20/10/2012

Passage à l’ère numérique: le défi de la SSR

LORETAN_1.jpgLundi passé, la SSR a publié en toute transparence l’intégralité de sa nouvelle stratégie d’entreprise sur Internet. Dans les débats sur le service public, il nous importe en effet que tout un chacun connaisse nos priorités. Outre les objectifs de gestion, la SSR y définit pour la première fois les grandes lignes de développement de son offre radio, télévision et online dans les années à venir.

Un des défis majeurs consiste à réussir notre «digital shift», c’est-à-dire le passage à l’ère numérique. En réalité, nous y sommes déjà bien présents. Mais il ne faut en aucun cas relâcher nos efforts, car la technologie ainsi que les attentes des téléspectateurs et auditeurs évoluent extrêmement vite dans un paysage médiatique en rapide et profonde mutation.
Sans délaisser son traditionnel rôle de diffuseur radio-tv, il est impératif que le service public produise et distribue des contenus multimédias pour s’affirmer dans un monde plus si nouveau que cela: de plus en plus de nos utilisateurs font fi de la grille des programmes et des heures d’écoute; grâce à l’Internet, ils composent leur menu audiovisuel comme bon leur semble, au gré de leur disponibilité et de leurs envies.

Forte de ce constat, la SSR se doit d’aller au-devant des nouvelles habitudes de celles et ceux qui paient la redevance. A fortiori, elle a le devoir d’anticiper les attentes de celles et ceux qui la paieront demain: les jeunes. Il est évident que l’Internet et les réseaux sociaux constituent les meilleurs vecteurs de communication pour créer un dialogue avec eux.
C’est dès aujourd’hui que nous devons les intéresser et les fidéliser par le biais de contenus et de formats audiovisuels les interpellant là où ils se trouvent: la Toile! Au risque de me répéter, cela ne se fera pas au détriment de notre public «classique», puisque nous maintiendrons toujours une offre grand public sur les programmes radio-tv traditionnels.

Cela étant dit, le nouveau contexte audiovisuel nous impose d’évaluer notre offre de chaînes et de programmes en permanence. Toute maison de presse se doit de le faire et nous n’échappons pas à la règle. C’est le cas notamment pour ce qui concerne la radio anglophone WRS. Tout en restant dans le strict cadre de sa mission de service public, il est nécessaire d’adapter cette offre en fonction de l’évolution de la société, du marché, des nouvelles technologies ainsi que des préférences du public.
C’est dans cette logique que la stratégie de la SSR intègre autant les vecteurs traditionnels, que les nouveaux médias interactifs, mobiles et participatifs de cette nouvelle société numérique. Cette réflexion inclut la création de contenus spécifiques destinés à ces modes de diffusion novateurs. De plus, l’intensification de notre activité sur les réseaux sociaux nous permettra de renforcer le sentiment de communauté autour des émissions. Dans une moindre mesure, le rédactionnel fait également partie de ce dispositif car l’Internet intègre visuels, sons et textes.

Mais le point fort et l’ambition de la SSR sont, et resteront, l’audiovisuel. Comme le souligne notre stratégie, une offre audiovisuelle forte est à la fois notre raison d’être, notre but et notre compétence majeure. Nous avons d’ailleurs la ferme intention de rester leader du marché tant au niveau radiophonique que télévisuel. Dans le domaine multimédia, nous aspirons évidemment à augmenter notre audience, celle-ci tendant à s’éroder sur les vecteurs traditionnels.
Nous serons guidés dans cet exercice de transition, que nous gérons avec détermination, par les impératifs qui découlent de notre mission de service public moderne. L’Internet est audiovisuel, il est donc un chemin d’avenir tout tracé pour la SSR.

Raymond Loretan, Président de la SSR

14/10/2012

Sans Genève, Zurich n’est rien

Savary.JPGUn matin de cette semaine, sur le trajet entre Lausanne et Berne, se retrouvaient dans le même wagon-restaurant un ancien diplomate, une moisson de parlementaires, deux fonctionnaires des affaires étrangères, une secrétaire de commission, un journaliste, un responsable universitaire. Le train du Plateau a parfois des allures de refuge pour gouvernement en exil.


C’est que souvent, dans les histoires de train, il n’y a pas que des trains. Ici, c’est aussi une histoire de lien. De lien confédéral.


En politique ferroviaire, on ne parle donc pas que du matériel, mais aussi de la Suisse que l’on entend voir émerger. L’adoption par la commission des transports des Etats d’un programme de développement des infrastructures publiques traduit la volonté de définir de nouvelles priorités. Ces nouveaux axes commencent à Genève, se terminent à Saint-Gall, irriguent le pied du Jura, consacrent Lausanne et Berne. Bref, la boussole change de cap: Est-Ouest, plutôt que Nord-Sud.


Il y a cinq ans, on est encore loin de tout ça. Les yeux tournés vers le Gothard, le piolet à la main, les élus à Berne n’en ont toujours que pour les transversales alpines. Comme le rappelle Yvette Jaggi dans l’hebdomadaire Domaine Public (8 octobre 2012), «rien n’est trop grand, ni trop cher quand il s’agit de construire ou d’entretenir routes et tunnels sur ou vers le fameux massif dont plusieurs sommets culminent à plus de 3000 mètres». Dans le même temps, les passagers qui vivent, aiment, étudient, travaillent, s’entassent dans des wagons bondés. En particulier en Suisse romande, négligée avec constance par les autorités politiques.


Mais la révolte gronde, légitimée par l’explosion économique et démographique. Les cantons se réunissent, s’organisent en régions, montent à Berne. Ainsi de la métropole lémanique, l’entité qui désormais rassemble les cantons de Genève et Vaud. La prise de conscience paie aujourd’hui et se compte en espèces sonnantes et trébuchantes. Sont désormais prévus 1,2 milliard pour la gare de Lausanne, 800 millions pour Cornavin. Concrètement, cela signifie plus de quais, donc plus trains, donc plus de places, donc plus de cadences. Cela signifie aussi qu’est reconnue d’intérêt national l’extension des capacités ferroviaires des villes lémaniques. En gros, sans Genève, Zurich n’est rien. Faire accepter cette nouvelle cartographie, ces évidentes interactions n’a pas été sans mal. Pour preuve, l’opposition de quinze cantons alémaniques aux investissements destinés à la Suisse romande.


La décision prise ce jeudi par la commission des transports n’en a donc que plus d’importance. Elle repose sur la solidarité des cantons de Suisse occidentale et l’acceptation, par la majorité des cantons alémaniques réunie autour de Zurich, que la Suisse vit aussi hors des entrailles tunnelières.


Qu’est l’impact de ces projets sur notre vie à nous? Tout de suite, rien. Les travaux ne commenceront pas avant 2017. Ensuite, de gros désagréments. Surtout entre Lausanne et Genève, si nos gares deviennent, presqu’en même temps, d’immenses chantiers ouverts. Mais en 2025 alors pourra-t-on circuler sans difficulté de Genève à Saint-Gall. Le coût serait pris en charge par une augmentation de 0,1% de TVA, de 2018 à 2030 (mais d’autres pistes sont possibles). En réalité, un allégement d’impôt par rapport à la situation actuelle puisque tomberait à ce moment-là, le supplément TVA de 0,4% pour le financement de l’AI.


Au final, en tous les cas, nous voterons. Pas seulement sur les trains. Mais aussi sur nos liens.

Géraldine Savary, Conseillère aux Etats (VD/PS), Vice-présidente du Parti socialiste suisse

07/10/2012

L’électricité, un produit de luxe!

BALET_1.jpgLors de la journée de l’énergie du comptoir de Martigny, d’éminents orateurs ont passé en revue l’approvisionnement électrique – après Fukushima – de divers pays, dont la France, l’Allemagne et l’Italie, nos voisins. Manifestement, les difficultés d’approvisionnement à un prix raisonnable agitent les esprits dans tous les pays. Qu’ils aient décidé de réduire la proportion de nucléaire, comme la France, de sortir rapidement du nucléaire, comme l’Allemagne, ou qu’ils en soient sortis depuis longtemps, comme l’Italie, tous devront s’adapter à un «nouveau monde électrique». L’objectif est fixé, mais les moyens proposés pour y parvenir restent imprécis, voire irréalistes.
En Suisse, le Conseil fédéral a présenté le 29 septembre son projet de stratégie énergétique 2050. C’est la première étape d’une nouvelle politique décidée en 2011 après Fukushima. Le parlement et le peuple donneront leur avis dans les années à venir. Le projet ne manque certes pas d’ambition. Mais est-il réaliste? C’est une question à laquelle il est difficile de répondre pour l’instant tant il demeure d’incertitudes. Et c’est bien là toute la difficulté de l’exercice de révolution énergétique.
Dans ce domaine, et dans celui de l’électricité en particulier, les investissements sont colossaux. Qu’on songe aux installations de pompage turbinage par exemple, qui devront assurer une grande part du stockage de l’électricité, ou à la rénovation et au développement du réseau de transport, chiffrés en dizaine de milliards de francs, sans parler de la construction de centrales à gaz, de parcs éoliens ou de centrales photovoltaïques ou des expériences de géothermie. Selon le scénario moyen établi par l’Association des entreprises électriques suisse (AES), scénario un peu moins ambitieux mais le plus proche de celui de la Confédération, les investissements à engager d’ici 2050 s’élèveront à 135 milliards de francs. Aucun investisseur sérieux n’engagera des milliards sans connaître précisément les règles du jeu, c’est-à-dire sans savoir qui va payer la note.
Pour la population, les décisions dépendront de l’influence sur le porte-monnaie, sur le confort privé mais aussi et surtout sur les emplois. Or, pour les entreprises suisses, petites ou grandes, une augmentation de 1 centime par KWh d’électricité, se traduit par une facture de 349 millions. On est loin du compte en milliard et pourtant, ajouté au franc fort, une telle facture serait déjà douloureuse face à la concurrence internationale. En bas de page, se trouve régulièrement la panacée: augmenter les importations selon les besoins pour combler les déficits de production indigènes. Chaque pays le mentionne. Très bien. Reste seulement à savoir qui sera le pays exportateur, comme le soulignaient malicieusement les orateurs à Martigny! Certainement pas la Suisse. Et les jours de grand froid sur le continent, aux heures de pointe, le nucléaire français risque bien de ne pas suffire à combler une forte demande.
Plus concrètement, cela veut dire que la denrée «électricité» pourrait rapidement devenir un produit rare et cher. En clair, un produit de luxe. Ne resterait plus qu’à introduire un impôt sur le luxe pour boucler la boucle du rationnement. Mais chut! Un peu de discrétion pour l’instant, s.v.p.! La réforme de la fiscalité écologique, ce sera en 2014.
 
Chantal Balet, présidente de la Fédération romande pour l’énergie (FRE)
 
 
 

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