07/10/2012 10:08 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’électricité, un produit de luxe!

BALET_1.jpgLors de la journée de l’énergie du comptoir de Martigny, d’éminents orateurs ont passé en revue l’approvisionnement électrique – après Fukushima – de divers pays, dont la France, l’Allemagne et l’Italie, nos voisins. Manifestement, les difficultés d’approvisionnement à un prix raisonnable agitent les esprits dans tous les pays. Qu’ils aient décidé de réduire la proportion de nucléaire, comme la France, de sortir rapidement du nucléaire, comme l’Allemagne, ou qu’ils en soient sortis depuis longtemps, comme l’Italie, tous devront s’adapter à un «nouveau monde électrique». L’objectif est fixé, mais les moyens proposés pour y parvenir restent imprécis, voire irréalistes.
En Suisse, le Conseil fédéral a présenté le 29 septembre son projet de stratégie énergétique 2050. C’est la première étape d’une nouvelle politique décidée en 2011 après Fukushima. Le parlement et le peuple donneront leur avis dans les années à venir. Le projet ne manque certes pas d’ambition. Mais est-il réaliste? C’est une question à laquelle il est difficile de répondre pour l’instant tant il demeure d’incertitudes. Et c’est bien là toute la difficulté de l’exercice de révolution énergétique.
Dans ce domaine, et dans celui de l’électricité en particulier, les investissements sont colossaux. Qu’on songe aux installations de pompage turbinage par exemple, qui devront assurer une grande part du stockage de l’électricité, ou à la rénovation et au développement du réseau de transport, chiffrés en dizaine de milliards de francs, sans parler de la construction de centrales à gaz, de parcs éoliens ou de centrales photovoltaïques ou des expériences de géothermie. Selon le scénario moyen établi par l’Association des entreprises électriques suisse (AES), scénario un peu moins ambitieux mais le plus proche de celui de la Confédération, les investissements à engager d’ici 2050 s’élèveront à 135 milliards de francs. Aucun investisseur sérieux n’engagera des milliards sans connaître précisément les règles du jeu, c’est-à-dire sans savoir qui va payer la note.
Pour la population, les décisions dépendront de l’influence sur le porte-monnaie, sur le confort privé mais aussi et surtout sur les emplois. Or, pour les entreprises suisses, petites ou grandes, une augmentation de 1 centime par KWh d’électricité, se traduit par une facture de 349 millions. On est loin du compte en milliard et pourtant, ajouté au franc fort, une telle facture serait déjà douloureuse face à la concurrence internationale. En bas de page, se trouve régulièrement la panacée: augmenter les importations selon les besoins pour combler les déficits de production indigènes. Chaque pays le mentionne. Très bien. Reste seulement à savoir qui sera le pays exportateur, comme le soulignaient malicieusement les orateurs à Martigny! Certainement pas la Suisse. Et les jours de grand froid sur le continent, aux heures de pointe, le nucléaire français risque bien de ne pas suffire à combler une forte demande.
Plus concrètement, cela veut dire que la denrée «électricité» pourrait rapidement devenir un produit rare et cher. En clair, un produit de luxe. Ne resterait plus qu’à introduire un impôt sur le luxe pour boucler la boucle du rationnement. Mais chut! Un peu de discrétion pour l’instant, s.v.p.! La réforme de la fiscalité écologique, ce sera en 2014.
 
Chantal Balet, présidente de la Fédération romande pour l’énergie (FRE)
 
 
 

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