11/11/2012 10:34 | Lien permanent | Commentaires (0)

Merci Monsieur Kamprad, continuez!

FAVRE-84.jpgIl y a des contreparties qu’il faudrait savoir découvrir par soi-même. Avec les Etats-Unis, les citoyens les plus nantis ont compris depuis longtemps que leur opulence comportait des devoirs.
Ces nababs Américains cèdent d’eux-mêmes, volontairement, une partie considérable de leur fortune, ce qui permet de construire des musées, des hôpitaux ou des Universités représentant des sommes colossales. Cette conception de la richesse a pris de l’ampleur: 92 milliardaires américains ont ainsi accepté de donner, à l’invitation du fondateur de Microsoft, Bill Gates, la moitié de leur fortune à des œuvres de charité. Ils rejoignent Larry Ellison, Warren Buffett. Une dizaine d’autres nouveaux milliardaires ont formé le projet Giving Pledge. Des gens aussi différents que le boss de CNN, Ted Turner, le créateur de Facebook, Mark Zuckerberg, celui d’ebay, Pierre Omidyar, le roi canadien de l’alcool Edgar Bronfman, le maire de New York, Michael Bloomberg, ont cédé une part considérable de leurs milliards.
 
Et chez nous? Disons que la situation peut être qualifiée de variable. L’industriel Branco Weiss a légué 100 millions de francs à l’EPFZ, après d’autres largesses. Ici, des fortunes moins extravagantes soutiennent la recherche médicale et la culture.
Nous avons eu et avons encore de vrais mécènes. Entre autres, le Belge Leenaards a laissé une fortune de 300 millions. En son temps, le Russe Gabriel de Rumine a offert à Lausanne la construction d’un palais. Le Britannique William Haldimand a permis de réaliser une piscine couverte. Mesdames Jeanne et Henriette Rath ont financé un musée à Genève.
 
Néanmoins, ces engagements sont rares, lorsqu’on les met en parallèle avec la très longue pratique vaudoise du forfait fiscal, inventé en 1862 sur les rives de Léman. N’est-ce pas l’exemple d’un accueil exquis (que d’autres pays n’ont d’ailleurs pas omis d’imiter) assurant des impôts cléments? Qu’on me comprenne: le principe du forfait fiscal ne me dérange pas. A certaines conditions. Il implique que son titulaire, qui s’y engage par contrat avec le canton qui l’accueille, ne travaille pas du tout sur le sol helvétique. Et il sous-entend que l’heureux citoyen hors-sol dépense ici.
 
Certains s’y mettent sur le tard. Ainsi le génial fondateur d’Ikea a fait récemment deux dons: 500 000 francs pour l’ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne), qu’un de ses trois fils a fréquentée, et dix millions pour des logements à Epalinges, sa commune de résidence. Plus quelques bourses de formation. En vérité, il faudrait dire: «Il était temps!» En s’installant en Suisse à 50 ans (il en a aujourd’hui 86), le créatif citoyen suédois a, tout simplement, pour être modéré, économisé plusieurs milliards d’impôts! M. Ingvar Kamprad est en effet généralement crédité d’une fortune d’environ 30 milliards de francs. S’il était resté en Suède ou s’il était devenu citoyen suisse, son pays de résidence pendant plus de trente-cinq ans, il est clair qu’il aurait dû s’acquitter d’une bonne partie de ses revenus au fisc de l’un de ces pays. Derrière sa galaxie familiale de sociétés écrans internationales qui ne paient pratiquement pas d’impôts, Monsieur Kamprad serait l’homme le plus riche d’Europe, longtemps classé parmi les 5 à 12 plus riches du monde. Et ce qu’il a payé et dépensé, en Suisse, pendant plus de trente ans, est dérisoire.
 
Monsieur Kamprad vous êtes un découvreur, un génie de l’inventivité, du commerce et du marketing. Pourquoi hésiter, comme vous le faites devant une autre dimension? Découvrez cette contrepartie
qui vous est ouverte comme à peu d’autres… et qui se nomme mécénat!
 
Pierre-Marcel Favre, éditeur

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