26/08/2012 09:42 | Lien permanent | Commentaires (0)

Deux rentrées littéraires… et une bombe!

Vandenberghe.jpgParmi les nombreuses «spécificités françaises» – ah! cet universalisme issu des Lumières, mais hélas d’abord perverti par Napoléon, il fut finalement définitivement enterré par le maréchal Pétain un certain 22 juin 1940 en forêt de Compiègne… Seuls les Français n’ont pas encore pris conscience de l’extinction des feux – perdure la «rentrée littéraire», dorénavant établie entre le 22 août et le 30 septembre. Moment unique où se jauge, se mesure, se compte ce qui fera débat et discussion durant plusieurs semaines. On commence par les comptes: 646 romans français et étrangers s’apprêtent à paraître, contre 654 en 2011. Quelles leçons en tirer? C’est sans doute passionnant, mais ne révèle en rien la qualité de la production. Comme tous les ans, cette rentrée sera faite de lancements «marketing» plus ou moins réussis, et de découvertes sensationnelles et inattendues. Les libraires sont là pour détecter les pépites: c’est leur métier.

Les Romands, eux, ont de la chance, car ils auront droit, pour la troisième année consécutive, à une seconde rentrée littéraire, et bien vivante celle-là, avec le salon d’auteurs Le livre sur les quais à Morges, du 7 au 9 septembre. 300 auteurs présents et plus de 80 rencontres, discussions, débats et conférences sur terre et sur l’eau… Avec en «vedette américaine», un spectacle de préouverture au Théâtre de Beausobre le jeudi 6 septembre, «Les Saisons», écrit et dit par Anne Richard, avec l’Ensemble de cuivres jurassien. Une façon festive de contribuer au financement de l’Association Le livre sur les quais, dont la manifestation éponyme est entièrement gratuite, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne coûte rien à réaliser. En deux éditions, ce salon a radicalement modifié la rentrée littéraire des éditeurs romands. Si, historiquement, leurs nouveautés paraissaient plutôt fin septembre ou début octobre, nombreux sont ceux qui, dorénavant, visent à publier leurs principaux titres début septembre, en nous disant: «Ils seront parus pour Le livre sur les quais, mes auteurs seront ainsi invités et présents.» La littérature romande n’est donc pas tenue à l’écart de la vivacité de la rentrée.

Mais la vraie «bombe» de cette rentrée littéraire 2012 n’est pas un livre d’un éditeur français ou suisse. 95 pages en format A4: c’est le rapport de la COMCO sur le marché du livre et ses conclusions provisoires qui a en quelque sorte lancé cette rentrée littéraire. D’aucuns se sont étonnés que, dans les médias qui ont rendu compte de son contenu, la profession soit jusque-là restée relativement muette de tout commentaire, laissant la parole aux journalistes et aux politiques. En particulier Payot, dont le directeur n’est pourtant pas avare – on aime ou on n’aime pas… – d’interventions dans les médias.

Les raisons de ce «silence raisonné» sont simples: tout d’abord, le rapport du secrétariat de la COMCO est provisoire. Attendons d’abord de voir ce que sera la décision définitive. Ensuite, il est évident que ce rapport est une douche glacée pour certains – les diffuseurs. C’est à eux de se déterminer, les libraires étant officiellement lavés de tout soupçon de «complicité» et considérés comme «otages» du système. Enfin, et c’est fondamental, c’est l’avenir qui nous intéresse: quelles qu’aient été les pratiques tombant sous le coup de la loi, l’important est l’avenir du livre en Suisse romande. Il existe bel et bien, il est depuis longtemps notre priorité, et nous y sommes préparés.

Pascal Vanderberghe, Directeur général Payot Librairie

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