08/09/2012 23:47 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cercle, matin, dimanche

Des frontières locales à réinventer

chassot.jpgOn peut lire l’histoire fédéraliste de notre pays comme la constante recherche du rapport adéquat entre le territoire et les missions que se donne une collectivité. Répondre aux besoins toujours nouveaux de la société, c’était bien l’ambition de la Suisse de 1848 lorsque des tâches cantonales ont été confiées au niveau fédéral.

Ces dernières décennies, les mutations se sont accélérées. Et nous n’avons pas encore pris la pleine mesure des changements sociaux générés par les nouvelles technologies. C’est la démonstration faite par le philosophe Michel Serres dans son dernier ouvrage, «Petite poucette» (Manifestes/Le Pommier). Au cours de ces trois dernières décennies, écrit-il, un nouvel humain est né, lequel n’habite plus un espace déterminé par des distances. Le téléphone cellulaire, le GPS ou la Toile ont transformé notre espace quotidien.

Pour Michel Serres, le principal problème réside dans l’obsolescence d’un certain nombre d’institutions et de cadres, créés à l’époque de cet ancien monde, pourtant pas si lointain. C’est le cas de l’espace communal, héritage de l’Ancien Régime.
L’émergence d’une nouvelle société de l’information n’a cessé d’élargir la notion de territoire. Habiter, travailler et consommer ont largement débordé sur des espaces voisins. Les frontières communales ne correspondent plus au territoire de production des services publics locaux. C’est cette prise de conscience de l’étroitesse de ces limites qui est à l’origine du mouvement de fusions de communes qu’on observe à l’échelle de toute la Suisse.

Le canton de Fribourg a lancé l’année dernière un troisième mouvement de fusions de communes, après avoir fait passer – depuis les années 1970 – leur nombre de 245 à 165. Les préfets auxquels la loi attribue un rôle moteur ont récemment présenté le fruit de leurs réflexions, découpant le territoire cantonal en 37 communes au lieu des 165 actuelles. L’objectif est ambitieux. Utopique, ont grogné certains esprits chagrins… Il s’agit pourtant de combler l’inadéquation entre le territoire communal et les tâches confiées à la collectivité.

Les prochains défis communaux sont connus. Dans un canton en pleine croissance démographique, la priorité est d’absorber ces nouvelles populations dans le cadre d’un aménagement du territoire plus cohérent, de soutenir un développement économique propre à offrir des places de travail de qualité. Les exigences de la protection de l’environnement et d’une mobilité plus durable ne peuvent trouver des réponses à l’intérieur des étroites structures communales. Les enjeux liés à la transformation des structures de la population, à son vieillissement exigent également des solutions à plus grande échelle. C’est aussi le cas des besoins de la formation. L’école primaire de demain va s’organiser au sein d’établissements avec à leur tête des responsables. Les cercles scolaires vont s’ouvrir à des espaces plus larges. Et c’est à ces échelles qu’il est désormais possible de mettre en œuvre les structures d’accueil extrascolaires, rendues indispensables par les mutations de la vie familiale et professionnelle.
Mais l’émergence de ces nouveaux territoires communaux exige une nécessaire gestion des sensibilités. Car il ne faut pas négliger les dimensions identitaires et affectives de ces fusions. Ce n’est cependant pas parce que les difficultés de ces transitions sont évidentes qu’on doit rester inertes. Si une fusion est portée par un projet mobilisateur, les citoyennes et citoyens adhèrent à cette perspective, avec la conscience que les instruments du passé ne peuvent plus répondre aux défis de l’avenir.

Isabelle Chassot, Conseillère d’Etat FR

Les commentaires sont fermés.