24/11/2012 23:53 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cercle, matin, dimanche

Un Parlement neuf bâti sur le dialogue

cercle, matin, dimancheIl n’est jamais trop tard pour engager une négociation, forger un consensus, convaincre, et finalement atteindre un but par une nouvelle voie quand l’ancienne s’avère sans issue. Voilà ce que j’aimerais retenir du délicat exercice qui a marqué mon automne et que m’a proposé le dossier de la reconstruction du Parlement vaudois.

Ce projet refait son chemin. Revu et transformé, nanti d’une recommandation d’approbation unanime de la commission qui l’a examiné, il repassera dans quelques jours devant le Grand Conseil. Il propose aux députés un exercice inédit: revenir sur une décision prise à une large majorité voici cinq mois seulement et la remplacer par une autre. Cela au nom d’une notion subtile: l’indispensable adhésion de l’opinion que doit rencontrer dans notre démocratie vaudoise un édifice aussi important que son Parlement. Intelligemment conçu, répondant aux préoccupations énergétiques d’aujourd’hui, vainqueur d’un exigeant concours d’architecture, le projet initial n’a pas obtenu cette adhésion. Le Comité référendaire, qui a réuni contre son toit 16 300 signatures au milieu de l’été, l’a démontré. Que le bâtiment ait convaincu ses futurs utilisateurs et obtenu son permis de construire n’y changeait rien.

Pour sortir de l’impasse, tirer malgré tout parti de près de dix ans de réflexions et de conséquentes démarches préliminaires, il a fallu dans l’ordre accepter ce rejet, l’analyser et imaginer comment le dépasser. Une vraie remise en question pour tous; les architectes, les spécialistes des constructions publiques, les juristes et les élus chargés de suivre ce dossier. Elle a été effectuée sans regrets ni arrière-pensées, dans le souci d’être efficace, de réhabiliter enfin les ruines laissées par le malheureux incendie de mai 2002 et de rendre au Parlement, dans des conditions dignes du XXIe siècle, son site historique de réunion.

J’ai su dès le début du mois de septembre qu’une piste de reconstruction, passant par l’évolution du toit contesté, existait. Je l’ai soumise au bureau du Grand Conseil qui nous a soutenus dans son exploration. J’en ai informé les référendaires.
Je savais aussi que cette piste était précaire, qu’elle s’éloignait des sentiers battus et que la parcourir relèverait du défrichage. Qu’elle débouche aujourd’hui sur la promesse d’un nouvel édifice, conservant l’essentiel de ses qualités originelles mais mieux intégré au site sensible de la Cité et accepté par ceux qui l’avaient d’abord combattu, dit la créativité et l’engagement dont il a fallu faire preuve.

Deux mois durant les séances de l’aube ont été nombreuses et les rédactions du soir aussi. Les logiciels de conception et de calculs ont chauffé, les téléphones portables ont beaucoup grésillé et les plans de communication ont été soignés parce qu’il ne sert à rien de bien faire si l’on n’explique pas bien ce que l’on fait. Au final, j’aimerais remercier tous ceux qui se sont impliqués d’avoir compris qu’adapter n’est pas trahir. Un Parlement neuf vaut la concession de la tuile pour les uns, celle d’un volume plus ample que celui bâti par Alexandre Perregaux en 1804 pour les autres.

Cette aventure me l’a confirmé: c’est dans le dialogue qu’on surmonte les blocages. Dialogue avec les référendaires en entendant leurs critiques, avec l’architecte en comprenant sa création, avec les députés dans leur double rôle d’élus et de futurs utilisateurs. Et puis, quoi de mieux que le dialogue pour faire naître un Parlement?

Pascal Broulis, Conseiller d'Etat vaudois

 

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