27/01/2013

Ils font mal à la Suisse

PYM.JPGIl s’agit de 950 francs par assuré vaudois et de plusieurs centaines de francs pour les Genevois, Zurichois, Tessinois, Neuchâtelois. Il y a encore, pour des montants moindres, les Fribourgeois, les Glaronais et quelques autres. Ces sommes leur ont été prélevées de manière excessive par les assureurs maladie. Paraissent-elles dérisoires aux dix sénateurs qui ont voté contre toute solution de remboursement?
Si c’est le cas, ils ne comprennent manifestement pas qu’aux yeux de centaines de milliers de personnes, ce sont des sommes importantes, supérieures dans bien des cas à ce qu’un ménage espère mettre de côté en une année de travail.


Mais ce n’est déjà plus qu’une question d’argent. Un système de prélèvement obligatoire, contrôlé par une autorité fédérale, ampute sur de nombreuses années, malgré les avertissements de l’autorité cantonale, des centaines de millions de trop aux habitants d’une partie du pays et des centaines de millions de pas assez à d’autres. Et ce sont les assurés qui ont déjà les primes parmi les plus hautes du pays qui se voient encore chargés de coûts qui ne sont pas les leurs. Ces cantons, moqués et montrés du doigt parce qu’ils ne maîtrisaient prétendument pas leurs coûts, étaient au contraire en train de se rapprocher spectaculairement de la moyenne. Simplement, les assureurs oubliaient d’adapter les primes. Ce fait est désormais établi, admis par tous.


Et il faut supporter d’entendre une présidente de commission parlementaire, saisie par le Conseil fédéral d’un projet de remboursement minimal, nous dire, après cinq ans d’attente et de palabres, que rien ne sera remboursé, car ce serait trop compliqué. Trop compliqué. A-t-on jamais entendu un argument pareil! Dans un deuxième temps, elle ajoutera que c’est à cause de l’existence d’une alternative soutenue par tous les cantons qu’elle a décidé, avec neuf de ses collègues, de finalement tout refuser; unanimité des cantons qui avait par ailleurs été exigée par cette même commission.


Passons sur la pauvreté de ces justifications. A la fin, nous comprenons que ces parlementaires reconnaissent l’injustice et ne la réparent pas. Pourquoi? Ils ne prennent même pas la peine d’inventer un prétexte décent. Avec un peu de peine, ils en auraient sûrement trouvé au moins un, l’arsenal argumentatif de la mauvaise foi est large. Mais ils ne ressentent pas le besoin de faire un effort. Ils sont issus de cantons qui ont bénéficié de l’injustice. Et ils sont plus nombreux.


C’est cela qui provoque la colère. Ce n’est pas qu’une question d’argent. La petitesse de ce comportement rétrécit l’idée qu’on se fait de la démocratie, d’un Parlement et de la Suisse. Des peuples divers ont ressenti le besoin de se réunir en une Confédération. Pourquoi? Pour se serrer les coudes, s’entraider et construire ensemble un pays de droits et de devoirs fondés sur des principes de justice. Pas pour alimenter une caisse commune dans laquelle puiseront les plus agiles ou les moins scrupuleux des défenseurs d’intérêts particuliers. Un élu, c’est autre chose. Si le principe de justice ne le guide pas, il se diminue et diminue son pays.


Un tel vote rétrécit la Suisse. Il lui fait mal. Il doit être corrigé, rapidement.

 

Pierre-Yves Maillard, Conseiller d'Etat vaudois

20/01/2013

Pauvre François Hollande!

FAVRE-84.jpgAprès la Somalie, voire la République centrafricaine, il risque l’échec au Mali. Le fiasco, dans la Corne de l’Afrique, a été habilement éclipsé par l’attaque simultanée au Nord-Mali. L’intervention française en Somalie (j’y étais il y a deux ans…) est un échec très grave. Il montre que les satellites, les drones, la supériorité en armement, les commandos aguerris, ne permettent absolument pas la libération d’un seul agent détenu par les shebabs et laisse encore des hommes au tapis. Victoire des islamistes.
Au nord de la Centrafrique, cette fois, des bandes en majorité islamistes menacent le président Bozizé de Centre-Afrique. Pas d’intervention française… Donc grignotage islamiste.
 
En Afghanistan, la France se retire. Suivront les Américains. Victoire islamiste garantie. La Tunisie disposait d’une famille prédatrice et se trouve maintenant appauvrie: victoire islamiste. L’après-Moubarak amène l’Egypte à la faillite. L’Arabie saoudite et le Qatar ne veulent pas prêter les milliards nécessaires. Dans un pays qui dispose des mêmes terres fertiles que lorsqu’il était sous-peuplé… Qui ne peut plus nourrir ces 85 millions d’habitants. Rejoint chaque année par un million de nouveaux citoyens. Un bébé toutes les vingt secondes. Victoire islamiste, en attendant un très possible coup d’Etat militaire.
 
Même le Maroc «bénéficie» d’un premier ministre, du parti islamiste «de la justice et du développement», Victoire islamiste. En Indonésie, au Kirghizistan, en Malaisie, au Nigeria, etc., des dizaines de milliers de mosquées sont construites aux frais de l’Arabie saoudite. Victoire islamiste.
Le Sénégal accueille chaque année le plus grand pèlerinage du monde musulman après La Mecque. Trois millions et demi de dévots se retrouvent pendant trois jours à Touba à la fin décembre. Un nombre qui va croissant, si l’on peut dire. Victoire islamiste.
C’est dans ce contexte, plus ou moins parlant, que le Mali – immense «pays» résultant d’un découpage colonial aberrant – était en train de sombrer complètement en Islam radical. Pour rappel, c’est bien à cause de l’intervention française en Libye, tant réclamée par Bernard-Henri Lévy, qu’un afflux d’hommes bien armés et décidés ont envahi le nord Mali. Victoire islamiste!
 
Le président Hollande n’avait guère le choix. Le pays entier aurait basculé. Mais c’est aussi pour la France un piège terrible: d’une part, des dépenses gigantesques alors que l’économie hexagonale est fragile et d’autre part, la France apparaît, pour un nombre considérable de musulmans, en croisade antiislamique solitaire. (Le ministre tunisien des Affaires étrangères s’est déjà opposé à l’intervention française!) Sachant que la communauté dans l’Hexagone est déjà forte de cinq millions de fidèles, il serait étonnant qu’il ne se trouve pas quelques Mohammed Merah pour sévir prochainement.
Et les vagues provoquées par l’intervention au Mali ne se limiteront pas à la prise d’otages dans le sud de l’Algérie: Alger ne pouvait qu’intervenir durement, la quasi-guerre civile du FIS des années 90 ayant fait plus de 100 000 morts…
 
Bien entendu, l’armée française et ces supplétifs reprendront le nord du Mali. Mais ce sera plus que difficile de se retirer. Le président dit déjà que l’armée française ne restera pas. En conséquence, les combattants peuvent se fondre un temps dans les sables ou dans la population. Il est donc plus que probable que nous aurons là aussi, au final, une victoire islamiste.
On peut adorer le monde musulman. Il n’est pas possible d’ignorer maintenant qu’il est animé, en Afrique, en Orient, et même en Europe. d’un certain esprit de conquête d’une tout autre nature que celui de Benjamin Constant…

Pierre-Marcel Favre, éditeur

06/01/2013

En territoire inconnu ne règne que l’arbitraire

 
BROULIS_Pascal.jpgDu Golem à Frankenstein, la créature qui échappe à son créateur est récurrente en littérature. L’histoire se finit mal en général, ce qui est sans importance lorsqu’il s’agit de monstres de papier. Mais, lorsque l’avatar incontrôlable est d’ordre institutionnel, c’est plus gênant. Or tel est malheureusement le cas du projet «Territoire suisse».
Né dans les bureaux de l’Office fédéral du développement territorial, élaboré dès 2006 à partir d’une convention signée par son département de tutelle et les unions, associations et conférences des villes, des communes et des cantons, «Territoire suisse» est originellement une réflexion. «Un cadre d’orientation et d’aide à la décision» dit son préambule, qui précise noir sur blanc qu’il «n’est pas un instrument contraignant supplémentaire». C’est bien ainsi que le considère la Conférence des gouvernements cantonaux (CdC), qui l’a approuvé en septembre 2012. Préalablement, elle avait eu l’occasion de souligner que la mise en œuvre de ses recommandations restait «du ressort des acteurs concernés». Donc au premier chef des cantons, auxquels incombent la compétence constitutionnelle et la responsabilité de l’aménagement du territoire.
Mais, une fois assemblée, la créature «Territoire suisse» s’est mise à bouger. Sur le site de la Confédération la voilà qui «fixe des objectifs et des stratégies pour le développement territorial». Dans les consultations fédérales elle s’insinue déjà comme référence, par exemple dans un domaine de politique économique aussi pointu que la définition des futures zones d’allégements fiscaux. Aucun Parlement pourtant n’y a consacré le moindre vote et aucune loi n’a entériné son existence.
Avant d’en avoir complètement perdu le contrôle, il faut rappeler que le territoire, comme d’ailleurs les agglomérations, est un inconnu de nos cartes politiques. Dûment bornés, politiquement organisés et démocratiquement administrés, il n’existe que la Confédération, les cantons et les communes. C’est assez et c’est beaucoup – nécessaire et suffisant, dirait un mathématicien – et c’est dans ce cadre éprouvé que se déploient les actions publiques.
Nos institutions ont fait la preuve de leur solidité comme de leur adaptabilité, y compris en matière d’aménagement. Les communes se rapprochent, s’associent, collaborent… et fusionnent lorsqu’elles s’y sentent prêtes. Les cantons savent transcender leurs frontières pour bâtir des écoles (Vaud et Fribourg dans la Broye), planifier des hôpitaux (Vaud et le Valais dans le Chablais), affirmer leurs besoins de mobilité (Vaud et Genève pour la Métropole lémanique). Les populations cantonales savent même modifier leurs frontières. C’est ainsi que le Jura est né, que le Laufonnais a changé de canton, et c’est aux citoyens encore que la fusion entre Vaud et Genève a pu être proposée, et démocratiquement refusée. Entre Confédération et cantons enfin, on sait se répartir les compétences, les tâches et leurs coûts, par le biais d’ajustements ou de vastes réformes à l’image de celle de la péréquation fédérale (RPT).
A l’inverse, «Territoire suisse» est étranger au terrain démocratique et ne peut prétendre s’y imposer. Ce serait admettre l’arbitraire. La créature doit être désactivée, ce qui est relativement simple à faire puisqu’il suffit de cesser de s’y référer. Le cas échéant, elle pourra ensuite être reprise dans les laboratoires politiques idoines que sont les Parlements des cantons et de la Confédération, puis soumise au verdict populaire, seul à même d’éventuellement lui donner une vie contrôlable.
 
Pascal Broulis, Conseiller d’Etat vaudois
 

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