14/10/2012 11:16 | Lien permanent | Commentaires (2)

Sans Genève, Zurich n’est rien

Savary.JPGUn matin de cette semaine, sur le trajet entre Lausanne et Berne, se retrouvaient dans le même wagon-restaurant un ancien diplomate, une moisson de parlementaires, deux fonctionnaires des affaires étrangères, une secrétaire de commission, un journaliste, un responsable universitaire. Le train du Plateau a parfois des allures de refuge pour gouvernement en exil.


C’est que souvent, dans les histoires de train, il n’y a pas que des trains. Ici, c’est aussi une histoire de lien. De lien confédéral.


En politique ferroviaire, on ne parle donc pas que du matériel, mais aussi de la Suisse que l’on entend voir émerger. L’adoption par la commission des transports des Etats d’un programme de développement des infrastructures publiques traduit la volonté de définir de nouvelles priorités. Ces nouveaux axes commencent à Genève, se terminent à Saint-Gall, irriguent le pied du Jura, consacrent Lausanne et Berne. Bref, la boussole change de cap: Est-Ouest, plutôt que Nord-Sud.


Il y a cinq ans, on est encore loin de tout ça. Les yeux tournés vers le Gothard, le piolet à la main, les élus à Berne n’en ont toujours que pour les transversales alpines. Comme le rappelle Yvette Jaggi dans l’hebdomadaire Domaine Public (8 octobre 2012), «rien n’est trop grand, ni trop cher quand il s’agit de construire ou d’entretenir routes et tunnels sur ou vers le fameux massif dont plusieurs sommets culminent à plus de 3000 mètres». Dans le même temps, les passagers qui vivent, aiment, étudient, travaillent, s’entassent dans des wagons bondés. En particulier en Suisse romande, négligée avec constance par les autorités politiques.


Mais la révolte gronde, légitimée par l’explosion économique et démographique. Les cantons se réunissent, s’organisent en régions, montent à Berne. Ainsi de la métropole lémanique, l’entité qui désormais rassemble les cantons de Genève et Vaud. La prise de conscience paie aujourd’hui et se compte en espèces sonnantes et trébuchantes. Sont désormais prévus 1,2 milliard pour la gare de Lausanne, 800 millions pour Cornavin. Concrètement, cela signifie plus de quais, donc plus trains, donc plus de places, donc plus de cadences. Cela signifie aussi qu’est reconnue d’intérêt national l’extension des capacités ferroviaires des villes lémaniques. En gros, sans Genève, Zurich n’est rien. Faire accepter cette nouvelle cartographie, ces évidentes interactions n’a pas été sans mal. Pour preuve, l’opposition de quinze cantons alémaniques aux investissements destinés à la Suisse romande.


La décision prise ce jeudi par la commission des transports n’en a donc que plus d’importance. Elle repose sur la solidarité des cantons de Suisse occidentale et l’acceptation, par la majorité des cantons alémaniques réunie autour de Zurich, que la Suisse vit aussi hors des entrailles tunnelières.


Qu’est l’impact de ces projets sur notre vie à nous? Tout de suite, rien. Les travaux ne commenceront pas avant 2017. Ensuite, de gros désagréments. Surtout entre Lausanne et Genève, si nos gares deviennent, presqu’en même temps, d’immenses chantiers ouverts. Mais en 2025 alors pourra-t-on circuler sans difficulté de Genève à Saint-Gall. Le coût serait pris en charge par une augmentation de 0,1% de TVA, de 2018 à 2030 (mais d’autres pistes sont possibles). En réalité, un allégement d’impôt par rapport à la situation actuelle puisque tomberait à ce moment-là, le supplément TVA de 0,4% pour le financement de l’AI.


Au final, en tous les cas, nous voterons. Pas seulement sur les trains. Mais aussi sur nos liens.

Géraldine Savary, Conseillère aux Etats (VD/PS), Vice-présidente du Parti socialiste suisse

Commentaires

Magnifique texte et superbe conclusion. Oui, la boussole change et l'axe ouest-est, de Genève a St.-gall, est prioritaire. Rapprocher Zurich de Lausanne, c'est rapprocher tous les suisses entre eux, un programme qui va bien au-delà du chemin de fer, un défi pour nos liens confédéraux.

Écrit par : Mange | 14/10/2012

Magnifique texte et superbe conclusion. Oui, la boussole change et l'axe ouest-est, de Genève a St.-gall, est prioritaire. Rapprocher Zurich de Lausanne, c'est rapprocher tous les suisses entre eux, un programme qui va bien au-delà du chemin de fer, un défi pour nos liens confédéraux.

Écrit par : Mange | 14/10/2012

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