18/11/2012 10:19 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’union homosexuelle dérange

MOLLA_1.jpgCertaines décisions sont révélatrices. Ainsi l’adoption d’un principe liturgique pour les couples de même sexe, prise par le récent Synode de l’Eglise réformée vaudoise. En effet, ce choix révèle combien les questions ayant trait à la famille, au couple, hétérosexuel ou homosexuel et marié ou non, restent des questions sensibles. Les vives réactions suscitées attestent – et il faut s’en réjouir – que bien d’autres enjeux retiennent l’attention. En l’occurrence le thème même de l’homosexualité est-il supplanté par celui de la vérité et de la lecture des textes bibliques, c’est-à-dire par les questions fondamentales de leur autorité et de leur interprétation.
 
 
Vivre le couple – lequel, comment, jusqu’à quand…? – conduit à repenser, notamment sur le plan religieux, ce que d’aucuns espéraient immuable. S’interroger revient à décliner autrement qu’hier les notions de conjugalité, de fidélité, de loyauté, de maternité et de paternité, de sexualité, de procréation et d’adoption, de divorce, de famille composée ou recomposée, de rite et de symbolique sociale, etc., tant les défis à relever se posent en nouveaux termes. Or les discours prononcés au nom de «la» vérité méprisent et surplombent l’histoire. Cette dernière est pourtant lourde en raison de dirigeants qui ont entraîné les leurs vers le pire en imposant leur doctrine politique infaillible ou en exposant le «plan de Dieu» qu’ils avaient le privilège de connaître.
Aujourd’hui, quelques couples homosexuels désirent voir leur union reconnue officiellement devant Dieu. Après une dizaine d’autres Eglises protestantes, celle de ce canton ose se positionner en leur faveur. Elle ne prétend pas ainsi parler au nom de Dieu, mais témoigner de Celui qui donne sens à tous ses engagements. Il ne s’agit pas d’un aggiornamento. C’est bien plus l’expression de la volonté que chacun, quelle que soit son orientation sexuelle, puisse inscrire son cheminement personnel et conjugal devant Dieu. Serait-ce là brader l’Evangile?
Contrairement au cliché, Jésus s’intéresse fort peu à la question homosexuelle et même sexuelle! Ce qui le préoccupe bien davantage est d’un tout autre ordre. C’est la puissance qui s’empare tragiquement de l’humain, fût-il homo- ou hétérosexuel, et qui légitime l’asservissement, quel qu’il soit. Or l’argent répond bien plus vite à ce critère que la sexualité. Autant dire que sur ce sujet grande est la marge de progression des Eglises pour rendre leur témoignage au cœur d’une société où tant d’hommes et de femmes font les frais de l’économie libérale!
«Qu’est-ce que la vérité?» demande déjà Pilate à Jésus. Celui-ci ne répond rien, sinon par son engagement total. Manière de souligner que tout énoncé fige moins la vérité que les postures et les craintes. Néanmoins le protestantisme, il est vrai, ne cesse de se référer aux textes bibliques, c’est toute son histoire. Mais cette lecture infinie de la Bible passe toujours par un travail d’interprétation, risqué. Il suffit de se souvenir que l’esclavage, l’assujettissement des femmes, l’antisémitisme, ont été trop longtemps défendus en s’appuyant sur les Ecritures. C’est que l’aveuglement use volontiers des mots de la foi, sans donner rendez-vous à la bonne nouvelle libératrice de l’Evangile.
Traduire comporte donc toujours le risque de trahir, mais ce qui est sûr c’est que ne pas s’inscrire dans une démarche de traduction pour être fidèle aujourd’hui conduit irrémédiablement à une trahison.
 
SERGE MOLLA
Pasteur

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