04/11/2012 09:57 | Lien permanent | Commentaires (0)

Il n’y a pas eu de miracle à la Maison-Blanche

 
 
LEUBA_1.jpgLa campagne présidentielle américaine a ceci de particulier qu’elle captive bien au-delà des frontières de l’Union. Les Etats-Unis n’ont en effet pas leur pareil pour transformer les événements significatifs en quelque chose de spectaculaire, parlant au cœur par une certaine théâtralité et à la raison par leur organisation le plus souvent métronomique. En fait, l’Américain vu d’ici n’habite jamais très loin de Wisteria Lane, au même titre que l’Anglais de référence nous semble tout droit sorti d’un tableau de William Hogarth ou son homologue français d’un scénario d’Audiard. C’est ainsi: par paresse ou par confort, l’homme se réfugie dans les stéréotypes.
 
 
Au nom de ces conventions, la vision européenne du duel Romney-Obama ne peut être qu’une caricature. Elle est de plus déconnectée de la perception que s’en font les Américains eux-mêmes, observateurs pourtant directement concernés. Romney est perçu chez nous comme un suppôt du grand capital, réactionnaire bondieusard aux capacités intellectuelles approximatives. Pour nombre d’Occidentaux, et contre vents et marées, Obama reste, quant à lui, une icône dont le talent suffit à sanctifier la politique américaine. L’état de grâce du Prix Nobel de la paix 2009 semble sans fin, efficacement entretenu il est vrai par une image travaillée avec soin et une machine de communication pour ainsi dire infaillible. Le charme et le charisme du président, indéniables, font le reste. N’en déplaise aux idolâtres, et nonobstant ce contraste, les sondages américains placent les deux candidats dans un mouchoir.
Les résultats politiques concrets, eux, sont tout en nuances. Comme l’atteste l’historique débâcle démocrate enregistrée lors des élections législatives partielles de mi-mandat, la cote de popularité du 44e président américain s’est nettement émoussée aux Etats-Unis. Probablement pas au point de lui coûter sa réélection, mais assez tout de même pour lui faire sentir le vent du boulet. Désabusé, le citoyen américain doit constater que les chiffres du chômage stagnent à un niveau critique malgré un tassement en cours de législature, que le taux de pauvreté est au plus haut depuis vingt ans (15%), que la grande majorité des emplois créés se situent dans les bas salaires et que la dette publique – 16 000 milliards de dollars! – est stratosphérique. Il n’en faut pas plus pour que certains y lisent l’échec patent du plan de relance d’Obama. Les déçus ajouteront que le centre de détention de Guantánamo est resté grand ouvert, au mépris du décret présidentiel fièrement signé au lendemain de son investiture.
Certes, cette partie décevante de son bilan ne doit pas éclipser des résultats jugés plus flatteurs, dans une conjoncture économique contraire, comme la réforme partielle du système de santé ou le plan de sauvetage de l’automobile. Plus symboliquement, il restera celui qui est parvenu à régler son compte au régisseur en chef des attentats du 11 Septembre.
Tout bien pesé, il apparaîtra au final que le potentiel thaumaturgique attribué à Barack Obama («Yes we can» pouvant se traduire aussi bien par abracadabra) et l’espoir phénoménal sur lequel il s’est plu à surfer ne lui auront pas permis d’accoucher d’autre chose que d’une souris, rappelant ainsi à ses zélateurs que la politique n’est pas un tapis de roses et que les élans réformateurs, passé les engagements et les beaux discours, s’enlisent souvent dans les réalités du quotidien. En ce sens, Obama ne fait pas exception à la règle. En clair: il n’y a pas eu de miracle à la Maison-Blanche. Au fond, il n’y a rien là d’étonnant. Alexis de Tocqueville relevait jadis à propos de la réélection américaine qu’elle travestissait la volonté du législateur en faisant du président des Etats-Unis un suiveur plutôt qu’un guide. Il est néanmoins de l’obligation d’un magistrat de lutter contre cette dérive.
 
 

PHILIPPE LEUBA, Conseiller d’Etat vaudois

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