18/08/2012 23:42 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : matin, dimanche, cercle

Les Tunisiennes montreront-elles l’exemple aux Genevoises?

BISANG_1.jpgOrages sur les nouvelles Constitutions citoyennes. En Tunisie, la colère des femmes gronde. Après s’être engagées corps et âme dans le Printemps arabe, les voici bafouées, frappées de plein fouet par un projet de Constitution qui prévoit de faire régresser leurs droits fondamentaux. L’article 28 n’y va pas par quatre chemins: les femmes perdent leur statut de citoyennes libres et égales aux hommes. Réduites à devenir «complémentaires de l’homme», elles ne sont plus considérées comme des citoyennes à part entière. Les Tunisiennes ne l’entendent pas de cette oreille. Rassemblées à l’occasion de la Journée de la femme du 13 août, elles ont manifesté leur union, leur courage et leur clairvoyance. Face à leurs adversaires qui banalisent ce coup bas, elles ne baissent pas la garde. Elles savent la valeur de l’héritage qui leur a permis d’irriguer la société tunisienne de leurs talents et de leurs engagements grâce à l’égalité garantie dans la précédente Constitution depuis 1956.

Dans nos sociétés occidentales, où scintillent les miroirs aux alouettes, les femmes semblent moins averties, comme aveuglées par des éclats trompeurs. Les reculades en matière d’égalité – alors que celle-ci est encore loin d’être acquise – s’enchaînent sans troubler le sommeil des Belles au bois dormant. Qui aurait pensé, il y a dix ans seulement, qu’on attaquerait insidieusement, en Suisse, le droit à l’avortement, le droit fondamental des femmes à disposer librement de leurs corps, comme s’apprête à le faire cet automne, une coalition rétrograde avec la votation contre le remboursement de l’IVG?

A force de bercer les femmes de messages lénifiants, célébrant une bataille prétendument gagnée depuis les années 1970, bataille toutefois caricaturée (quelle autre lutte pour l’émancipation est-elle aussi systématiquement dénigrée?), d’aucunes épousent béatement les thèses en vogue: il ne faudrait pas aller trop loin, on devrait déjà être contentes de ce qu’on a; certes, les inégalités salariales demeurent, mais sinon quoi? Sinon tout! (Soupir de lassitude qui n’a d’égal que ma détermination à vouloir connaître un jour une société non sexiste!)

Les Genevoises auront-elles la même perspicacité que leurs sœurs tunisiennes?
Liront-elles attentivement le projet de la future Constitution, soumis au vote populaire le 14 octobre? Comment réagiront-elles à la suppression de l’alinéa 2 de l’article 2 A de l’actuelle Constitution: «Egalité entre homme et femme: Il appartient aux autorités législatives et exécutives de prendre des mesures pour assurer la réalisation de ce principe et aux autorités judiciaires de veiller à son respect»? La volonté de rendre effective l’égalité des droits entre hommes et femmes a disparu du projet de nouvelle Constitution. Et accepteront-elles le refus d’inscrire la parité femmes-hommes qui aurait permis un vrai progrès, une représentation équilibrée des femmes et des hommes, en politique notamment?
Après quatre ans de travail, on comprend la volonté des plus braves des constituants de voir aboutir leurs réflexions collectives par l’approbation du peuple. Nul doute que cette Constitution comprend des avancées pour tel ou tel groupe de population. Le contraire serait tout de même surprenant. Mais l’attention aux femmes – vous savez, 51% de la population mondiale – a été dérisoire.

Nous nous sommes trop habitués à réduire les questions d’égalité femmes-hommes à une thématique mineure et spécifique, comme s’il s’agissait d’intégrer un groupe de population inadapté à la société. Or l’enjeu de l’égalité est central en démocratie.
Il influe directement sur la manière dont notre collectivité considère, intègre et dépasse la question de l’altérité.
Certes, à Genève, les plus sexistes des constituants n’auront pas égalé leurs homologues tunisiens. Pas de notion de complémentarité de la femme vis-à-vis de l’homme, même si le masculin, faute de disposition légale contraignante, est assuré du statu quo et de demeurer le référent premier. Le déni des inégalités et des discriminations persistantes à l’encontre des femmes aura conduit les constituants à manquer leur rendez-vous avec l’Histoire.

Anne Bisang, Metteure en scène

Commentaires

Lettre ouverte à Anne Bisang sur l’égalité entre femmes et hommes dans la nouvelle constitution pour Genève : http://www.floriani.ch/?p=130.

Écrit par : Florian Irminger | 23/08/2012

Chère Anne,

Merci de votre article qui valorise le dernier "combat" de la femme tunisienne. Il faut dire que je suis née dans une famille ou ma tante avait la même place que mon oncle, ou moi même j'ai la même place que mes frères et nous refusons aujourd'hui cette inégalité proposée par le gouvernement.
Quand nous avons un acquis depuis des années, il est très dur de le supprimer de jour au lendemain. Nous nous battrons encore et encore pour nos droit. La société est redevable aux femmes, car, non seulement elle y participent mais parce qu'elle donne naissance à des hommes justes. Pendant cette manifestation du 13 aout, nous avions nos frères, nos maris et nos copains à nos côtés. Donc ce combat est non seulement le combat des féministes tunisiennes mais de toute une société. D'ailleurs il a commencé en 1956, en effet, avec l'union féminine "al-ettihad-alnisai" avec Fathiya Mzali.
Merci encore et bonne journée

Écrit par : Larbi Najah | 27/08/2012

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