24/02/2013 10:38 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’avenir de la santé, c’est aussi le partenariat public-privé

LORETAN_1.jpgLes récents événements autour de l’Hôpital de la Providence à Neuchâtel ont mis en lumière un grand déficit d’information sur l’avenir du système de santé suisse. L’introduction des forfaits par cas (DRG) au 1er janvier 2012 a effectivement amorcé une mutation du paysage hospitalier suisse, générant actuellement une certaine confusion dans l’opinion publique. Le législateur fédéral a voulu créer une complémentarité entre le secteur public et le secteur privé dans l’idée que cela bénéficierait aux patients et au porte-monnaie des assurés. En les mettant en situation de concurrence, les acteurs privés et publics amélioreront l’efficience du système hospitalier dans son ensemble. En effet, cette complémentarité devrait permettre d’améliorer la couverture sanitaire des cantons et participer à la maîtrise des coûts de notre système de santé, parmi les plus chers du monde. Les expériences suédoises et allemandes ont démontré l’efficacité de cette stratégie puisque, suite à l’introduction des DRG, de nombreux hôpitaux publics se sont tournés vers des systèmes de gestion privée, la qualité des soins a été améliorée et les coûts ont été drastiquement réduits. C’est aussi l’esprit de la loi sur l’assurance-maladie LAMal 2012.


 
Cette nouvelle loi impose que les établissements hospitaliers s’assument financièrement et paient leurs investissements avec le seul tarif (baserate) négocié avec les assurances et approuvé par le canton. Chacun doit donc s’imposer une gestion optimisée, avec une politique de prix cohérente. Contrairement aux idées reçues, cette gestion n’est pas uniquement le fait des opérateurs privés; certains hôpitaux publics, par exemple celui de Winterthour, sont bénéficiaires avec des tarifs parmi les plus bas de Suisse. A contrario, Fribourg et Neuchâtel ont des déficits chroniques de plusieurs dizaines de millions par an et doivent recourir à des subventions d’intérêt général afin de combler leur déficit. Mais ces hôpitaux se remettent en question et sont confrontés à des choix difficiles – par exemple une plus grande spécialisation des établissements – pour rester concurrentiels face aux grands hôpitaux universitaires.
 
Le secteur privé, quant à lui, n’a pas d’alternative à une politique d’équilibre budgétaire et de rentabilité. Il est faux de dire qu’il cherche à s’approprier uniquement les prestations hospitalières les plus rentables laissant au secteur public les prestations qui ne rapportent rien ou peu. Les tarifs DRG ont été précisément conçus pour tenir compte de la lourdeur de chaque cas. Donc, en principe, toutes les prestations peuvent être bénéficiaires si elles sont correctement organisées. Comme il est injustifié de prétendre que la santé privée n’est qu’une «médecine de riches». Les cliniques privées sur les listes hospitalières traitent essentiellement des assurés de base et acceptent des tarifs meilleur marché que les hôpitaux publics des cantons où elles se trouvent. Et cela ne se fait jamais au détriment des collaborateurs ou de la qualité. Le marché du travail en Suisse ne permet aucun dumping salarial dans ce secteur et il manquera quelque 25 000 personnes en 2020, tous les établissements sont demandeurs. Et puis la qualité des prestations est la signature des cliniques privées sans laquelle elles ne pourraient ni inspirer confiance à de nouveaux patients ni attirer de nouveaux médecins.
 
Le débat sur le partenariat public-privé doit être largement ouvert. Il y a encore trop de clichés et d’incompréhension alors que la vision du paysage hospitalier de la nouvelle LAMal permet de garantir la qualité des soins et de stabiliser le niveau des primes d’assurance-maladie si tous les acteurs jouent le jeu.
 
Raymond Loretan, président du groupe Genolier

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