mantras philanthropiques. Pleinement dans le réalisme, cette dernière nous rappelle partout et avec force, de Gland à Lausanne et d’Orbe à Préverenges, que ses dispositions à l’hospitalité ne vont pas jusqu’à s’accommoder de toutes les urgences et moins encore de tous les comportements. Pour le magistrat, la méfiance populaire est un miel quand il doit compter, dans certains cas, avec des interlocuteurs ouvertement bienveillants, mais discrètement déterminés à bouter le requérant hors de leur jardin. L’amour du prochain voisine souvent avec la duplicité.

S’il convient de saluer le sens des responsabilités d’un grand nombre de communes et de leurs administrés, il faudra rapidement cesser de mettre leur patience à l’épreuve. C’est tenir un langage de courage et de clarté que d’affirmer que l’asile s’avilit s’il n’est accordé avec un rigoureux discernement. Ainsi que le relevait récemment un ancien directeur du Haut-commissariat pour les réfugiés: «L’excès de l’asile peut aussi tuer l’asile.» La mansuétude d’un grand nombre d’élus de ce pays ne vaut pas mieux que la brutalité des propos tenus par leurs contradicteurs. La politique migratoire mérite de sortir enfin de l’ornière des émotions, positives ou négatives, pour entrer dans le monde de la raison: en refusant d’admettre qu’il puisse y avoir des limites démographiques et socioculturelles au-delà desquelles l’harmonie d’une société est à la peine, en refusant d’admettre qu’une politique d’asile accommodante et généreuse (elle coûte près d’un milliard de francs par an à la Suisse) est la cause de son propre étouffement, en la galvaudant sous le prétexte que l’octroi de l’asile n’a de sens que s’il est inconditionnel, nous faisons preuve d’un aveuglement coupable. La question migratoire nous lance des défis exceptionnels pour l’avenir de notre société et pour sa cohésion. Il s’agit de les relever à la lumière crue des seuls faits, en rejetant complaisance et angélisme. Une politique de vérité et de fermeté s’impose.

PHILIPPE LEUBA
Conseiller d’Etat vaudois

14/07/2012

Ils ont osé se confronter à Le Corbusier

KELLER_1.jpgDe passage à Corseaux, j’aurais pu vous parler de la saveur du «Clos de Châtonneyre» ou de celle d’un «Baiser du soleil», en tant que Président de l’Office des vins vaudois (OVV). Je devrais m’abstenir d’évoquer l’ECAL puisque je n’en suis plus le directeur, si j’écoutais la vox populi et les bien-pensants. Et pourtant. L’événement qui danse dans ma tête en ce début d’été, c’est l’exposition «ECAL chez Le Corbusier» à la Villa «Le Lac» (à découvrir jusqu’au 29 août). J’ai apprécié la phrase d’Alexis Georgacopoulos, mon successeur à la direction de l’école, inscrite dans le catalogue de l’exposition: «Avoir Le Corbusier comme client, voilà qui n’est pas courant!» Il a raison: cet assemblage harmonieux entre une école d’art que j’ai bien connue et un architecte que j’aurais bien aimé rencontrer est un joli pari.

Les lieux, tout d’abord. Charles-Edouard Jeanneret-Gris, né il y a 125 ans, rendu célèbre sous le pseudonyme de Le Corbusier, a réalisé pour ses parents en 1923 cette maisonnette à Corseaux, authentique «machine à habiter» selon le concept consacré. Avec cet ouvrage, le génial Chaux-de-Fonnier expérimente déjà trois des futurs «cinq points d’une architecture nouvelle»: le toit-jardin, le plan libre et la fenêtre en bande. A cette période, avec notamment Ludwig Mies van der Rohe, Alvar Aalto, Theo van Doesburg ou encore Walter Gropius, Le Corbu était tout simplement en train de révolutionner l’architecture et de créer le Modernisme, ou plutôt le Purisme dont il se revendiquait. En 2012, au temps des gratte-ciel de plus de 800 mètres financés à coups de milliards de pétrodollars, cette petite maison de 64 m2, appartenant désormais à la Fondation Le Corbusier, revêt une valeur inestimable d’un point de vue historique et symbolique. Il fallait donc oser investir le symbole et s’y confronter. Les étudiants ont relevé le défi avec culot, audace et talent. «La machine à habiter est devenue machine à apprendre.»

Cette formule heureuse d’Elric Petit, responsable du Bachelor en Design industriel à l’ECAL et en charge du projet avec le designer néerlandais Chris Kabel, résume toute la portée pédagogique d’une telle entreprise. Ainsi, les étudiants de 2e année ont reçu la délicate mission «de concevoir des objets qui s’intègrent à la maison, mais qui peuvent également fonctionner en dehors de ce contexte – en tant qu’objets à part entière». Grâce à la disponibilité et l’implication de Patrick Moser, conservateur de la Villa «Le Lac», ils ont ainsi pu tester in situ leurs idées pour nous offrir au final seize belles réalisations que l’on retrouve dans cette exposition. Du plateau à thé turc que l’on peut porter d’une seule main à l’étagère mobile qui traverse le paysage le long de la fenêtre en bandeau, en passant par un tapis en laine tuftée qui peut servir lors de visites commentées, chaque objet trouve parfaitement sa place d’une manière contemporaine qui n’altère en rien les plans de son illustre dessinateur.

Cette rencontre virtuelle entre un vieil homme de 125 ans et des étudiants de 20 ans sur les rives du Léman témoigne que, depuis près d’un siècle, les forces créatrices et avant-gardistes n’ont pas cessé de faire rayonner notre région et que notre cité, radieuse bien sûr, a encore un avenir des plus ensoleillés. Je suis fier de l’audace de ces jeunes créateurs. Tant qu’il y aura du culot dans une démarche artistique, je ne me tairai pas.

Pierre Keller, Président de l’Office des vins vaudois, Ancien directeur de l’ECAL

08/07/2012

L'évangile de la croissance

FAVRE-84.jpgA part quelques illuminés, tout le monde est «pour» la croissance. Mais dans ce monde plein d’inconnues, une seule certitude, celle que nous avons vécue jusqu’à récemment est bien derrière nous.
Pendant longtemps, le miracle économique espagnol faisait rêver. (Une énorme bétonneuse insatiable qui ne pouvait pas tomber en panne. L’Espagne était le cinquième consommateur de ciment du monde! Et le pays se retrouve avec un stock immobilier pour au moins une génération.) Il y a peu, on disait que l’Inde allait rattraper si ce n’est dépasser la Chine. (Rien du tout! Des poches de développement et des étendues de misère plus que résiduelle.) Le Brésil, sous Lula da Silva, était devenu le nouvel eldorado. (Son moteur à l’alcool tousse déjà.) L’Argentine avait oublié ses années noires. (Aujourd’hui il y est interdit d’acheter des dollars!) L’Irlande était exemplaire. (C’est retour aux pubs pour se saouler.) Parce que l’automobile redémarre aux Etats-Unis, après le licenciement de la moitié de ses effectifs, on imaginait que tout allait repartir de plus belle. Mais la construction n’a pas repris et l’augmentation des dettes va faire exploser la fameuse National Debt Clock. Et on peut facilement compléter cette liste… Bref, de belles turbulences sont devant nous!
Monsieur Hollande veut croire au retour de la croissance en France. Prenons-en date: il n’en sera hélas rien. Pour de très bonnes raisons, assez simples, humaines, trop humaines.
Les Français, dans leur majorité, n’ont pas du tout pris conscience de la mauvaise situation du pays. Ils ont peur du changement. Ils imaginent que de nouveaux emprunts (c’est-à-dire une augmentation des dettes) permettraient une «relance». Or l’Hexagone a déjà un passif géant qui s’accroît tous les jours avec de lourds intérêts. Définitivement, une nation comme une entreprise, voire une famille, ne peut prospérer qu’en diminuant ses engagements et ses coûts, donc ses charges. Et les impôts vont augmenter, ce qui ne peut que ralentir la croissance, puisqu’il y aura moins d’argent à investir par les entreprises. De manière générale, le développement ne peut venir que de la compétitivité, de l’innovation, de la flexibilité, de l’effort, du courage, de la qualité, de la confiance, de la recherche, de la volonté d’entreprendre, des avancées technologiques, de l’attractivité et, en parallèle, d’une révision point par point de toutes les dépenses. Et cela ne se décrète pas, mais s’initie, se favorise sur le long terme. Cela s’appelle les conditions-cadres, qui permettent la création de richesses pour les entreprises, pour la population et pour le pays. Les normes, les réglementations, les rigidités brisent cette base de succès, cassent les énergies. Lorsque des idéologues comme Arnaud Montebourg (sapeur-pompier muni d’un pistolet à eau) tiennent les rênes du redressement industriel, c’est évidemment mission impossible. Il va freiner, tenter de sauver à grands frais ce qui ne marche plus, au lieu de réformer douloureusement. Un seul exemple du dysfonctionnement français: il faut à l’enseigne Paul deux mois pour ouvrir une boulangerie en Asie, trois mois en Angleterre et neuf mois en France…
Dans tous les cas, les éventuels Eurobonds et autres emplâtres ne serviraient qu’à boucher des trous. La relance par la consommation est une illusion. De nouveaux investissements ne peuvent servir que s’ils sont directement productifs.
Les miracles existent. Il en faudrait un pour que le nouveau gouvernement français réussisse à redresser la barre dans la tempête qui arrive. Mais on n’est pas à Lourdes.

Pierre-Marcel Favre, éditeur

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