02/12/2012 09:44 | Lien permanent | Commentaires (0)

Moins de médecine: et si c’était bon pour la santé?

LEYVRAT_1.jpgRéintroduire un moratoire sur les cabinets de spécialistes dès avril 2013 comme vient de le proposer le Conseil fédéral, a-t-il vraiment un sens? Faut-il croire qu’un bénéfice découlera d’une telle idée? Oui. Mais si l’on s’en tient à ce seul outil, nul doute que cela n’aura servi à rien.
Quels que soient les avis des uns et des autres sur le bien-fondé de consacrer 11% de notre produit national brut à la santé, nous sommes contraints d’admettre qu’en comparaison internationale, notre système coûte cher et que, faute de réforme dans ce domaine, son financement pèse lourd sur le budget des familles. Il serait donc sage d’adopter des mesures de modération qui ne touchent pas la qualité reconnue de nos soins.
Car aujourd’hui, qu’observe-t-on? Entre 1980 et 2012, le nombre de médecins n’a cessé d’augmenter pour atteindre de 1.2 à 2 praticiens pour 1000 habitants; faisant de la Suisse le pays de l’OCDE qui jouit de la plus forte densité médicale.
D’un autre côté, notre pays est un des parents pauvres en ce qui concerne le nombre de ses généralistes, puisqu’il faut dégringoler dans le dernier tiers du classement de l’OCDE pour le dénicher.
Si l’on approche son microscope de cette cartographie pour s’en faire une image un peu plus précise, que découvre-t-on? La Suisse regorge de spécialistes qui sont installés principalement dans les grands centres urbains, mais elle manque cruellement de généralistes surtout dans les régions les plus périphériques. Les jeunes médecins qui se forment sont en effet libres de choisir leur spécialité et le lieu de leur installation indépendamment des besoins du pays. Les hôpitaux qui les forment ne disposent d’aucun instrument régulateur.
Face à de tels constats, on voit bien que le moratoire proposé cet automne n’est qu’un emplâtre sur une jambe de bois; à moins qu’il ne s’inscrive dans une série d’autres mesures indispensables pour réguler l’offre de formation en fonction des besoins réels de la population.
La première chose à faire est d’instaurer des quotas pour les spécialités, comme en France ou en Belgique. Plus question dès lors de laisser certains domaines totalement désertés alors que d’autres attirent les jeunes médecins en trop grand nombre.
Ensuite, il faut limiter le droit des nombreux spécialistes de s’installer où ils le souhaitent. Le droit d’ouvrir un nouveau cabinet devrait être accordé en fonction d’une régulation cantonale ou régionale, réalisée sur un mode partenarial.
Les quotas tout comme les restrictions au droit de s’installer où l’on souhaite, devraient être fondés sur les constats d’un observatoire. Notre expérience nous a montré qu’un peu de volontarisme produit des résultats encourageants. Ainsi, après avoir engagé des efforts considérables, avec l’appui du canton, le CHUV et la PMU ont vu le nombre de jeunes médecins qui choisissent la médecine générale grimper de 19% à 26% entre 2007 et 2011.
En matière de médecine, croire qu’il faut sans cesse ajouter des moyens à ceux dont on dispose déjà, envisager placidement que la part du produit national brut consacrée à la santé grimpe encore, est risqué. Et si finalement c’est un peu moins de médecine, mieux régulée, qui pouvait être bon pour la santé?
 
Pierre-François Leyvraz, directeur général du CHUV, à Lausanne

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