27/01/2013 09:55 | Lien permanent | Commentaires (5)

Ils font mal à la Suisse

PYM.JPGIl s’agit de 950 francs par assuré vaudois et de plusieurs centaines de francs pour les Genevois, Zurichois, Tessinois, Neuchâtelois. Il y a encore, pour des montants moindres, les Fribourgeois, les Glaronais et quelques autres. Ces sommes leur ont été prélevées de manière excessive par les assureurs maladie. Paraissent-elles dérisoires aux dix sénateurs qui ont voté contre toute solution de remboursement?
Si c’est le cas, ils ne comprennent manifestement pas qu’aux yeux de centaines de milliers de personnes, ce sont des sommes importantes, supérieures dans bien des cas à ce qu’un ménage espère mettre de côté en une année de travail.


Mais ce n’est déjà plus qu’une question d’argent. Un système de prélèvement obligatoire, contrôlé par une autorité fédérale, ampute sur de nombreuses années, malgré les avertissements de l’autorité cantonale, des centaines de millions de trop aux habitants d’une partie du pays et des centaines de millions de pas assez à d’autres. Et ce sont les assurés qui ont déjà les primes parmi les plus hautes du pays qui se voient encore chargés de coûts qui ne sont pas les leurs. Ces cantons, moqués et montrés du doigt parce qu’ils ne maîtrisaient prétendument pas leurs coûts, étaient au contraire en train de se rapprocher spectaculairement de la moyenne. Simplement, les assureurs oubliaient d’adapter les primes. Ce fait est désormais établi, admis par tous.


Et il faut supporter d’entendre une présidente de commission parlementaire, saisie par le Conseil fédéral d’un projet de remboursement minimal, nous dire, après cinq ans d’attente et de palabres, que rien ne sera remboursé, car ce serait trop compliqué. Trop compliqué. A-t-on jamais entendu un argument pareil! Dans un deuxième temps, elle ajoutera que c’est à cause de l’existence d’une alternative soutenue par tous les cantons qu’elle a décidé, avec neuf de ses collègues, de finalement tout refuser; unanimité des cantons qui avait par ailleurs été exigée par cette même commission.


Passons sur la pauvreté de ces justifications. A la fin, nous comprenons que ces parlementaires reconnaissent l’injustice et ne la réparent pas. Pourquoi? Ils ne prennent même pas la peine d’inventer un prétexte décent. Avec un peu de peine, ils en auraient sûrement trouvé au moins un, l’arsenal argumentatif de la mauvaise foi est large. Mais ils ne ressentent pas le besoin de faire un effort. Ils sont issus de cantons qui ont bénéficié de l’injustice. Et ils sont plus nombreux.


C’est cela qui provoque la colère. Ce n’est pas qu’une question d’argent. La petitesse de ce comportement rétrécit l’idée qu’on se fait de la démocratie, d’un Parlement et de la Suisse. Des peuples divers ont ressenti le besoin de se réunir en une Confédération. Pourquoi? Pour se serrer les coudes, s’entraider et construire ensemble un pays de droits et de devoirs fondés sur des principes de justice. Pas pour alimenter une caisse commune dans laquelle puiseront les plus agiles ou les moins scrupuleux des défenseurs d’intérêts particuliers. Un élu, c’est autre chose. Si le principe de justice ne le guide pas, il se diminue et diminue son pays.


Un tel vote rétrécit la Suisse. Il lui fait mal. Il doit être corrigé, rapidement.

 

Pierre-Yves Maillard, Conseiller d'Etat vaudois

Commentaires

Merci M. Maillard pour votre analyse si vraie. La Commission fédérale ad hoc ne veut pas rembourser parce que c'est paraît-il compliqué - alors que pour encaisser les primes, cela ne pose bien sûr pas de problème. Le Hic, c'est que nous nous trouvons comme pour les caisses de pensions dans un système où le citoyen se trouve face à une obligation de payer, sans avoir vraiment de prise sur ce qu'on lui prélève, pour des prestations définies. Les gestionnaires de ces capitaux font ce qu'ils veulent et lorsque cela va mal - comme pour SUPRA par ex. - c'est à nouveau le citoyen si bien nommé "Cochon de payant" par Jack Rolland qui re-passe à la caisse. Et ça commence à bien faire. J'appuie donc fermement les démarches entreprises et à venir en vue d'obliger les caisses maladies à passer... à la caisse !

Écrit par : Faerber Jacques | 27/01/2013

Felicitations à M. Maillard pour la clarté et la justesse de ses arguments et explications. Dommage qu il n a pas été élu à Berne.
Il est inacceptable qu une partie de la population soit lésée de la sorte par un système prétendument sous contrôle d un office fédéral.
Cela laisse clairement à penser que cet office est contrôlé par le lobby des assureurs très puissant dans les travées du parlement fédéral.
Je propose qu une initiative soit lancée afin que les intérêts des lésés soient pris en compte ou alors que chaque contribuable romand déduise la somme payée en trop de ses impôts fédéraux.

Écrit par : Gabriel Marthe | 27/01/2013

Cher Monsieur Maillard comme l'écrirait Mr Rotenbuhler, après vous être cette semaine lamenté sur le sort des assurés lésés par des primes surfaites de vos chers concitoyens vaudois, ne pourriez-vous pas revêtir votre habit de syndicaliste qui vous sied si bien. Vous auriez alors informé chacun de vos membres des montants encaissés abusivement et prié de suspendre le paiement des primes jusqu'à concurrence des sommes spoliées, mais voilà, vous êtes devenu politiquement correct et ceci ne se fait pas dans vos nouvelles fonctions, c'est là que je reconnais les transformations des personnes qui changent de costume.

Écrit par : Jean Deriaz | 27/01/2013

Mr Maillard.
La problématique ne vient pas ici d'une décision prise par une commission, mais du processus qui a mené à cette décision. Même si nous ne le connaîtrons probablement jamais ce processus a impliqué, comme vous le dite bien, des lobbys. Et ce sont ces lobbys qui ont créé une démocratie à double vitesse dans notre pays (et dans d'autres, que penser des Etats Unis qui ont plus d'un lobbyiste de Wall Street par élu). Une partie de la population - disons le tout de suite, ceux qui ont beaucoup d'argent - ce permet d'employer des lobbyistes afin de faire appliquer leur point de vue. Et je dis bien appliquer et non pas faire comprendre. Mais comme nous avons pu le voir avec cette affaire mais aussi avec le bruit d'économie Suisse au sujet de l'initiative Minder, ces lobbys n'aiment pas la démocratie pour tous, ils veulent une voie d'accès rapide et laissent les sentiers de terre aux autres. Voilà à quoi ressemble maintenant le paysage politique Suisse, et tout personne qui le nie est soit bercée par de douces illusions, soit se voile la face de peur de découvrir ce qui se cache derrière les apparences.

Écrit par : illambias | 28/01/2013

Très bon résumé de la pensée de pas mal de moutons payeurs…
Il est d'autant plus intéressant de lire le communiqué de presse de Santésuisse suite à cette décision de la commission:
http://www.santesuisse.ch/fr/dyn_output.html?content.vcid=6&content.cdid=36490&detail=yes&navid=

En résumé, Santésuisse se félicite de la décision de ne PAS entrer en matière pour rembourser les lésés.

Quand on sait que Santésuisse se targue de représenter 6.5 millions d'assurés [au travers de 60 assureurs], on voit de suite quels intérêts les intéressent en premier lieu.

Battons-nous pour une caisse unique, publique et transparente, avec cotisation sociale sous forme d'un impôt proportionnel au salaire ! C'est la seule solution pour se sortir de ce tas de M qu'est devenue la LAMAL grâce aux assureurs privés.
Laissons-leur par contre les complémentaires, qui ont tout à fait leur place dans leur optique de requins avides.

T.

Écrit par : SwissTengu | 28/01/2013

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