16/12/2012 09:30 | Lien permanent | Commentaires (1)

L'après-Gbagbo et l'Afrique

 FAVRE-84.jpgPresque tout le monde l’a enfin compris: les fameux «printemps arabes» (la Tunisie, la Libye et l’Egypte sont en Afrique) débouchent systématiquement sur une avancée islamiste géante. Les laïcs minoritaires s’essoufflent. Et les économies sont en fort recul. Tout comme les droits des femmes…

Je reviens de Côte d’Ivoire. A la fin d’une véritable guerre civile, le désastreux socialiste Laurent Gbagbo a été chassé de son palais par un bombardement de l’armée française et mis en prison à La Haye. Ce qui a permis le redémarrage d’un pays longtemps aux abois. Mais quelle est la situation actuelle? Je dirais certes bien meilleure, mais pas satisfaisante.
 
Les belles plages, le «Saint-Trop» local de Bassam: désert. Pour la gigantesque basilique de Yamoussoukro, l’édifice chrétien le plus grand au monde (pour rappel, la réplique, en plus grand, de Saint-Pierre de Rome): deux visiteurs en une journée! Les kilomètres d’allées de cet édifice mégalomaniaque font penser aux autoroutes de la Corée du Nord: absolument désertes.
 
A propos d’autoroute, il est piquant de rappeler l’anecdote suivante: les Suisses ont construit depuis Abidjan une centaine de kilomètres d’«autostrade» (sur 250 au total), en direction de Yamoussoukro, village natal du premier président ivoirien Houphouët-Boigny et aujourd’hui capitale politique et administrative du pays. Cette construction a fait suite à une rencontre fortuite à Rivaz entre le politicien africain et Paul Chaudet, alors conseiller fédéral. A noter que cette autoroute africaine est identique à celle de Lausanne reliant Genève (sauf les installations démontables comme les glissières de sécurité, qui ont été «récupérées»)…
 
Et selon les sources les plus sérieuses, le grand mal africain, par conséquent aussi ivoirien, la fameuse corruption n’a pas disparu, mais s’est aggravée! On ne le dira jamais assez: lorsque les fonctionnaires d’un pays, ses flics et ses soldats, en particulier, sont très mal payés (en fait ne peuvent pas être bien payés), la petite corruption ne va pas disparaître. C’est une situation généralisée et hélas sans issue.
Et à un niveau supérieur, les clans, les ethnies, les familles, les partisans sont incapables de résister à la tentation! Presque partout, une partie de la population domine l’autre puisque les frontières des Etats ont été découpées à la hache, sur des cartes géographiques primitives par les autorités coloniales européennes.
 
Certes, grâce (!) aux Chinois, les infrastructures de l’Afrique se développent à marche forcée. Partout ou presque, de nouvelles routes, ponts, hôpitaux, usines sont bâtis par Pékin. Les téléphones mobiles très bon marché apportent une forme de modernité bienvenue. Des nouvelles possibilités d’étude à distance devraient aider fortement à l’éducation (Patrick Aebischer et l’EPFL s’en occupent). Une toute petite classe moyenne se développe.
 
Mais reste que les espoirs mis sur l’Afrique du Sud pâlissent. L’islam embrase entre autres le Mali et une partie du Nigeria. Le Soudan, le Zimbabwe se portent mal. L’Egypte est dans une situation financière et politique désastreuse. Et le Kivu, au nord du Congo, subit encore et toujours d’affreux massacres, qui auraient déjà fait plus de 6 millions de victimes, dans l’indifférence générale.
Bref, le continent africain suscite beaucoup d’espoirs. Son sous-sol et ses forêts regorgent de richesses. Mais pour la majorité de la population, la prospérité et l’équité ne sont pas pour demain…
 
Pierre-Marcel Favre, éditeur

Commentaires

Monsieur,

Votre article "L'après-Gbagbo et l'Afrique".

Mon ex-épouse étant originaire de Côte d'Ivoire, et ayant malgré tout gardé quelques contact avec ce pays je me permet de vous adresser ces quelques lignes.

Vous citez "le désatreux socialiste Laurent Gbagbo... bien que n'approuvant pas certaines méthodes socialisantes, son passage à la tête de l'Etat ivoirien aura eut le mérite de démontrer que la France a toujours mal à ses ex-colonies. Or donc le Sieur Gbagbo s'est mis à nationaliser les entreprises, notamment les grands groupes français, ce fut peut-être sa seule erreur à la présidence. Les élections maintes fois reportées auront fini par déboucher sur l'usurpation de la victoire du scrutin par Ouattara, en effet dans le nord du pays il y a eu plus de voix pour Ouattara que d'électeurs inscrits ! Vous aviez dit corruption ! Si Gbagbo s'est accroché à son fauteuil présidentiel c'est qu'il y avait une raison. Raison qui ne faisait pas les affaires des français. Le locataire de l'Elysée a menti, à l'instar du président US G.W.Bush sur l'Irak, pour justifier une intervention militaire en Côte d'Ivoire. Le président Gbagbo actuellement embastillé, ne sera probablement jamais jugé pour crimes contre l'humanité, il a pris soin d'enregistrer toutes ses conversations avec les dirigeants étrangers, or au tribunal de La Haye il pourrait ressortir de ces enregistrements quelques désagréabletés à l'attention d'ancien dirigeants occidentaux, français, anglais, américains .. notamment. Des faits qui pourrait inciter le tribunal de La Haye à inculper non seulement l'usurpateur Ouattara, mais aussi son mentor le Sieur Sarkozy, voire G.W.Bush. Le TPI s'est récemment fait remarquer en acquittant des justiciables ex-yougoslaves il pourra continuer avec les Africains. Si il continue sur cette lancée c'est son propre arrêt de mort qu'il va signer, le TPI n'est pas crédible et ne le sera jamais, il est juste là pour donner bonne consience aux dirigeants occidentaux.

En vous remerciant pour votre article, recevez, Monsieur, mes plus cordiaux messages.

André-S.Weber

Écrit par : André Samuel Weber | 16/12/2012

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