16/09/2012 10:29 | Lien permanent | Commentaires (2)

L'Asie attaque

FAVRE-84.jpgChaque nouveau voyage en Asie procure une sacrée mélancolie, une forte impression que l’Occident est sur le déclin.
Certes, il se trouve des gens pour nous démontrer qu’il y a une bulle dans la construction en Chine. Que les banques y sont très fragiles. Que le ralentissement des exportations vers les Etats-Unis et l’Europe grippe la machine. Mais cela n’empêche pas de constater qu’il y a, d’un côté, la Corée du Sud, l’Indonésie, depuis peu les Philippines, l’Inde, la Chine, Singapour, Hongkong, ou encore Taïwan, qui se développent à marche forcée, pendant que l’Europe patine dans ses dettes, s’enfonce dans le chômage, ne trouve même pas le chemin de l’unité.
Définitivement, ce qui fait la force de la plupart des Asiatiques, c’est leur volonté de réussir, d’entreprendre, au besoin de se sacrifier, alliée à une énergie sans limites.
On peut observer cela chez eux, mais les communautés chinoises ou asiatiques le montrent aussi à l’extérieur.
Ils sont les premiers de classe à Vancouver et à Seattle. Les grands orchestres voient un nombre croissant de musiciens coréens et chinois. Le 18 juin 2012, un cosmonaute chinois était pour la première fois dans l’espace.
En Afrique, partout ou presque, les Chinois construisent routes, aéroports, hôpitaux, bâtiments administratifs, ports, hôtels, etc. En amenant même une bonne partie de la main-d’œuvre dans des pays qui n’en manquent pas. Et, au bas de l’échelle, ils remplacent souvent les Libanais dans le petit commerce.
En Italie, ils tiennent maintenant un quartier entier, Paolo Sarpi, à Milan. Ils ont repris des usines de textile et de maroquinerie à Bologne et à Florence. Le port d’Athènes leur appartient. En France (près d’un demi-million de Chinois!), en particulier à Paris, le XIIIe arrondissement est un Chinatown. Le quartier longtemps juif du Sentier a été peu à peu repris par les Chinois. Les innombrables restaurants tenus par des Auvergnats ont été rachetés grâce à un système de banques communautaires. Comme les maisons de la presse. Et pas mal d’épiceries, jusqu’ici en mains de Nord-Africaines. Bon nombre d’entreprises sont investies en partie par les Chinois. Cela va du Club Med à GDF. Des Châteaux bordelais à L’Occitane, de la Rhodia aux Conserves de Provence. Volvo leur appartient. L’Airbus, de son côté, va être bientôt fabriqué en Chine. Le nombre de riches chinois explose. Des marques asiatiques commencent à émerger. Les armées chinoise et nipponne se renforcent à marche forcée. Et, bien sûr, nous n’en sommes qu’au tout début.
Certes, l’Asie n’est pas complètement sortie du tunnel. Un récent passage à Calcutta montre que le chemin à parcourir est colossal. La misère reste écrasante. Et, pendant ce temps, une minorité toujours plus importante prospère, voyage tous azimuts. Par exemple, ils ont été trois cent mille Indiens à visiter la Thaïlande en 2010 et près de deux millions et demi en 2011, soit huit fois plus! Mais ce qui frappe, au Cambodge, en Birmanie, presque partout en Asie, c’est que les touristes occidentaux deviennent minoritaires. Alors que les Chinois, les Arabes et les Indiens sont devenus les plus nombreux!
Nous assistons à et vivrons des changements considérables. Un renversement de situation complète en Occident. Nous ne serons plus jamais les maîtres du monde. Une majorité de la population et des politiciens n’ont pas pris la mesure de ce qui se passe. Cette évolution conditionne pourtant notre avenir. Ne pas s’en rendre compte serait une grave sottise.
Que nous reste-t-il? En tout cas moins d’atouts que par le passé. Il nous faut absolument prendre conscience que nous sommes dans une nouvelle forme de guerre économique et culturelle. Se gargariser avec nos valeurs démocratiques et nos droits de l’homme ne nous protégera, hélas, pas. Il ne nous reste qu’à réagir fortement, nous mobiliser, si nous ne voulons pas tout simplement être écrasés par le rouleau compresseur asiatique triomphant. En sommes-nous capables?
 
Pierre-Marcel Favre, éditeur

Commentaires

"Se gargariser avec nos valeurs démocratiques et nos droits de l’homme ne nous protégera, hélas, pas." Et pas davantage avec notre antiracisme et notre ethnomasochisme ! Comment peut-on imaginer réussir, se battre et gagner, quand on s'est laissé inoculer la honte de soi, sous prétexte d'esclavagisme, de colonisation et de massacres en tous genres ?

Au-delà de ses fautes, notre petit continent peut se targuer d'une contribution au patrimoine de l'humanité, dans les domaines des arts et de la culture, comme dans ceux des sciences et des techniques, n'ayant son équivalent dans aucune autre partie du monde.

Et si ce monde, nous l'avons conquis et dominé pendant deux siècles, c'est parce que nous nous sommes donnés les moyens de le conquérir sur des peuples qui ne savaient guère que subir leur condition, dans les limites du territoire que leur destin leur avait assigné.

Si ke croyais que c'est possible, je dirais retrouvons notre fierté, retrouvons notre reconnaissance pour nos ancêtres qui ont su "édifier, conserver et transmettre", retrouvons l'estime de nous-mêmes et tenons tête à ceux qui ne sont pas nous.

Mais Céline nous a enseigné que l'histoire ne repasse pas les plats. C'était bien observé

Écrit par : Bois-Guisbert | 16/09/2012

Je crois que, contrairement à ce que vous pensez, les gens dans leur majorité se rendent bien compte du pouvoir grandissant des Asiatiques et des Indiens (Asiatiques surtout pour le moment). Mais il y a quelque chose dans votre commentaire que je n'aime pas. Cette "mélancolie" que vous ressentez cache une grande admiration pour cette grande avancée asiatique. Vous pensez que nous avons perdu notre compétitivité parce que nous (Européens en particulier) avons trop amélioré les protections sociales, les salaires, les temps de repos. Tout cela n'est pas bien selon vous. Donc nous devrions agir comme eux : diviser par 5 nos salaires, travailler 16 heures par jour, 6 jours et demi sur 7 et, bien sûr, laisser crever ceux qui ne se seront pas "adaptés". Merci pour votre belle vision du monde futur ! S'ils ont progressé chez nous, au détriment des nos entreprises industrielles, ce n'est pas parce qu'ils font de meilleurs produits mais uniquement parce qu'ils sont moins chers, à cause d'une concurrence DELOYALE !!! Les principaux responsables ne sont pas la majorité des employés et des petits patrons mais les responsables des grandes entreprises qui ont délocalisé en Chine et en Inde pour produire le moins cher possible. Et ceux qui ont investi en Chine en acceptant de transférer leur meilleure technologie (les constructeurs automobiles allemands par exemple) se mordront effectivement bientôt les doigts. Il n'y a aucune admiration à avoir pour ces pays (Chine, Corée du Sud et Inde) car ils pillent l'Afrique d'une manière bien plus violente que les anciens "colonisateurs" européens et agissent de manière parfaitement déloyales sur nos marchés (panneaux solaires subventionnés par le gouvernement chinois par ex.) et coulent nos meilleures entreprises. Nous n'avons pas les moyens économiques de nous défendre car nous n'arriverons pas à être toujours devant par l'innovation. Les centaines de milliers d'ingénieurs indiens et chinois qui arrivent chaque année sur le marché arriveront à innover eux aussi.
Comme je pense toutefois que nous avons raison de conserver nos valeurs (contrairement à ce que vous pensez)telles que droits de l'homme, protections sociales des employés, le seul moyen que je vois pour le moment est de nous unir (européens), de conserver une libre concurrence EN EUROPE MAIS d'établir des protections économiques (taxes très élevées) contre les produits réalisés en concurrence déloyale par ces différents pays. Pourquoi personne ne dit rien quand la Chine oblige les investisseurs étrangers à partager les bénéfices (50 %), à partager la technologie, produire le 80 % des composants sur place (automobile). Les Européens sont les seuls (même les Américains, pourtant grands chantres du libre-échange, inventent tout à coup des barrières protectionnistes lorsqu'ils sont en danger (métallurgie, etc...)à accepter et suivre les règles de libre échange qui profitent aux entreprises non européennes.
Nous ne sommes que 500 millions face à trois milliard (Inde, Corée et Chine). Tellement supérieurs en nombres, il est normal que nous ne soyons plus les dominateurs du monde. Mais un marché de 500 millions de personnes est suffisant pour bien vivre et faire fonctionner nos entreprises, sans les 3 milliards précitées s'il le faut ! Pour cela, il est toutefois impératif que l'Europe s'unisse, ce qui est très loin d'être malheureusement le cas pour le moment, peut-être à cause de l'Allemagne surtout, Allemagne qui est le principal bénéficiaire de l'Euro et qui n'a pas envie de se battre contre les Asiatiques car ils vendent chez eux beaucoup pour le moment. Mais quand les Asiatiques auront suffisamment "pompé" toute leur technologie, ils grinceront alors des dents...

Écrit par : Golliard dominique | 16/09/2012

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